LA MAIN DE L1 2 HOMME
Bien que l’on possède des ouvrages remarquables à plusieurs égards , et qui traitent exprèssement de la main , tels que ceux de M. Bell (1) et de M. Günther (2), ce n’est pas là que nous trouvons rassemblés tous les matériaux nécessaires pour notre recherche. On a dans les travaux de M. Cruveilhier, de Carus, de Bichat etc. beaucoup d’observations qui nous seront de grand secours. Il nous faut toutefois prendre l’examen de la main sous un point de vue encore plus général et en même temps plus détaillé; car la main de l’homme est notre point de départ, et le terme de comparaison avec les extrémités d’ autres mammifères.
Je ne dois pas m’appesantir sur ce que j’ai dit plus haut; mais dans l’examen de l’extrémité supérieure de l’homme, nous allons trouver les conditions mécaniques, signalées ci-dessus , portées au maximum. Le bras n’ est pas en effet d’ une seule pièce , et il ne pouvait pas Y être. Le bras est une tige brisée, qui se compose de trois par-
(1) Bell. The hand.
(2) Günther. Das Handgelenk etc. 1850.
FLEXIBILITÉ DU BKAS
ties: hunier us , avant-bras et main. Les articulations scapulo -humérale , huméro-cubitale , et radio-carpienne permettent que les trois pièces puissent former des angles entre eux, ce qui permet au bras de s’étendre, de fléchir, de s’allonger et de se raccourcir en tous sens, et dans toutes les mesures.
Le bras est doué de flexibilité; et de mobilité à un très-haut degré. Les savants Weber et d’ autres encore ont remarqué qu’ il n’ y a aucune partie de notre corps convenablement posée, que la main ne puisse atteindre. De plus, une personne étant debout et parfaitement immobile, peut prendre également bien l’insecte qui s’est posé sur son épaule, et le fruit qui se trouve haut placé sur un arbre à toute 1’ entière portée de son bras. Dans le premier cas le bras est entièrement fléchi, dans l’autre il est entièrement étendu. Le bras étendu devient alors un rayon, dont une des extrémités est fermée à son centre sur l’épaule: tandis que par l’autre il peut dessiner une périphérie dont la figure est une demi sphère à convexité très-uniforme. Les points en nombre, à la vérité, presque infinis, qui sont compris dans cette demi sphère, sont tous à portée de la main. 11 n’est pas un seul point de tout cet espace sur lequel la main, aidée par la supination , et la pronation, ne puisse appliquer son action. La main après avoir parcouru toute la périphérie, remonte jusqu’à son centre, Y épaule. Là, est mise à profit toute la longueur du bras, telle qu’elle résulte par la disposition des trois pièces sur une même ligne; ici le bras se réduit à zéro; car en se repliant sur lui-même la main est portée à l’origine même du bras. Et le bras qui donne à la main le pouvoir d’ agir de près et de loin.
FLEXIBILITE DU BEAS
en haut, en bas. et partout, s’efface enfin presque entièrement lorsque l’extension est devenue inutile (1).
Nous pourrions porter beaucoup plus loin ces observations sur la liberté et la multiplicité des mouvements des extrémités supérieures de 1’ homme : mais nous nous en abstenons pour faire place à une considération qui n’est pas sans intérêt. Si d’un côté cette mobilité est surprenante en ce qu’elle n’est produite que par trois pièces ( bien qu’ une d’ elles soit double ) , de Y autre il est bien clair, que cet organe même, le bras, ne pouvait manquer d’être composé au moins de trois parties: Y humérus, V avant-bras et la main; et conséquemment il ne pouvait manquer des trois articulations scapulo-huméro-radiocarpienne , et enfin il ne pouvait manquer de se terminer par une forme digitée. Ce qui, en définitive, est la réalisation des conditions, ou principes généraux , qu’ on a vus ci-dessus, propres à toute extrémité qui doit servir à la préhension , ou à la locomotion. — Par un moindre nombre de pièces, il serait impossible d’obtenir ces effets: comme il serait absurde de prétendre un plus grand nombre de pièces. Lorsque trois sont parfaitement suffisantes, à quoi bon en chercher quatre ou cinq ?
Dans la construction organique du liras il y a donc le moindre nombre possible de parties; et cependant il
(1) M. Alix a rapporté plusieurs observations sur les mouvements de la main. — Annales des Sciences naturelles
T. VIII. 1867, p. 295.
MOUVEMENTS DE LA MAIN
y a toutes celles qui sont nécessaires; c’est le minimum accompagné par V entier le plus complet (1).
La multiplicité des fonctions qui sont exécutées par la main n est pas due seulement à la variété des mouvements, dont le bras est capable. Il y a encore un autre élément , qui est la forme digitée de la main. Par sa division quinaire elle amplifie sa surface moyennant son pouvoir de divergence; et, opposant, ou fléchissant ses doigts, elle devient une tenaille tout à la fois très-délicate, et très-robuste.
Étudions donc, nous dit un savant qui a fort bien analysé la main, M. Cruveilliier (2) « étudions avec toute l’ attention qu’ elle mérite cette main , véritable chef d’ œuvre de mécanique. »
La main est exposée à supporter des efforts excessifs: tout le monde sait cela. On voit les artisans essayer de
(1) Je ne puis m’ empêcher de remarquer que les effets signalés se résument enfin dans leur cause ; c’ est-à-dire que les mouvements se rapportent à la construction du bras. Or cette construction 'paraîtra de nouveau toutes les fois qu ’ on aura répété les mêmes effets voulus , si non dans la même proportion, au moins dans une proportion aliquote. Je remarque en passant que dans les autres animaux vertébrés on aura plus ou moins d’ analogie des parties , qu’ on aura plus ou moins d’analogie des effets, ou des mouvements; voyez les singes par exemple etc. Il ne faudra donc pas être surpris si une unité de cause correspond à une unité d’effets; ou en d’autres mots si à une unité de fonctions correspond une unité de construction.
(2) Cruveilliier Traité dé anatom. descrip. 1. p. 264,
MOUVEMENTS DE LA MAIN
surmonter clés obstacles invincibles; ils emploient leur main à des efforts extrêmes; ils exigent d’elle tout ce qu’elle peut donner; bien plus, ils prétendent ce qui n’est pas possible; d’ où les luxations. Quand l’ homme se voit à deux doigts de la mort, quel effort épargne-t-il à sa main, si de sa main il peut espérer quelque secours?
La main exécute des mouvements innombrables , forts ou délicats par degré et par intensité. Nous en avons examinés quelques uns à l’Appendice.
Force, variété, délicatesse, voilà les attributs principaux de cette petite machine , la main. Tant de qualités ne sont pas sans une complication de structure et de parties sans nombre dans tout Vartus : et de plus les diverses fonctions semblent être localisées.
Parmi les mouvements que nous pouvons exécuter avec le bras et la main, un des plus communs est la préhension des corps (1). En analysant cette simple opération, on voit que les différentes régions du bras et de la main concourent différemment à ce genre de mouvement. La main, ou mieux les doigts avec les métacarpes entourant le corps à prendre, sont immobilement fermés sur lui pendant tout le temps qu’ils le retiennent. Ils se moulent, pour user une phrase de M. Cruveilhier, sur les moindres inégalités du corps ; et ils font en quelque manière partie avec lui. Ils suivraient son inertie ou ses mouvements comme des tenailles fixes , s’ ils n’ étaient gouvernés par le bras. Le bras imprime le mouvement, et toute force
(1) Voir pour les détails l’Appendice; article — Préhension.
MOUVEMENTS UE LA MAIN
vient de lui. C?est lui qui domine 1* inertie du corps, ou arrête ses mouvements. Entre les doigts et le bras est le carpe ; d’ où cette conséquence , qu’ entre Y appareil de prise ( les doigts ) , et celui d’ action ( le bras ) il y a une partie intermédiaire sur laquelle va enfin se concentrer tout effort: c’est le carpe. Dans toute sorte de mouvement exécuté par l’extrémité antérieure, il y a nécessairement un désaccord, ou mieux une opposition entre la force motrice et la résistance; entre le bras et la préhension digitale. Si je tourne une clef, le bras détermine la torsion, et la main résiste, car elle doit suivre la résistance de la clef; mais la discordance de la force avec la résistance tombe sur le carpe. Sur le carpe s’impriment aussi bien les effets du mouvement, que ceux de la résistance. Il exécute à son tour la double fonction ou de transmettre le mouvement originé par le bras,* ou de déterminer l’arrêt d’un corps motivé également par la résistance opposée par le bras. Enfin on peut dire que bien souvent les doigts ne font qu’appliquer fortement les corps au carpe. Par là ils portent sur celui-ci l’immobilité ou le mouvement propre au corps qu’ils retiennent.
Dans la très-grande variété et multiplicité des mouvements que nous exécutons, le carpe étant impliqué d’une manière suprême dans la splière des actions et des réactions , il acquiert la place d’ une partie des plus importantes de F extrémité. Les efforts auxquels il est continuellement exposé se reflètent et se concentrent sur sa construction ; et dès lors on comprend l’ attention toute particulière qu’ il exige dans nos recherches sur la main.
MOUVEMENTS DE LA MAIN
Nous allons donc consacrer au carpe humain un examen approfondi. Sans doute pour en faire ressortir plus clairement les particularités, il faudrait prémettre l’ étude générale des mouvements de la main , et du bras. Mais cela nous occuperait trop long-temps; c’est pourquoi je donnerai une place à part à cette analyse, c’està-dire à l’Appendice. Ici je ne m’occuperai que du carpe.
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LE CARPE HUMAIN