CHAPITRE I
Textes divergents.
Deux autres ouvrages d’Ibn Rochd, les Manähidj eladilla et le Tahäfot et-tahäfot, consacrent épisodiquement d'importants développements à la question de l’accord entre la religion et la philosophie.
Parmi les passages de ces deux traités qui se rapportent à cette question, les uns ne vont guère qu’à confirmer, en précisant certains détails, la doctrine du Facl el-maqäl. D’autres semblent s’en écarter et soulèvent des difficultés nouvelles. Indiquons d’abord les premiers. En même temps, à mesure que nous aurons achevé d'examiner tous les textes afférents à l’une des questions auxquelles donne lieu l'attitude d’Ibn Rochd vis-à-vis de la Loi religieuse, nous commencerons, chemin faisant, à dégager certaines conclusions.
« Les religions tendent au même but que la philosophie, par une voie accessible à tous; elles sont donc nécessaires, selon les falâcifa. Car la falsafa joue le rôle de maîtresse de félicité pour une partie seulement des hommes intelligents, pour ceux dont l’occupation est l’étude de la philosophie ; tandis que les religions ont en vue l'enseignement de tous les hommes sans exception (1). »
Il y a donc essentiellement deux classes d'hommes : le vulgaire, accessible aux seuls arguments oratoires, et l'élite, c’est-à-dire les philosophes, seule capable de rai-
(x) Tahäfot et-tahâfot, p. \FS, 1. 25 à L. 27. 8*