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désaccord. apparent, c’est par l'interprétation du texte révélé que l'accord fondamental doit toujours être rétabli entre la philosophie et la religion. Ibn Rochd est on ne peut plus net sur ce point : il « l’affirme, dit-il, d’une manière décisive » (1).
Cette « interprétation », qui seule peut établir l'harmonie entre la raison et la foi, en quoi consiste-t-elle au juste? Il importe au plus haut point de le savoir. Voici la définition qu'en donne Ibn Rochd : « Interpréter veut dire faire passer la signification d’une expression du sens propre au sens figuré, sans déroger à l’usage où est la langue des Arabes de nommer telle chose pour désigner métaphoriquement sa semblable, ou sa cause, ou sa conséquence, ou une chose concomitante, ou d'employer telle autre métaphore couramment indiquée parmi les figures de langage » (2). En d’autres termes, l'interprétation ne doit jamais tomber dans l'arbitraire (3) : elle ne vaut que si elle s'appuie sur les usages courants de la langue ou, comme dit encore Ibn Rochd, que si elle est conforme « au canon de l'interprétation arabe » (4).
Ainsi donc, il suffirait à lbn Rochd de s’appuyer sur autorité des théologiens pour prouver, du point de vue de la spéculation religieuse, la légitimité de l’interprétation allégorique. Mais il ne se contente point de cette autorité humaine : il invoque, au-dessus d'elle, l'autorité de la révélation divine puisée à sa source. C’est le triomphe de son argumentation. Dieu lui-mème, dans le Qoran (5), a pris soin de déclarer, en propres termes, que l’interpré-
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(2) Page 26, 1. 17.
(3) Par exemple, les Bâthiniens ou Intérioristes (Ismaïliens) font un usage entièrement arbitraire et extravagant de l'interprétation allégorique. Ils interprètent jusqu'aux noms des attributs divins : tel attribut désigne ‘Ali, tel autre Mohammed, etc.
(4) Page 26, 1. 3. d
(5) Il ne faut pas oublier que le Qoran est la parole même de Dieu: Voir plus haut, p. 35, 1, 4 du bas et n. 2,
PTE
tation est interdite au vulgaire, et qu’elle est réservée aux « hommes d’une science profonde », en d’autres termes, aux hommes de démonstration (1). « C’est à quoi, dit Ibn Rochd, le Très-Haut a fait allusion en disant : « C’est Lui qui t'a révélé le Livre, dont certains versets sont clairs et positifs. etc., jusqu'à : les hommes d’une science profonde » (2). Voici la traduction du verset complet (nous avons soin de respecter, vers la fin, l'ambiguïté qui s’y trouve) : « C’est Lui qui t'a révélé (3) le Livre, dont certains versets sont clairs et positifs et constituent la 7ère du Livre (4), et d'autres sont ambigus. Ceux qui ont dans le cœur une propension à l’erreur s’attachent à ce qui sy trouve d’ambigu, par amour de la sédition et par désir d'interpréter ces [textes] ; or, nul n’en connaît l'interprétation (ta’wil) s7 ce n’est Dieu et les hommes d’une science profonde (5) (ils) disent : « Nous y croyons : tout cela vient de notre Seigneur ». Car nul ne réfléchit si ce n'est ceux qui sont doués d'intelligence ». Or le membre de phrase que nous avons écrit en italiques peut, en arabe, se couper et s'expliquer de deux façons différentes, qui donnent deux
(1) Voir le passage, p. 38, 1. 14, où citant à nouveau le verset du Qoran [II, 5 (déjà cité par lui p. 27 au bas), il substitue à cette expression : les hommes d'une science prefonde cette autre expression : les hommes de démonstration.
(2) Qoran, II, 5, — P. 27, 1. r9. Cf. p. 38, 1. r4. — Notons que, malgré l'importance du passage, [bn Rochd se borne à en indiquer ici le début et la fin. Telle quelle, cette citation n'offre aucun sens, et le mot caractéristique interprétation ne s’y trouve même pas. Une telle façon de citer serait donc de nature à surprendre, et donnerait lieu de soupçonner quelque coupure malencontreuse faite par un copiste malavisé, si nous n'avions affaire ici à un procédé courant chez les écrivains arabes, Tout Musulman vraiment instruit doit savoir par cœur le Qoran d’un bout à l’autre. Supposer un instant que certains lecteurs pourraient n'être pas en état de réciter imperturbablement un passage qoranique dont on indique le début et la fin serait leur faire injure.
(3) Littéralement : « qui a fait descendre sur toi ».
(4) C'est-à-dire sa partie fondamentale,
(5) Ou : d’une science solide (A) 8 © 1). Voir plus loin, p. 6r, au bas,