‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 106 sur 125 · RUMINATION · texte numérisé non relu

RUMINATION

On devrait ajouter plusieurs observations à celles-ci; et principalement sur la formation, et sur le fonctionnement de la gouttière lorsqu’elle est seulement rudimentale. Car il faut bien avoir présent que les deux parties de l’organe de rumination, le magasin et le laboratoire digérant, doivent être séparés, et placés sur deux séries, ou, plus précisément, doivent se trouver sur deux canaux; et qu’ une gouttière de passage ne peut faire défaut pour la séparation des aliments broyés des non broyés. Et jusqu’à ce que la gouttière, la panse et le bonnet ne soient à leur complet , ce sont des demis-organes. — Or, un clemi-organe est comme un demi-instrument. Ni l’un ni l’autre ne peuvent exécuter la fonction de l’entier. Si un instrument a sa constitution ordonnée relativement à un but à obtenir, il est clair que lorsqu’ il n’ est que la moitié de lui-même , ou bien qu’ il n’ est pas à son complet, sa machine n’est plus proportionnée à exercer sa fonction; il devient une cause inférieure à l’effet qu’il doit produire.

Pour le ruminant , il n’ est pas question d’ avoir une fonction un peu plus petite, ou une fraction de fonction. Non; alors vous n’avez rien.

Par une demi-horloge quelle heure avez-vous? Je dis cela en supposant que l’horloge entière a tout ce qu’il lui faut et rien de plus. De même je suppose que 1’ estomac du ruminant est complet dans ses quatre poches avec sa gouttière, et qu’il n’y a rien de plus. Or, s’il n’est qu’à la moitié de son évolution organique, pourra-t-il exécuter la même fonction de rumination comme s’ il était au complet ?

TRANSITIONS

Je ne dois pus nd étendre davantage sur cette question. qui le mériterait pourtant. Mais je remarque, en finissant, que si l’animal a une bouche pour broyer ses aliments emmagasinés dans la panse et dans le bonnet, il lui faut, d’après ce que l’on vient de dire ci-dessus, d’ autres bourses à part pour y mettre ce qu’ il a ruminé, ce qu’il a déjà réduit en pâte, et préparé pour la course tout le long du tube intestinal. Cela est clair, je crois. Mais il est également clair qu’ un mammifère n’ arrivera jamais à acquérir par petits degrés l’état de ruminant. Il lui faut être d’ abord ruminant en totalité: s’ il ne l’est d’abord, il ne le deviendra jamais.

Les transformistes se sont-ils occupés de la gravité de ce problème? Je ne le connais pas encore.

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VARIATIONS

A coté de ces observations, une autre se place naturellement ici.

Plus que personne, vous avez étudié. Monsieur, les variations et les modifications des animaux; et vous avez suivi attentivement les changements qu' un type peut subir sous T empire des causes modifiantes , que votre main habile a su introduire. Tant de faits enrégistrés dans les annales de la science démontrent désormais jusqu' à quel point une espèce peut varier. Et les Transformistes de tous temps ont compté sur cela pour marquer une certaine tendance qu' ont les espèces à quitter leurs caractères actuels pour en prendre des nouveaux tout différents.

Si on se bornait à la seule variabilité (1) des espèces, il n’ y aurait , peut-être , aucune question à faire. Car tout

le monde connaît, et toute personne admet, que les espèces ont une constitution, et une nature propre à s’ac-

(1) On entend le mot variabilité comme l’ a dit M. Flourens ( Examen du livre de M. Darwin p. 32 ) « La variabilité , ce sont les variations, les nuances plus ou moins tranchées, des variétés d’ une même espèce. »

VARIATIONS

commocler, tant bien que mal. aux conditions extrêmement variables de leur séjour sur la terre. Mais les transformistes entrevoient encore devant eux une longue route à parcourir. — Tant qu’ils voient la variabilité des espèces , ils voient ce que voit tout le monde ; mais ils voient de plus à eux seuls une variabilité indéfinie, et sans bornes. — Et cela ne leur suffit pas encore. Par la variabilité sans bornes, ils passent outre, et tachent de se mettre en voie de suivre et d’épier les changements d’un type, jusqu’ à ce que ce type se transforme en un autre ; et enfin, ce qui revient au même, ils s’attendent à voir surgir de là l’origine de types nouveaux.

Depuis Lamarck jusqu’à l’école moderne, qui vous reconnaît pour son chef éminent, on a suivi et exploré les changements organiques dans ce but. Et on dit qu’ enfin la variation indéfinie des espèces, et leur transition à de nouveaux types sont des faits bien arrêtés, et que h une et 1’ autre chose sont la conséquence des modifications introduites par le monde ambient et par la sélection naturelle.

La question , comme on le voit , est d’ une importance trop élevée pour qu’ on ne s’ efforce pas d’ en découvrir les fondements. Voyons donc de plus près le parti que l’on tire des variations des espèces, et la véritable valeur qu’elles ont dans la théorie de l’origine des espèces.

Ce ne sera pas un erreur, je crois, si je dis que toutes les fois que les transformistes surprennent une variation nouvelle dans un être organique, ils en font leur profit

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