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séquence, révèlent à tous les interprétations qui leur paraissent être les vraies. Or, ils ne sont point d'accord entre eux: ils forment des sectes qui se taxent réciproquement d’'infidélité et d’hérésie. Cela's explique facilement : car leurs méthodes, hybrides, ne sont ni démonstratives ni simplement persuasives; elles ne conviennent, par conséquent, ni à l'élite ni au vulgaire, et ne peuvent, comme il faudrait, montrer à chacun la vérité telle qu’il doit se la représenter; sans compter que plusieurs prétendus principes des Ach'arites sont purement sophistiques, par exemple la négation des formes substantielles, des causes secondes, de la permanence des acecidents..., etc. (1). Les hérésies ont toutes leur source dans ces interprétations fausses et divergentes (2). Disons, sous une forme plus générale : elles ont leur source dans la divulgation à la masse des interprétations, même vraies. L'unique remède à ces maux dont souffre la religion, l'unique moyen de détruire les hérésies, c’est d’en supprimer la cause : c’est de renoncer à ces méthodes hybrides, c’est de cacher avec soin les interprétations au vulgaire, c’est d'employer, pour lui faire connaître les vérités religieuses, les seules « méthodes communes, par lesquelles le Législateur s’est [lui-même] proposé d’enseigner le vulgaire, et par lesquelles seules on peut l’enseigner... Ce sont uniquement les méthodes qui ont place dans le Livre précieux » (3). Car on trouve, sans doute, dans le Qoran, dit Ibn Rochd, les trois méthodes (4). Mais « puisque la Loi divine a pour premier but de s’occuper du plus grand nombre, sans négliger [cependant] de donner l'éveil aux
(1) Voir Maïmonide, Le Guide des Egarés, 1.1, p. 376, les propositions VI, VII, VIIL et les développements qu’elles reçoivent dans les pages suivantes. — Cf. Munk, Mél. de philos. juive et arabe, p. 392, 1. 18 et 19; p. 323, 1. 6 et 7,1. ro à 1, 17,1. 19 à 1. 23, — De Boer, Gesch. d. Philos. im Islâäm, pp. 57 à 6o.
(2) Page 47, 1. 28, à p. 48, 1. 30.
(3) Page 48 av.-dern. 1., à p. 49, L. 3.
(4) Page 49, L. 4.
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esprits d'élite, les méthodes qui apparaissent le plus fréquemment dans la Loi religieuse sont les méthodes de conception (1) et d’assentiment communes au plus grand nombre » (2). Ces méthodes communes (3), Ibn Rochd montre qu'elles sont de quatre espèces :
1° Les prémisses, tout en étant des propositions communément admises, peuvent devenir évidentes par une démonstration, et les conclusions sont prises en elles-mêmes, sans symboles. — Alors, pas d’interprétation ;
2° Même cas pour les prémisses, mais les conclusions sont des symboles des choses qui sont l’objet de ces conclusions. — Les conclusions seules admettent l’interprétation ;
3 L’inverse du cas précédent : Prémisses communément admises et qui né peuvent devenir évidentes, conclusions sans symboles. — Les prémisses seules peuvent être interprétées;
4° L’inverse du premier cas : Prémisses communément admises et qui ne peuvent devenir évidentes ; conclusions symboliques. — Prémisses et conclusions admettent l’interprétation (4).
Bien entendu, dans ces quatre classes de méthodes ou arguments religieux, ce qui est susceptible d’interpréta-
(1) Les méthodes de conception sont au nombre de deux : on peut se représenter « ou la chose elle-même ou son symbole » (p. 42, 1. 6).
(2) Page 42, L. 20. — Il faut entendre, évidemment, que les deux premières méthodes, démonstrative et dialectique, ne se rencontrent dans la Loi divine que sous forme d’allusions intelligibles seulement pour ceux qui sont aptes à pratiquer ces méthodes, et les invitant discrètement à interpréter l’argument oratoire auquel elles sont jointes; car si des arguments démonstratifs ou dialectiques s’y trouvaient exposés tout au long, c’est Dieu lui-même qui aurait commis le premier cette faute capitale de révéler au vulgaire des interprétations qui passent son intelligence,
.(3) C'est-à-dire ces arguments communs, ainsi qu’il les appelle quelques lignes plus bas (p. 42, 1. 34). 5
(4) Page 42, 1. 27, à p. 43, L. 19. — L’auteur ne donne malheureusesement aucun exemple pour éclairer cette classification, d’un caractère bien scolastique.
AIRE a tion ne peut être interprété que par les hommes d'interprétation et tout doit être pris à la lettre par le vulgaire, tant au point de vue de la conception qu'au point de vue de l’assentiment (1). k
Or, dit Ibn Rochd, si on examine les arguments employés dans le Qoran pour exposer chacun des dogmes de la religion, on s'aperçoit qu'on ne peut trouver pour l'enseignement du vulgaire des méthodes communes meilleures. Ils se distinguent par trois caractères propres, qui ne se rencontrent dans aucune autre espèce de discours :
1° On ne peut trouver rien de plus parfait qu'eux au point de vue de la persuasion et de l’assentiment, lorsqu'il s’agit de tous les hommes;
2° Ils produisent chez tous les hommes le maximum de persuasion, Il n°y à qu’un moyen de produire une conviction plus forte : c'est de les interpréter par la dialectique, ou mieux encore par la démonstration, du moins lorsqu'ils admettent l'interprétation; mais cette forme supérieure de conviction (la certitude philosophique) est réservée à l'élite ; :
3 Ils contiennent de quoi éveiller l'attention des hommes de vérité sur l'interprétation véritable (2).
« Ces trois caractères distinctifs attestent la nature miraculeuse de ces arguments (3). » Nous reconnaissons ici une doctrine capitale de l’islâm : la nature miraculeuse du Qoran, l'impossibilité d'en égaler l’éioquence persuasive, d’imiter avec succès le moindre passage du Livre sacré qui est la parole même de Dieu (4). Telle est la force persuasive des preuves qoraniques, qu'aucun homme sain d'esprit ne peut y résister (5), sinon « de bouche et sans
(1) Page 43, 1: 24.
(2): Page bo, Lu2r; à p.51, 12;
(3) Page 50, 1. 24.
(4) Qoran, IL, 21; X, 39; XVII, 00; LII, 33-34. (5) Page 44, L. 20.
ROSES Ne
conviction », par opiniâtreté PURE: «ou parce qu'il néglige de se prêter à en prendre connaissance » (1).
Combien donc sont coupables les spéculatifs imprudents qui, changeant quelque chose aux preuves communes du Qoran, « détruisent la sagesse » (2), c'est-à-dire l’irrésistible efficacité, de ces merveilleux arguments, et divulguant à la masse leurs interprétations, le plus souvent arbitraires, suscitent des sectes qui déchirent le sein de la religion!
Puisque tout le mal vient de la divulgation des interprétations, même vraies, le remède serait de réprimer cette funeste nnovation (3), et de revenir à l'heureux temps où « les premiers Musulmans arrivaient à la vertu parfaite et à la crainte de Dieu (4) par le seul usage de ces arguments, sans les interpréter » (5). Celui qui entreprendra de rendre
(x) Page 36, 1. 22 à 1. 24.
(2) Page 49, 1 :
(3) Page 50, 1. 11. Ac XS bid'a, innovation, hérésie. Dans son second traité, Ibn Rochd revient sur ce point : malgré les prétentions de chaque secte à représenter la religion primitive, elles sont toutes nées d'inter-
prétations nouvelles : BSs" mohadditsa, . mobtadi‘a(Manähidÿ texte arabe, p. FA, I, 7 à 1. 0; trad. all., p, 27, 1. 15 à IL. 20).
(4) Voir plus haut, p. 81, n. 2. — Les Musulmans se plaisent à tracer un tableau enchanteur des premiers temps de l'islâm. Ibn Rochd ne déroge pas à la tradition. On sait, en réalité, quelles compétitions éclatèrent autour du lit de mort du Prophète, à propos du choix de son successeur, et quelles luttes terribles se livrèrent entre eux les Compagnons, en particulier les plus proches parents de Mohammed, après le meurtre du khalife ‘Otsmän (656).
(5) L'auteur ajoute ici : du moins « ceux d’entre eux qui s’occupaient d'interprétation ne jugeaient-ils pas à propos d’en parler ouvertement », Toutes les sectes musulmanes qui admettaient un enseignement ésotérique, en particulier les sectes secrètes, issues du chîi‘isme (‘Alides), faisaient remonter cet enseignement secret aux Compagnons du Prophète et tout spécialement à ‘Ali, Ainsi faisaient aussi les mystiques; ainsi font encore aujourd’hui les confréries musulmanes, Il fallait qu'il eût toujours existé des représentants de la vraie doctrine, qu’il eût toujours existé un Imâm. Il faut de même, pour les falâcifa, que la religion musulmane ait toujours trouvé dans Ta philosophie sa signification profonde et véritable. On sait que, selon Ibn Rochd, il doit ones y avoir dans le monde au moins un philosophe, parce que l’Intellect actif ne saurait