EXPLICATION DE LA PLANCHE VIII
Main du Tigre.
r) radius — u) ulne — p) grand pisiforme. I à V) cinq doigts.
CARPE I)U TIGRE
extrêmement bornés, quoiqu’il semble que l’évasement cle la cavité canaliforme, lui permette cle jouer obscurément en sens variés, mais avec très-peu d’extension. L’ on voit donc que tout mouvement de torsion qui tombe sur la main va en dernier lieu se concentrer sur le grand- os. Alors la tête très-comprimée de celui-ci fonctionne comme lin frein très-limité, mais qui, n’étant pas entièrement fermé, lui permet encore des mouvements de glissement et de replacement, qui jouent, comme un amortisseur des efforts rudes de torsion. Dans le cas où l’effort serait extrême, le relief que nous avons signalé au côté dorsal en a, entre alors en fonction. Il oppose, par sa grande puissance, un obstacle insurmontable, à ce que la tête du grand-os puisse tourner hors de certains limites vers le dehors de la main (1); tandis que pour une torsion en sens opposé la résistance est confiée au trapézoïde, qui par sa face dorso-ulnaire , trouve sur le même relief a du scaphoïdo-luné , un appui insurmontable et capable de braver toute violence d’un effort. Donc la pointe, ou relief a , du scaphoïdo-luné est là comme un
(1) On ne peut se conformer ici au langage ordinaire de Y anatomie humaine , car clans 1’ examen de la patte du chien , du phoque etc. le côté pollicaire est incontestablement le côté interne. M. Charles Martins a très-bien signalé cela (Les Mondes 1872, 15 Fevr. ) en disant: « Dans tous les ouvrages d’anatomie humaine on suppose toujours 1’ avantbras en supination ; mais dès qu’ il s’ agit des vrais quadrupèdes, cette supposition est inadmissible, parce que la supination est impossible.... etc. » Pour nous donc, dans l’examen qui va suivre, le côté interne sera le radial, 1’ externe le cubital.
MÉTACARPE DU TIGRE 129
fulcrum ou appui inébranlable, aux côtés duquel vont se réduire enfin les efforts de torsion de gauclie, aussi bien que de droite. Mais les faces de contact du trapézoïde avec le scaphoïdo-luné n’ étant pas des faces plates , mais des faces ondulées de glissement, elles transportent tout effort de torsion sur les parties molles , c’ est-à-dire sur les ligaments et les cartilages élastiques. D’ où 1’ on obtient la résistance et la souplesse.
Cette dernière observation ne se rapporte, comme on le voit, qu’à une petite partie du mécanisme modérateur de la torsion dans la main du tigre ; car à la seule inspection des pièces contrastantes du carpe et de leurs formes particulières, on conçoit que nécessairement tout effort de torsion tend à repousser toute pièce carpienne de celles qui l’environnent. On comprend par là que dans cet admirable mécanisme entrent en fonction toutes les parties molles (cordes résistantes, et surfaces élastiques et glissantes) d’où résulte une souplesse générale pour amortir la violence, ou la rudesse des coups de torsion.
Mais il nous faut quitter désormais ces détails qui sont innombrables et qui nous conduiraient trop loin. D’après ce qu’ on a dit , il est bien constaté que chez le tigre il y a un appareil pour régler les efforts de torsion et des coups extrêmement vigoureux de latéralité, en comparaison duquel, celui de l’homme, par exemple, bien que trèsfourni lui-même, est fort grêle et délicat (a-
(1) On me dira : vous trouvez partout dans le carpe des contrastes et des mécanismes disposés pour braver les efforts auxquels les membres antérieurs sont soumis; et vous avez
METACARPE DU TIGRE
Les têtes supérieures des métacarpes présentent à leur tour des formes d’une pareille force. Celle de l’index a une base antéro-postérieure (1), de 0, 032, la grosseur minime de F os étant de 0, 015. Son talus au côté volaire est très-avancé et très-fort ; F extrémité de celui-ci quitte sa base propre du trapézoïde pour aller s’ appuyer sur la dilatation volaire du grand-os.
toujours oublié qu’ on n’ a presque pas d’ appareils de force semblable entre métacarpe et phalange, et entre les phalanges réciproquement.
Sans me préoccuper de ce qu’ on pourrait m’ objecter, une seule observation suffira, je crois, pour éclaircir la question. Admettons que chaque doigt soit faible en lui-même, et sans éléments de contrastes dans ses articulations. Mais il est bon d’observer, par exemple, que dans le tigre et, dans la généralité des cas, un doigt n’ agit jamais seul. L’ action de quatre doigts est simultanée. La partie tétradactyle est une dans ses efforts de préhension , de répulsion etc. et elle est divisée seulement en parties divaricables , afin que la main puisse occuper une plus grande extension de surface, et se mouler sur les formes des corps. Les efforts de chaque doigt vont passer sur chaque os du métacarpe; tous les efforts des doigts vont se concentrer dans le carpe, de manière que quatre ou cinq activités des doigts vont se résumer en un seul produit, qui tombe sur les os du carpe. C’est véritablement le funiculus triplex qui transmet sa force au carpe , et dans le cas du tigre , plus spécialement au scaphoïdo-luné. Les contrastes plus énergiques pour braver les efforts sont donc bien placés là où toutes les forces se confondent en une seule. C’est là que se manifeste la rudesse d’un coup; et c’est là qu’il faut l’amortir et l’adoucir, par une décomposition de forces operée par les multiformes contrastes des pièces carpiennes.
(1) Planche YII. fig. 2.
TIGRE — OS SÉSAMOÏDES
La base encore clu doigt du milieu a un talus de 0, 025, et celle du quatrième qui s’ appuie sur le crochu ainsi que sur le grand-os, jouit encore d’une force remarquable. Le cinquième est un peu moins bien partagé. Quant au pouce il a évidemment une moindre importance; et il n’est qu’ une partie complémentaire qui complète la griffe servant à retenir une victime (1). D* après ce que nous avons dit de l’homme, on connaît par ces formes qu’une résistance immense réside dans la main du tigre à la tête supérieure des métacarpes , sous le double aspect de fonctionnement de l’artus comme colonne de support, et comme instrument de griffe.
L’autre extrémité du métacarpe du tigre, celle qui
touche aux phalanges , est remarquable par ses grands os sésamoïdes. On ne les voit tels pourtant qu’à la partie tétradactyle de la main seulement; car au pouce on ne voit que de très-petites sésamoïdes et, comme on a dit, des rudimentales. Les premières sont appliquées sur le bas de l’os métacarpien au côté volaire; tandis qu’au côté dorsal on a un tête condyloïde arrondie pour l’articulation de la première phalange.
On distingue donc clairement deux structures trèsdifférentes, et très-bien marquées aux deux côtés de la tête inférieure du métacarpe: une à la face palmaire, l’autre à la dorsale.
(1) Par sa brièveté le ponce s’implante assez en arrière dans les chairs d’une victime. Toutes les cinq piqûres des ongles sont alors graduées et distantes; de manière que l’aire occupée par la griffe est beaucoup étendue.
TIGRE — OS SÉSÀMOÏDES
L’appareil du côté volaire se compose l.° d’une grande carène médiane b (1) longitudinale de l’os métacarpien, qui sépare les deux aires sur lesquelles jouent les deux os sêsamoïdes c. - 2.° de ces mêmes os sésamoïdes. Ceux-ci au nombre de deux pour chaque tête métacarpienne sont très-longs, hauts et comprimés; et ils ont la forme de grandes crêtes. Par leur juxtaposition ils forment les bords d’ une gouttière longitudinale et profonde , qui donne passage au tendon dépresseur des phalanges.
Il est bon de signaler ici que pour une fonction de cette nature, c’est-à-dire, pour constituer une gouttière de passage aux tendons , des simples crêtes osseuses fixes ou des apophyses auraient été très-bien appropriées (2). Par contraire ces crêtes sésamoïdales sont trés-mobiles. Elles n’adhèrent en aucune manière à Y os métacarpien ; et leur déosculation avec celui-ci se fait par l’entremise des faces glissantes, recouvertes par des cartilages, et lubrefiées par 1’ humeur synoviale.
Alors il reste démontré que la liberté dont jouissent ces os sésamoïdiens, n’étant pas demandée pour la constitution d’une gouttière destinée seulement à assurer le passage des cordes tendineuses, elle est réclamée pour d’autres buts, parmi lesquels nous pouvons citer, outre ceux qui sont signalés ordinairement par les anatomistes à propos des sésamoïdes, un autre encore, qu’ il nous
faut examiner ici.
(1) Planche VII. fig. 3. b.
(2) On voit de telles gouttières fixes pour le passage des tendons à la partie supérieure du tarso-metatarse des oiseaux.
O.Namrini lit"! lit. (xWenk.