‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 15 sur 125 · DOIGTS , NOMBRE DES PHALANGES · texte numérisé non relu

DOIGTS , NOMBRE DES PHALANGES

ges et dans F homme) par F appoint du pouce. Mais c'est toujours un système de pièces à pression, qui, comme autant de freins autour d’ une roue, lient le corps trèsétroitement. Ces particularités ne pourraient pas s’ obtenir avec un nombre moindre de pièces aux doigts; et l’on voit si ces particularités mêmes ont une importance dans la mécanique de la main! Ce n’ était pas assez pour le chevalier qui jouait de la lance d’ embrasser son arme par le tour de la main; il lui fallait la serrer , c’est-àdire la serrer fortement. Or un bâton n’est pas arrêté dans un anneau, si celui-ci ne le presse de toute part fortement. La pluralité de pièces dans le doigt donne encore la mobilité , la flexibilité , et la délicatesse des mouvements; et sans rien perdre de la raideur de la baguette, le doigt prend la flexibilité de la corde.

En résumé, si en parcourant une galerie d'anatomie comparée, nous voyons que les extrémités des vertébrés supérieurs finissent en doigts articulés, avec les articulations en nombre défini, nous apprenons un fait que la mécanique a établi pour la construction rationelle d’un instrument de prise, de contact, ou de divarication propre à servir de base. Mais il y a partout nécessairement une certaine uniformité de pièces , de formes , d’ arrangement, et de connexion; ce qui ordinairement s’ appelle unité de plan.

Nous 11e sommes pas encore arrivés, dans le développement normal de notre discours, au moment d’ entrer dans la question de la mécanique du Carpe; et il 11e nous

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convient cV anticiper ici des idées qui trouveront leur place ailleurs, après une étude approfondie du carpe humain. Nous remettrons donc plus loin les conséquences relatives à cette partie, si remarquable aussi par sa présence continuelle chez les animaux; ces conséquences se trouvent en parfaite harmonie avec celles qui ressortent de la considération des autres parties.

Du reste , outre Y uniformité que nous avons suivi tout-à-1’ heure sur les extrémités des animaux , on a remarqué une uniformité , ou une unité de plan aussi entre les extrémités thoraciques et les pelviennes. Cela a fixé Y attention de plusieurs savants depuis Vic-d’ Azyr jusqu à MM. Martins, Durand (de Gros), Gegenbaur. Les travaux auxquels ce genre d’examen a donné lieu sont fort ingénieux, et ont enrichi la science de bonnes observations, grâce à l’étude attentive que l’on y a portée. Mais en définitive on revient, encore ici, si je ne me trompe pas , à une dépendance la plus étroite des lois mécaniques. Je ne pourrais m’occuper exprès de ce point sans m’écarter de mon sujet principal, mais je ne puis m’empêcher d’en dire un mot.

On trouve des homologies très-remarquables en comparant les extrémités antérieures avec les postérieures, et principalement lorsque la comparaison se fait entre l’extrémité droite antérieure de l’homme et la gauche postérieure. Alors les pièces ont toutes leurs correspondantes, leurs corrélations sont bien arangées, leurs faceà, leurs crêtes ont leurs similaires; leurs articulations ont enfin leurs oinologues. Il faut lire le remarquable travail de

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M. Martins (1) pour voir traitée clans toute sa lumière cette question. Parmi les idées le plus remarquables qu’ il a introduites il y a celle de considérer F humérus comme un os tordu.

L’ humérus est un os tordu, dit M. Martins, lorsqu’on le compare au fémur. En effet l’axe du col de F humérus n’ est pas dans le plan de la troclée inférieure; mais F axe de cette dernière fait un angle de 180 degrés dans les anthropomorphes, les mammifères terrestres, les aquatiques (2), et de 90 degrés dans les chéiroptères , les oiseaux, les reptiles. D’où cette conclusion très-juste, que la torsion de 90 degrés est caractéristique du vol et de la reptation (3), tandis que l’autre de 180 degrés l’est de F ambulation, de la nage, du rampement etc.

Les mouvements des extrémités deviennent par là différents dans les deux catégories des animaux nommés. Sous la différence de 90 degrés s’effectue le vol et la reptation, sous celle de 180 degrés a lieu le rampement,

(1) Martins. Nouvelle comparaison des membres pelviens et thoraciques chez l’homme et les mammifères. — Annales des Scienc. natur. IV. Se'r. T. VIII. 1857, p. 45.

(2) Il semble qu’ on doit faire exception des baleines , des cachalots etc. Voir plus avant à propos des observations de M. Durand. Et de plus les chiffres rapportées par M. Martins ne seraient pas bien exactes, car suivant M. Gegenbaur on aurait de notables différences dans F espèce humaine, relatives à l’ état de fœtus , ou de nouveau-né , ou d’ une telle race , et mêmes des différences individuelles. M. Gegenbaur trouve une moyenne de 168 degrés environ. ( Annales des Sciences naturelles , T. X. 1868, p. 62).

(3) Le caméléon exclus, car il rampe comme les singes d’ Amérique.

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Pambulation etc. La torsion de 90 degrés est accomodée à la fonction du vol; et on n’y pourrait pas substituer celle de 180 degrés. Pourquoi? Par i incompatibilité mécanique. Si l’humérus a une torsion différente, l’aile n’a plus la direction ordinaire, ne donne plus la coupe sur les colonnes d’ air telle qu’ elle la donne avec la direction ordinaire. Croirons nous que le coup donné par F aile de l’aigle, ne soit pas le mieux accomodé pour en tirer le meilleur vol? S’il y a quelqu’un qui en doute, je vais l’adresser aux pages remarquables de votre ouvrage, Monsieur, pour y voir la perfection des accomodations et des dispositions des parties des animaux (1). Si par hypothèse, nous supposons que le vol puisse s’effectuer sous une torsion différente, sans doute celui qui n’ ignore pas totalement les principes de dynamique supposera qu’ on aura un vol égal. Dans tous cas nous prions quelque Savant, M. Yogt par exemple, à nous fournir le modèle

d’une autre construction meilleure que celle qui a été

adoptée par la nature.

Je crois que F heureuse observation faite par M. Martins « que la torsion de 90 degrés est une des conditions ostéologiques du vol et de la reptation » est une des mille observations que l’on fera à F avenir sur la mécanique animale, et qui donnera probablement une voie plus assurée à ce genre de recherches.

(i) « Cette perfection de structure et cette adaptation des organes à leurs fonctions qui excite à si juste titre notre admiration. » Origine des espèces , pag. XVIII. etc.

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Du reste cette torsion n’est pas réelle. M. Martins s’explique clairement; il dit qu’elle est virtuelle , ce qui signifie, je pense, que clans la plus haute raison de l’humérus, dans l’idée primitive de cet os, il fallait que l’axe d’une articulation fut divergent de l’autre de 90 degrés dans le vol , et de 180 dans l’ ambulation. — Il serait également clair par là, de dire, je crois, que les adaptations fonctionnelles ont imposé comme condition inévitable la précise divergence des deux axes; car il est clair que le vol des chauves-souris et des oiseaux, afin qu’il soit possible, réclame cette torsion de 90 degrés. Pour rendre possible cette fonction il fallait trouver une organisation, ou une conformation adaptée à la fonction essentielle du vol. Après cela on ne lit pas sans surprise que « Les a- » daptations fonctionnelles seraient impuissantes à rendre » compte des différences que nous avons signalées entre » les membres thoraciques et abdominaux; les fonctions » sont le résultat des lois organiques supérieures qui les » dominent, et qui les déterminent » (1).

L’adaptation fonctionnelle serait impuissante à rendre compte de ces différences, lorsqu’il nous serait indifférent d’ avoir une organisation plutôt qu’ une autre pour en obtenir ces fonctions. Ceci n’ est pas le cas comme on le voit.

Les fonctions sont le résultat des lois organiques supérieures qui les dominent et déterminent, dit M. Martins. Il serait peut-être plus exact de dire que les fonctions sont le résultat des formes mécaniques , qui les déterminent avec la rigueur géométrique.

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(1) Martins 1. c. p. 109.

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M. Martins a pris , ce me semble, son point cle départ trop bas, en partant des lois organiques supérieures. Allez un peu plus haut: vous trouverez que ces lois organiques sont elles-mêmes déterminées par la possibilité, ou non possibilité d - un être se mouvant dans l’ air. Ou F être ne volera pas, ou il représentera les lois d’organisation décrites en totale harmonie, et dans le plus parfait accord avec les lois mécaniques. Les lois d’organisation ne sont donc pas arbitraires; elles sont parfaitement déterminées par l’ adaptation des membres à la fonction du vol ou du rampement.

M. Durand (de Gros) de son côté a poussé plus loin les considérations sur la torsion de V humérus ; et il a été conduit à des résultats inattendus. Pour lui, avant tout la torsion de F humérus est une réalité, et une déformation mécanique d'un os régulier, d'un os droit fû, dont on trouve le similaire dans le fémur (p. 45); déformation originellement produite par un tiraillement musculaire anormal tendant à adapter le membre antérieur à un changement de milieu, et de fonction. Ainsi à F origine F humérus n’ était donc pas un os tordu «je me

suis dit, poursuit-il, V humérus étant tordu chez V homme, il doit se trouver parmi les vertébrés inférieurs quelque type fossile ou vivant , chez lequel cette torsion de l’ humérus n' existe pas ; chez lequel cet os présente encore sa forme de régularité première (pag. 47)... Ce type le plus pur que nous connaissions ( des levières articulés ou membres ) nous est offert par V. Ichthyosaurus , et le Plesiosaurus , et dans la faune vivante les Cachalots, les Borquales , et la Tortue de mer ( pag. 108 ) . . . dans tous

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ces genres les quatre appendices locomoteurs sont sensiblement similaires, ceux de devant répètent servilement

ceux de derrière ( P- 47 ).

C’ est une bonne observation que celle de M. Durand. Les énaliosauriens aussi bien que la tortue de mer ont l’ humérus de même que le fémur sans torsion. M. Durand trouve la raison de cela en ce que ces os sont encore à Y état primitif; ce sont des os qui n’ont pas été encore tordus. Quant à moi , il se présente à mon idée un autre ordre de considérations. Je m’ en tiens à la faune vivante que nous connaissons mieux que la fossile. — Je me demande : quel est le mode de fonctionner du bras de la tortue de mer ? C’est le même que celui de la jambe. Les quatre extrémités sont quatre rames qui battent l’eau en arrière, et rien de plus. Comme la fonction est la même, la construction des pattes l’est aussi. Je serais surpris si pour une même fonction on avait des constructions différentes. Mais je le serais également si je voyais une même conformation dans les quatre membres des autres animaux, chez lesquels il y a aux membres antérieurs une fonction différente des postérieurs. Pour ce qui est des quadrupèdes terrestres cela est bien clair , et pour des aquatiques le phoque a l’humérus tordu, aussi bien que le Dugong et le Lamantin. Ces animaux nagent, et cependant ils n’ont pas l’humérus droit des Plesiosaurus, ou de la tortue de mer. Je ne suis pas inclin le moins du monde à dire avec M. Durand « que V on peut de là sûrement conclure que les ascendants de ces faux cétacés ont vécu dé une vie toute terrestre » (p. 58). Non; car je me souviens bien que ces animaux ou viennent à terre .

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ou par les ongles qu'ils ont aux mains antérieures s’aident pour se cramponner plus ou moins à la terre. Ils n’ont donc pas une vie purement aquatique; mais exécutent encore quelques fonctions, ou mieux, quelques efforts de vie terrestre par leurs extrémités antérieures. Et il est clair que quand même une seule fois dans F année ils devaient se cramponner (par exemple , pour mettre bas leurs petits) il leur faudrait des extrémités antérieures façonnées avec adaptations pour ce moment de leur existence. Autrement ils seraient des animaux imparfaits ; c’ est-à-dire des animaux avec des besoins sans moyens de les satisfaire. Pour se cramponner il faut que F humérus soit tordu; et ces animaux Font tordu en effet.

Pour M. Durand la torsion de l’humérus est d’une telle importance qu’il croît qu’ elle «... suffirait à elle seule à prouver qu ’ une filiation véritablement génétique nous rattache avec la plupart des animaux supérieurs à une forme originelle , immédiatement transformée par la substitution d’un milieu bourbeux à un milieu aqueux. Cette forme initiale est-elle la Tortue ? » L’ origine de l’homme serait donc éclairée par ce nouveau flambeau. « L’ Homme pour s’ élever par degrés de la forme reptilienne, ce grand point de départ général de toutes les formes supérieures d’oiseaux et de mammifères.... a dû s’ acheminer vers ce but ( suprême ) en parcourant sans interruption une suite d’ espèces arboricoles. »

Sans monter aussi haut, et nous tenant au contraire à des questions plus simples, je crois que chacun dira, — que dans la grande pluralité des animaux les mouvements convenables des extrémités antérieures exigeaient que l’axe du col de l’humérus et celui de sa troclée in-

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férieure ne fussent pas dans une même direction, mais qu’ils fussent divergents de 90, ou de 180 degrés. Cette divergence importe la forme tordue de F humérus. Au contraire un petit nombre de vertébrés purement aquatiques ont des mouvements qui n’ exigent pas une divergence des deux axes, et F humérus a alors la forme droite; et alors aussi leurs humérus et leurs fémurs sont isotypes, et isotropes , comme leurs fonctions sont isocrones. • — Sans la forme tordue de F humérus, la patte du cheval et du chien serait estropiée; sans humérus droit, la patte de la tortue de mer, serait un instrument qui fonctionnerait gauchement. Dans tous les cas, la raison scientifique a importée ces diverses conformations; car la détermination de ces formes est F apanage de la mécanique , et de la géométrie. Il n’ y a pas de vol , d’ ambulation , ni de nage rationelles et justement fonctionnantes sans ces formes là.

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Ce discours, comme on le voit, est assez simple; mais il est encore scientifique. En face de celui-ci F explication de ces formes humérales fournies par la filiation des êtres est, ce nous semble, un hors d’œuvre (1).

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(1) Dans un dernier article ( Comptes rendus 23 Dec. 1872) M. Durand (de Gros) a exposé des doutes sur les véritables

tordures offertes par F humérus. « la torsion humérale, dit-il,

n’ existe pas chez tous les vertébrés pourvus de membres , et de plus , elle n’ est pas dirigée dans le même sens chez tous ceux où elle se rencontre: 1° elle est nulle chez les Enaliosauriens, Ichthyosaures et Plésiosaures, et chez les Tortues thalassites; 2.° elle est antéro-interne chez les Reptiles et Mammifères terrestres , chez les Phoques , les Morses , et lés Sirénides; 3.° elle est antéro-externe chez les vrais Cétacés, et chez les Oiseaux. »

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Revenant -sur nos pas, soit que l’ on veuille considérer les extrémités thoraciques et abdominales d’ un point de vue, ou d’un autre, des homologies remarquables paraissent eritr’ elles assez clairement. Sans même recourir aux pattes des quadrumanes, dont la ressemblance est si frappante, on trouve dans la pluralité des cas un dessein et une construction aussi soutenue qui arrête sans doute même le moins instruit.

Eh bien! je me borne à une seule demande. Le pied antérieur du cheval est-il conformé régulièrement, suivant les principes de dynamique et de mécanique pour servir à la marche, à l’amble, au trot, au galop etc.? Le pied postérieur du même animal est-il monté de même? Aux amateurs de l’équitation la réponse. — Cela posé, les extrémités thoraciques, aussi bien que les pelviennes sont donc construites telles qu’elles conviennent, telles qu’elles ne pourraient être différemment construites de ce qu’ elles sont.

Alors, par une licence réthorique, j’ adresse la parole à un ouvrier (1), et je lui dis: est-ce celle là la roue droite du devant de ce chariot? — Oui, la voilà, parfaitement proportionnée, parfaitement arrangée, parfaitement fonc-

(1) Les comparaisons des machines de la nature avec celles de F homme ne sont , je crois , que fort instructives. Pleines d’esprit, et de science sont les observations de ce genre, de M. Yan Beneden (Bull. Acad, de Belgique T. V. 1858, p. 578) de M. Faucault que nous citerons ailleurs, et d’ autres.

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tionnante. — Et l’autre est-ce celle de derrière? — Oui, la voilà telle qu elle convient, comme la première. — Mais vous avez copiée l’une et l’autre. — Non, j’ai fabriqué l’ une et Y autre selon les règles de la mécanique. Vous concevez: ces règles sont inévitables. Il y a des ressemblances, c’est vrai; mais pouvais-je oublier dans aucun cas l’essieu, le moyeu, les rais, ou les jantes? Il y a encore assez souvent des différences; observez tout le mécanisme des freins qui manque au pair antérieur etc. (1).

(1) Si quelqu’ un profondément instruit dans la mécanique était chargé de construire trois avant-bras pour les différents usages de Y homme , du chien , de la taupe , pourrait-il les exécuter d’ une manière différente de ce qu’ ils sont en nature ? Non, sans doute, car ils sont en parfaite règle de mécanique. Il les ferait donc composés de deux pièces , l’ ulna et le radius ; et dans le fond on pourrait lui dire qu’ il a adopté un type, et qu’il l’a varié de trois manières suivant le besoin. Mais l’adoption de ce type, ou mieux de cette forme fondamentale, est imposée par la nécessité mécanique ; il ne pouvait les faire différemment; il n’y avait pas lieu à choix.

Je pourrais dire de même de l’avant-bras des autres animaux , et plus vraiment de chaque partie du squelette de tout animal. Chaque partie serait ce que nécessairement elle doit être par loi de mécanique. Les choses ne pouvaient se passer différemment. Si donc on trouve de la ressemblance entre eux, s’ il y a unité de type , c’ est parce que la mécanique exige cela. — La nature ne s’ est donc pas imposé un type à suivre ; non , elle a suivi la voie qui était la seule possible en mécanique. Ce n’ est pas la modification d’ un type ingénieusement , adroitement immaginé et varié ; ce sont des exigences mécaniques uniformes dans le fond, et variées dans les applications spéciales.

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Dans l’œuvre de la nature, je lis un même raisonnement. Des homologies existent sans cloute entre les extrémités antérieures, et les postérieures; mais pouvait-on oublier les trois pièces indispensables à chaque extrémité , un humérus et un fémur, un avant-bras et une jambe, une main et un pied ? Pouvait-on oublier qu’ une extrémité du singe, antérieure ou postérieure, n’ est pas complète si elle manque de doigts ? n’ y a-t-il pas dans toutes les quatre également la nécessité pour fonctionner de s’allonger, de se raccourcir, de fléchir par angles, de servira la préhension? Sauf les modifications requises par la diverse position des extrémités relativement au corps, les mêmes exigénces dominent toutes les extrémités. — La ressemblance des mouvements importe la ressemblance des parties; 1’ homologie des fonctions réclame l’homologie des instruments.

Serait-elle jamais excogitable une différence de quelque importance, entre les extrémités antérieures, et les postérieures dans les cas ordinaires? Deux pattes de solidungule associées à deux pattes prenantes dans le cheval? A quoi bon? La nature du cheval n’est pas déterminée par tout l’ensemble, et dans l’hypothèse, par les pattes antérieures ? Les peintres et les poètes se sont permis de telles associations; mais le poète nous dit encore — Spedatum admis si risum teneatis amici ? — Heureusement pour eux, personne ne va leur demander la raison de l’ harmonie qu’ ils ont improvisée entre des parties inconciliables ; et ils seraient fort embarrassés s’ ils devaient s’ expliquer sur l’ Hyppogryplius , ou sur l’ Argus. La concordance des parties va du même pas avec les conditions

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de coexistence; c’ est-à-dire que, quand cette loi n est pas observée, on tombe dans l’impossible (1).

Plaçons ici une dernière remarque concernant encore Y unité de plan. Lorsqu’on admet une unité de type, ou de construction ou de plan, il faut bien l’ admettre telle qu’elle est; il faut entendre un à peu près , et rien de plus. Car il est vrai, par exemple, que du premier des vertébrés au dernier, on trouve immanquablement une tête, et une série de vertèbres, ou, comme on le dit, une colonne céphalo-rachidienne. On trouve presque toujours quatre extrémités composées des mêmes parties. Cependant

(1) Aux amateurs de Y unité de plan nous ferons une demande, à eux qui donnent comme une preuve lumineuse de cette unité la présence des extrémités dans les animaux. Je porterais des chouettes à Athènes , si je leurs dis que deux structures bien différentes sont appliquées aux mouvements des extrémités dans les différentes classes des animaux. La patte du singe fait toutes sortes de mouvements avec trois pièces. Le type était assez bon, qui ne le voit? — Pourquoi donc n' est-il pas conservé encore pour les animaux articulés ? La flexion et le tournement du bras a lieu aussi chez le Crabe et le Scarabée; mais ici on a quatre pièces: humérus, main et deux articles intermédiaires et disposés Y un au bout de l’autre; et la torsion qui est confiée au mouvement du radius sur le cubitus dans le singe , s’ accomplit par plusieurs axes cl’ articulation dans le Crabe etc. (1). Voilà deux types bien distincts pour un même résultat; pourquoi cela? Les exigences mécaniques n’y entrent pour rien?

(1) Voir : Memorie dell’ Accademia delle scienze di Bologna , Ser. 2.a T. IX. pag. 125. — Les organes fouisseurs de la Taupe et de ta Courtilière comparés. Par J. -Antoine Bianconi, 1S69.

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on annonce la dite unité avec des concessions bien condescendantes : par exemple d’avoir 29 vertèbres dans l’ homme, 8 dans le crapaud, et 300 dans le boa. On se contente d’ admettre une unité lors même que nous avons quatre extrémités énormément développées, ou seulement rudimentaires, ou deux seules, jusqu’aux ophidiens, et aux murènes qui en manquent tout à' fait. On 1’ admet encore quand le péroné égale presque le tibia, et quand il est réduit à un simple stylet comme chez les oiseaux; quand même on aurait une main très-développée , celle de l’homme, ou quand on n’a plus qu’un seul doigt, le sabot du cheval. Nous acceptons donc X unité de plan avec cette latitude; c’ est-à-dire une unité analogue à celle qu’ on a dans la grande famille des locomotives , dans celle des horloges etc. où l’on voit véritablement un conceptus dominant, avec des milliers de modifications, ou d’adaptations à des lisages spéciaux (1). Mais il est bon de remarquer à ce

(1) Le balai avec lequel la domestique nettoie la maison, ou la brosse qui enlève les toiles d’araignée, le gros pinceau du peintre de murailles, et le noble pinceau de Raphaël et de Corrége, sont l’actuation d’un seul conceptus } c’est-à-dire d’un instrument approprié à frotter légèrement des surfaces. Dans le fond ils sont sans doute des outils du même genre. Eh bien ; voudrait-on dire qu’ ils sont congénères à un si haut degré par suite d’ une loi , d’ un type primitif prémédité? Non; tout cela provient de ce que des usages semblables exigent des instruments semblables. Dans les arts plusieurs outils se ressemblent , car il existe un principe théorique essentiel pour tous ; mais ce principe est modificable pour l’ adaptation de l’ instrument aux usages singuliers. Ce qui arrive autant pour le petit art humain, que pour le grand art de la nature.

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propos, que si ce mot unité pris dans sa propre valeur importe l’idée d’identité (1), on voit que lorsqu’ on l’entend avec les latitudes signalées , on n’ a rien qui gêne , rien qui enchaîne, ni dans la construction des machines à vapeur , ni dans les animaux vertébrés , ni dans les ouvrages humains, ni dans les oeuvres des la nature. On jouit de la plus grande liberté.... Non! Je me trompe. Tout constructeur est géné par les règles de la mécanique.

En conclusion: dans la question de Y unité de plan, ou de construction, ou autre, que l’on voit dans les organes du mouvement, de préhension etc. des animaux vertébrés ; et lorsque ces organes sont bien anatysés , l’ on trouve que des prescriptions de la mécanique ont apporté des ressemblances, une uniformité, et une unité de dessein la plus remarquable.

À présent, Monsieur, nous allons aborder le problème que vous avez posé, par l’examen des extrémités en particulier, et premièrement de la main de l’homme.

(i) Voir : P. Flourens. De V unité de composition. Paris, 7 1865.

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