‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 24 sur 41 · NE EE · texte numérisé non relu

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véritable esprit de l’islâm primitif. De l’une de ces réactions naît la théologie musulmane, de l’autre, les principales écoles juridiques (1).

C’est dans l’ancienne province grecque de Syrie, à Damas, qu'apparaissent d’abord, sous les khalifes omeyyades, vers la fin du vu siècle et le début du vrrre, les deux sectes musulmanes des Mordji’a et des Qadariyya, dans les doctrines desquelles se reconnaissent non seulement l'influence générale, mais les doctrines mêmes du dernier des grands Pères dogmatiques de l'Église grecque; saint Jean Damascène (2). Puis à Bacra, sur l'Euphrate (3), dans un milieu dominé, lui aussi, par une influence aryenne, celle de la Perse, ces doctrines mordji’ite et qadarite (4) trouvent d’ardents adeptes. L'un d'eux, Wäâcil ben ‘Athà, inaugure la secte mo‘tazilite, qui n’est qu’un développement des deux précédentes; et cette secte, sous l'influence des livres grecs de philosophie, traduits pour la première fois en arabe, fonde le kaläm, c’est-à-dire la théologie scolastique musulmane. Représentants de l'esprit rationaliste et libéral, les Mo‘tazilites appliquent la critique rationnelle aux principes fondamentaux de la religion musulmane. Ils posent, comme les falâcifa, ce principe général, que la

(x) C’est à des réactions du même genre que répondent l'introduction du mysticisme, le culte des saints, le chî‘isme, enfin l’islamisation d’une foule de coutumes païennes, générales ou locales, antérieures à l’islâm, fêtes, superstitions, etc. (cf, Doutté, Magie et religion dans l'Afrique du Nord, passim).

(2) À savoir, non seulement la doctrine du libre arbitre humain, mais aussi celle de la grâce divine s’exerçant dans le sens le plus favorable au bonheur de tous les hommes et à leur salut {Voir Brockelmann, Geschichte der arabischen Litteratur. Weimar, 1898-1902, 2 vol., vol. I p. 66; Duncan Macdonald, ibid., pp. 131 et 132). — Jean Damascène (né en 676 de J.-C.) était en grande faveur auprès des khalifes omeyyades, qui l’avaient élevé au gouvernement de Bacra.

(3) Dans la partie où, grossi du Tigre, il prend le nom de Chath el- ‘Arab,

(4) Les Mordji’ites niaient que pour avoir commis un seul péché grave l'homme devienne infidèle et soit damné. Les Qadarites défendaient le libre arbitre de l’homme, au nom de la justice divine.

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