‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 21 sur 41 · ER EE · texte numérisé non relu

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sens diamétralement opposés. On peut construire, comme Ibn Rochd ne manque pas de le faire, dans l'intérêt de sa cause : « nul n’en connaît l'interprétation si ce n’est Dieu et les hommes d’une science profonde », en « s'arrétant ici » comme dit notre auteur (1), ou comme nous dirions en français, en mettant ici un potnt. La suite serait alors : « Ils disent... » (à savoir : Les hommes d’une science profonde disent...), etc. Mais Ibn Rochd ne s'inquiète pas de la suite : il arrête là cette citation ; nous en comprendrons tout à l’heure la raison (2). Ou bien on peut construire : « nul n'en connaît l'interprétation si ce n’est Dieu. (Ici, un point.) Et les (c'est-à-dire : Quant aux) hommes d'une science profonde (virgule), [ils] disent : « Nous y croyons : « tout cela vient de notre Seigneur. » Car nul ne réfléchit si ce n’est ceux qui sont doués d'intelligence ».

Ainsi, selon qu'on opte pour la première ou pour la seconde construction, on tire de ce remarquable verset un argument décisif pour ou contre la thèse de notre philosophe. Nous ne saurions trop insister, je crois, sur l'importance de ce passage. Dans le premier cas, le verset déclare que les hommes de démonstration ont qualité pour interpréter les textes ambigus, qu'ils partagent avec Dieu la connaissance de leur véritable interprétation, interdite aux autres hommes. Dans le second, il déclare au contraire que nul n’en connaît l'interprétation à l'exception de Dieu seul. Quant aux hommes d’une science profonde (ou : solide), ils n’ont plus alors sur le vulgaire d'autre supériorité qu’une conscience plus vive de leur ignorance, qu'un sentiment plus profond de l'impuissance radicale de toute raison humaine à pénétrer les secrets de Dieu. Entre ces deux explications, Ibn Rochd ne pouvait évidemment choisir que la première.

Cette première explication du verset qoranique, si favo-

(1) Page 38, 1. 14.

(2) Voir plus loin, p. 63, 1. 12 à 1, 14.

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