‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 97 sur 125 · MUSCLES DES DOIGTS DES CHÉIROPTÈRES · texte numérisé non relu

MUSCLES DES DOIGTS DES CHÉIROPTÈRES

Les muscles élévateurs et dépresseurs des doigts, réduits par conséquent à un état filiforme, et les divaricateurs et les abducteurs, s’il y en a, n’ayant presque rien à faire , on a obtenu une grande simplification dans l’aile de la chauve-souris; mais surtout il en résulte cet état mince et léger de Y artus entier , qui vérifie les deux qualités signalées par M. Temminck , c’ est-à-dire que « les ailes des chauves-souris ont autant de surface que de légèreté » (1).

Une opération qui semblerait gênante et difficile pour les chéiroptères, le battement de l’aile pour le vol, se réduit donc à une simple ouverture ou clôture de l’ éventail. Tout effort est réservé aux muscles moteurs du bras, les pectoraux surtout, qui sont à la vérité très-bien développés. Mais c’ est la proportion musculaire qui chez tous les mammifères, notamment les quadrupèdes, et chez tous les oiseaux, est indispensablement montée pour la translation. Ces muscles sont toujours destinés à mouvoir des instruments de translation; peu importe du reste si ce sont des jambes ou des ailes.

Enfin la différence de direction de 1’ axe articulaire radio -carpien , avec celui des insertions des bases métacarpiennes, importe que tous les quatre doigts se trouvent étendus sur un plan, qui est presque le même que le plan de flexion du bras sur 1’ avant-bras. Mais dans l’état de repos, ces trois parties qui composent l'aile, humérus, radius et main, toutes les trois se replient de

(1) Monogr. 1 , p. 158,

MÉTACARPES ET DOIGTS DES CHÉIROPTÈRES 241

la meme manière. En effet, de même que le radius est juxta-posé à l’humérus, les doigts sont* juxta-posés au radius (1).

On voit par là la singulière mécanique qui a été introduite dans la main des chéiroptères pour le service du vol. Les têtes supérieures des os métacarpiens ont reçu ici une liberté, et une indépendance de mouvements que l’on ne trouve ordinairement pas dans les mammifères, sans parler des métacarpes de F homme que nous avons examinés ailleurs. Chez les chauves-souris, on voit même des faces de glissement entre les métacarpiens et les os correspondants du carpe, et encore entre un métacarpien et F autre. Faces nouvelles pour une organisation mammifère , dont les formes et les fonctions singulières sont là pour signaler des rapports nouveaux, qui mériteraient des études plus avancées. En revanche d’ une telle liberté qui , à ce qui paraît à première vue, pourrait compromettre la stabilité des tiges métacarpiennes, chaque métacarpe a reçu des relations avec les os carpiens, moyennant les larges faces de contact supérieurement décrites, qui as-

surent la résistance individuelle de chaque tige.

On pourrait dire, en comparant les doigts des chéiroptères à ceux de l’homme, du tigre etc. que ce sont des doigts habituellement fléchis. Mais on peut noter une très-grande différence. Ni moi, ni le tigre, nous ne fléchirons jamais nos quatre doigts par des mouvements du métacarpe sur le carpe; car ces os sont ordinairement très-

(1) PI. XVIII. fig. 2.

CHÉIROPTÈRES

bien assurés sur le carpe pour qu‘ ils puissent s’ incliner d’un minimum.* Je renvoie pour cela à ce qu’on a dit à pag. 95 et suivantes.

Le troisième et le cinquième doigt sont les plus gros, comme nous l’avons dit. et ce sont ceux que l’on voit chargés de plus d’ effort à supporter pour l’ action du vol. Le troisième est la tige la plus longue et celle sur laquelle va se continuer l’axe de force de l’aile. Il a à son côté, et presque adhérent, l’index, qui vient à son aide et à son renfort. Le quatrième qui est intermédiaire entre le troisième et le cinquième jouissant de leur appui, est plus grêle qu’eux (1).

En regardant de près une chauve-souris à ailes ouvertes, on ne peut qu’être frappé d’une singularité qu’elle présente. C’est la maigreur piquante du bras et de l’a-

(1) La grosseur, ou 1’ exiguité des quatre doigts des chauves-souris est subordonnée à la condition générale d’ une élasticité la plus grande que possible des tiges alaires, en accord avec la force nécessaire. Par là , le quatrième métacarpien plus court doit, dans sa brièveté, harmoniser par son élasticité avec le plus gros; qui malgré sa grosseur, étant plus long, présente une élasticité d’ un égal degré. Grosseur et brièveté excluent la flexibilité , ou l’élasticité. — On voit du reste combien d' économie savante est déployée jusque dans ces dernières constructions. Trouve-t-on toujours ces finesses dans les œuvres de l’ intelligence humaine ? Pourra-t-on supposer d’en trouver avec fréquence dans les produits de la modification apportée par la lutte de V existence ou par la sélection naturelle inconsciente ?

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