‹ La Théorie d'Ibn RochdChapitre 29 sur 41 · EN EE · texte numérisé non relu

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ainsi la paix à la religion devra « recueillir dans le Livre précieux toutes les indications qui s’y trouvent sur chacune des choses que nous sommes tenus de croire, et s'appliquer à les considérer dans leur sens extérieur, sans chercher à en rien interpréter, sauf quand l'interprétation est claire (littéralement : extérieure) en elle-même, je veux dire d'une clarté commune à tous » (1). Tel est le programme du traité (2) qui doit faire suite à celui-ci, et dont le but, dira-t-il encore au début de l’ouvrage, est de « chercher le sens extérieur des articles de foi que l'intention de la Loi divine est d'imposer à la généralité des hommes » (3), afin d’aider ainsi à la disparition des sectes(4). Il y distinguera, en conséquence, quatre sectes principales : Ach'ariyya, Mo‘tazila, Bâthiniyya ou Çoûfis, Hachwiyya. Puis il passera successivement en revue les principaux dogmes musulmans : Existence de Dieu, unité de Dieu, attributs de Dieu, son exemption de toute imperfection (5), création du Monde, prédestination (6), justice divine (7), eschatologie (8); et critiquant les fausses méthodes imaginées par chacune de ces quatre sectes pour prouver chacun de ces dogmes, il indiquera les méthodes communes employées par le Qoran pour amener à y croire la généralité des hommes. Ce qu’il reproche à ces quatre

demeurer un seul instant inactif (Aristotelis Opera omnia... cum Averrois. commentariis : De animae beatitudine, vol. IX, fol. 149 G; fol. 192 F, — Cf. Renan, Averroès et l'averroïsme, p. 138, av.-dern. 1.).

(r) Page 50, 1. rr.

(2) Voir le titre plus haut, p. 32, 1, 3 à 1. rr, et n.0.

(3) Manéhidj, texte ar., p. FV, 1. 5 du bas; trad, all., p. 26, dern. |. — Cf. texte ar., p. FA, L. 10; trad. all, p. 27, 1. 20.

(4) Manâhidÿ, texte ar., p. FV, 1. 3 du bas, à p, FA, 1. 2; trad, all., p. 27, 13 1x0.

(5) À; tansth.

(6) 0 la La)\ el-qadhä wa l-qadar, le Décret et l'Arrét. Voir notre thèse sur Jbn Thofail, sa vie, ses œuvres, p. 84,n.1.

(7) Jam y5£\ el-djawr wa *l-‘adl, l'injustice et la justice.

(8) Alozlo ar el-maäd wa-ahwäloho, le retour (à la vie, La vie future) et ses états,

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sectés, d’une manière générale, c'est, aux Ach'arites et aux Mo tazilites de proposer des méthodes hybrides, à la fois trop et trop peu savantes : trop compliquées pour le vulgaire, sans atteindre néanmoins à l’évidence démonstrative ; aux Bâthiniyya ou Çoûfis, de méconnaître, en faveur de l'intuition extatique, dont il reconnaît d’ailleurs l'existence (1), mais qui n’est pas accessible à tous les hommes, la connaissance discursive, le raisonnement, les méthodes spéculatives : or tout le Qoran n’est qu’un appel à la réflexion, à la spéculation (2); aux Hachwiyya enfin, qui n'admettent qu'une voie unique pour arriver à la foi, l'autorité (3), à l’exclusion complète de la raison (4), il reproche de rester en decà des intentions de la Loi, qui en maint verset invoque des preuves rationnelles (5). Ceci nous aide à comprendre pourquoi, tout à l'heure, dans son premier traité, après avoir dit qu’il dégagerait, dans le second, les preuves qoraniques communes consacrées à chaque dogme, sans chercher à en rien interpréter, Ibn Rochd ajoutait : « sauf quand l'interprétation est claire en elle-même, je veux dire d’une clarté commune à tous » (6). Cette restriction met au point la formule trop générale qu’il employait jusqu'ici sans atténuation : Le vulgaire ne doit interpréter aucun texte. Il n’est jamais entré, on le voit, dans les intentions d’'Ibn Rochd de transformer en Hachwiyya tous les hommes du vulgaire, en leur interdisant les interprétations les plus nécessaires pour éviter de tomber dans un littéralisme absurde, tellement simples et claires qu’elles sont patentes, intelligibles pour tous (7).

(x) Manähidj, texte ar., p. £r, 1. 7; trad. all., p. 39, av.-dern. I.

(2) 1bid., p. #1, dern. 1., à p.&r,1. 16 ; trad, all., p. 39,1. 21, à p. 40,1. 13.

(3) gosmil es-sam', l'autorité, la tradition; littéralement : l'audition.

(4) JE el-‘aql.

(5) L'auteur donne pour exemple le verset XIV, 1x : « Y a-t-il quelque doute au sujet de Dieu, qui a créé les cieux et la terre, etc. ? ».

(6) Voir plus haut, p. 86,1. 5. — Cf. infra, p. 117, 1. 24.

(7) Comparer le passage suivant des Manähidÿ : « Dans la seconde catégorie de textes... c'est-à-dire celle où l’on peut connaître d’une con-

Mo oete

Ainsi, les hérésies disparaîtront si les spéculatifs s’abstiennent de divulguer aux masses les interprétations dialectiques ou démonstratives, et si l’on s’en tient, pour leur précher la foi, aux méthodes communes dont se sert le Qoran lui-même. ;

« Notre désir, dit l’auteur en terminant, serait de nous consacrer à [atteindre] ce but et de pouvoir y [arriver]. Si Dieu [nous] prête vie, nous ferons pour cela tout ce qu'Il nous permettra... Car [notre] âme, à cause des tendances mauvaises et des croyances corruptrices qui se sont introduites dans cette religion, est au comble de la tristesse et de la douleur, en particulier [à cause] des [dommages] de ce [genre] qu'elle a subis du fait de ceux qui se réclament de la philosophie (1). Car le mal [qui vient] d’un ami est plus pénible que le mal [qui vient] d’un ennemi. Je veux dire que la philosophie (2) est la compagne de la religion et sa sœur de laït : le mal [venant] des hommes qui se réclament d’elle est donc le plus pénible des maux; outre l’inimitié, la haine violente et les disputes qui s'élèvent entre elles, alors qu’elles sont compagnes par nature, amies par essence et par disposition innée. Mais beaucoup d'amis insensés font aussi du mal à la religion parmi ceux qui se réclament d'elle : ce sont les sectes qui la divisent. Dieu donnera la bonne direction

naissance prochaine... que l’idée exprimée est un symbole et de quoi elle est un symbole,.., l'interprétation de ces [textes] en est le but même, et il est obligatoire de la divulguer, » (Manähidj, texte ar., p. 1r£, L. 4 du bas,-à 1, 2 du bas : trad, all,, p. 116, 1. rx à L. 13; texte ar., p.1r0, 1. 4 et 5: trad. all, p. 116, 1. 21 à 1. 23). — Ibn Rochd n'en donne aucun exemple, On ne court pas grand risque de forcer sa pensée en proposant le suivant : Expliquant devant un auditoire de gens simples le cinquième verset de la première sourate du Qoran : « Conduis-nous dans le droit chemin », un catéchiste musulman ne devra pas laisser croire à ses auditeurs qu’il s’agit peut-être d’une véritable route rectiligne; il devra leur dire : « Le droit chemin signifie ici le chemin de la vertu ». Et il n’est pas jusqu’aux petits enfants qui n'auront compris.

(1) AK! el-hikma.

(2) A&K£| el-hikma.

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