‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 22 sur 41 · DEN RON · texte numérisé non relu

DEN RON

rable à la thèse de notre philosophe, quelle valeur doit-on lui reconnaître, d’abord au point de vue de la grammaire et de la logique, ensuite au point de vue de la spéculation religieuse, auquel, dès le début de son traité, il a déclaré se placer?

Grammaticalement, les deux constructions peuvent, en somme, se défendre, bien que la première ait une allure un peu plus gênée, un peu moins régulière que la seconde (1). Mais au point de vue logique, peut-on nier que la seconde offre, dans l’ensemble, un sens bien autrement cohérent que la première? Toute la fin du verset : « Quant aux hommes d’une science solide, ils disent [en d’autres termes : Aussi, les hommes d’une science solide disentils] : Nous y croyons [même quand cela confond notre raison, puisque] tout cela vient de notre Seigneur. Car nul ne réfléchit [ne juge, sur ce point, avec rectitude, ne se comporte d’une façon judicieuse], si ce n’est ceux qui sont doués d'intelligence, [qui savent reconnaître l’infirmité de la raison humaine] », toute cette fin présente un sens plein, en parfait accord avec cette phrase qui précédait :

(1) En effet, dans cette première construction, le verbe «399% yaqoüloëna, ils disent, se présente d’une façon un peu anormale. La phrase précédente disait : « Nul ne connaît... si ce n’est Dieu et les hommes d’une science..., etc, », c'est-à-dire : si ce n’est [que] Dieu etles hommes... [connaissent]. Ce verbe sous-entendu connaissent avait donc un sujet complexe : Dieu et les hommes... Le verbe : Ils disent, qui suit, devrait avoir, rigoureusement parlant, le même sujet complexe : « Ils [c’est-àdire Dieu et les hommes.….] disent », Or, il faut comprendre, au contraire, qu'il a pour sujet une partie seulement du dit sujet complexe, à savoir : les hommes... 11 y a donc, en passant de la première proposition à la seconde, une limitation sous-entendue du sujet, De plus, tous les arabisants sentiront (car tout cela est plus facile à sentir qu'à expliquer) que le verbe Cy99®3 yagoëloûna (ils disent), surtout dans les conditions anormales où il se présente, arrive un peu ex abrupto :.on s'attendrait

au moins à le voir introduit par la particule LS, Encore cela ne suffraitil pas : il faudrait un pronom indiquant qu’il ne s’agit que de « ces derniers ». — Au contraire la seconde construction : « Nul ne connaît... si

ce n’est Dieu. Quant aux hommes... ils disent..., etc, » est grammatica-

lement irréprochable et parfaitement coulante.

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