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2% Boscovich supposait ses atomes doués de forces attractives et répulsives, celles-ci variant suivant une puissance de la distance plus élevée que celles-là. La. physique mathématique démontre que l'intensité des forces qui consistent dans un mouvement ondulatoire du milieu et qui rayonnent donc réellement à partir d’un centre, varie nécessairement en raison inverse du carré de la distance ; mais quant aux autres forces, par exemple, la gravitation, dont on ne connait pas avec certitude la nature, la physique mathématique n’a rien à y voir. L'expérience seule peut nous renseigner sur la loi de leur variation.
3° Si nous adoptons la constitution atomique de Ja matière, il faut admettre que les atomes des corps solides et liquides s’attirent, puisque ces corps sont tous plus ou moins cohérents. D'autre part, tout en se laissant comprimer, ce qui indique que leurs atomes sont distants, ils opposent une grande résistance à la compression. Il existe donc entre ces atomes des forces répulsives, et celles-ci augmentent plus rapidement que les forces attractives lorsque la distance diminue.
Beaucoup de physiciens considèrent la matière comme composée d’atomes pondérables entourés d’atmosphères d'éther, fluide :impondérable. D’après cette conception, tandis que les atomes de matière pondérable exercent une action attractive les uns sur les autres et aussi sur les atomes d’éther, ces derniers au contraire se repoussent. On est disposé à considérer l'attraction mutuelle des atomes pondérables comme n'étant pas diflérente de la gravitation et comme variant, dès lors, en raison inverse du carré de la distance. La même variation aurait lieu pour l'attraction exercée par les atomes pondérables sur les atomes d’éther, tandis que la répulsion de ces derniers s'exercerait en: raison inverse de la cinquième ou de la sixième puissance de la distance. (1) Cette répulsion entre les atomes d’éther variant en raison inverse de la sixième puissance de leur distance est exigée par la
(A) ef, DAGUIN, Traité de Physique, Paris 1878, vol, 1, p. 161.
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théorie ondulatoire de la lumière lorsqu'on tient compte des phénomènes de transmission et d’interférence observés par Fresnel.
Nous n’affirmerons néanmoins pas l'existence d’une telle force, puisque la théorie des ondulations, telle que la concevait Fresnel, se trouve aujourd'hui battue en brèche et menacée d’être remplacée par une autre (1). Mais il ressort du moins de ce que nous venons de dire que les physiciens ne considèrent pas du tout les forces comme variant nécessairement en raison inverse du carré de la distance.
Les récentes découvertes qui ont été faites dans le domaine de la physique modifieront sans doute nos idées au sujet de la constitution de la matière. Il serait prématuré d'en vouloir déduire des conséquences définitives en ce moment. Ce que nous avons dit suflit pour montrer que les critiques de Spencer sont sans valeur.
Le lecteur se demandera sans doute quelle idée Spencer lui-même se fait de la matière, du mouvement, de la force. Il sera étonné d'apprendre que — comme nous le verrons plus-tard — ces idées ne sont pas fort diflérentes de celles-qui sont ici battues si violemment en brèche. Cette contradiction est censément résolue par la théorie de la connaissance qui sera exposée au chapitre suivant et d’après laquelle nos concepts ont pour objet le phénomène et non la réalité. Nous devons avouer qu'il nous est impossible de comprendre comment une théorie quelconque pérmet d'adopter des conceptions qu'on a, par ailleurs, jugées remplies d’impossibilités. Comment, par exemple, peut-il être « légitime » « de considérer la matière comme composée d'atomes étendus et résistants » (2) alors que cette même hypothèse à été auparavant traitée d’ « absurdité » (3). Nous croyons d’ailleurs avoir fait voir
(1) Ci. LORENZ. Œuvres scientifiques revues et annotées par H. VALENTINER. Copenhague 1896, t. 1, p. 195.
La conscience
clairement qu'on n’a aucune bonne raison de la juger ainsi. un
Les états de conscience constituent une chaîne qui ne peut pas être infinie. Cependant, dit Spencer, nous ne pouvons pas non plus là concevoir comme finie. Nous devrions pour cela en connaître le commencement et la fin. Or le commencement « s’évanouit dans une obscurité profonde » (1) et quant à la fin, si nous la connaissions, elle cesserait par là même d’être fin, puisqu'elle ne peut être connue que par un acte de conscience nouveau.
Cet argument ne paraïitra pas très fort, si l’on réfléchit que pour concevoir la chaine des actes de conscience comme finie, il suffit de concevoir qu’elle à un commencement et une fin, sans qu'il soit nécessaire de concevoir in individuo l'acte qui constitue ce commencement ou cette fin. Cette distinction s'impose ; nous n’y insisterons pas.
« Présentons, dit Spencer, la difficulté sous une autre forme : Si un changement incessant d'état est la condition sous laquelle la conscience existe, quand le dernier état supposé est atteint par l'achèvement des états précédents, le changement a cessé ; donc la conscience a cessé ; donc l’état supposé n’est point un état de conscience, donc il ne peut pas y avoir de dernier état de conscience » (2).
On ne peut évidemment dire sans contradiction que le dernier état de conscience « est atteint par l’achèvement : des états précédents ». Cela reviendrait à aflirmer que le dernier état de conscience n’est que la non-existence des états précédents, c'est-à-dire une simple négation, ou rien du tout. Mais aussi, qui dira une chose si manifestement absurde ?
Le dernier état de conscience est l’état de conscience actuel. Il est très vrai que si je veux percevoir cet état
de conscience par réflexion sur moi-même, il se produit un nouvel état de conscience et qu'ainsi l’autre cesse d’être le dernier. Mais qu'y a-t-il en cela d’absurde ou que veut-on en conclure ? Si c’est par là qu'on démontre
. l'impossibilité de concevoir une chaîne d'états de conscience
qui ait une fin, nous avouons ne pas saisir la portée de l'argument,
Cette chaîne des états de conscience constitue-t-elle, à elle seule, la personnalité, ou bien plutôt tire-t-elle son unité d’un sujet dont les états de conscience ne sont que des modifications successives ? Nous avons à choisir entre ces deux hypothèses. Spencer rejette la première comme étant contradictoire ét en opposition avec la conscience elle-même.
Il prononce la même condamnation sur la seconde, parce que « la condition fondamentale de toute conscience étant l’antithèse du sujet et de l’objet » (1), il est impossible de se concevoir soi-même.
Ilne faut pas, répétons-le encore une fois, que la métaphysique contredise le bon sens. Elle est jugée par le fait même. Avons-nous oui ou non conscience de nos actes? Si l’affirmative est incontestable, toute théorie de la conscience doit tenir compte de ce fait (2). Sans doute, la conscience exige une certaine distinction entre le sujet et l’objet. Mais ne sufit-il pas d’une distinction de raison ? Ne peut-on concevoir qu’un être soit présent à lui-même, c'est-à-dire se connaisse lui-même tout entier ?
Cette identité réelle du sujet et de l’objet n’est d’ailleurs qu’imparfaitement réalisée dans l’homme chez qui
la connaissance au moyen de laquelle il perçoit ses propres
états d'âme est un acte distinct de ceux qu’il perçoit, quoique posé par le même sujet. Il n’y a encore une fois dans cela rien d’absurde ni d’inconcevable.
(2) Cf. RENOUVIER, 0p. cit, p. 410.
L'analyse des idées dernières de la Religion et de la Science s'arrête ici. Le lecteur jugera si Spencer y à trouvé une base solide pour là doctrine de l’Inconnaissable telle qu'il la conçoit. Nous croyons avoir montré que les idées fondamentales de la Religion et de la Science ne sont pas sérieusement entamées par sa critique.
Est-ce à dire qu’il n'y a pas de mystère au fond des choses et que toutes les questions qui se dressent devant l'esprit peuvent recevoir une solution satisfaisante ? Non, certes ! Au cours de cette étude nous en avons rencontré nous-même plusieurs auxquelles l’on donne deS réponses opposées sans qu'il soit possible de décider laquelle doit ètre choisie. Plus les recherches de lesprit pénètrent audelà des faits particuliers que lobservation nous fait connaître, plus aussi ces recherches deviennent laborieuses, pleines d’incertitudes et d’obseurités. En ce sens, nous sommes entourés de toutes parts par l'inconnu, ou, par rapport à nous, par l’inconnaissable.
Mais ce qu'il faut repousser, c’est la théorie d'après laquelle notre intelligence serait logiquement poussée à des affirmations que par ailleurs on démontre absurdes.
C'est en vain qu’on cherche à tracer une ligne de démarcation entre le terrain sur lequel notre intelligence peut s'engager avec confiance et celui où elle s'’embarrasse fatalement dans des contradictions. Nous n'avons qu'une intelligence et les lois fondamentales de la logique sont les mêmes en toute matière,
Montrer que notre esprit affirme nécessairement des choses impossibles et que les principes de la logique conduisent à des résultats contradictoires, c’est ouvrir la porte toute large au scepticisme, quel que soit l’objet du raisonnement.
Spencer, nous l'avons dit, enseigne que l’inconcevabilité «est l'indice de la fausseté ». Il rapporte l’objection que W. Hamilton lui fait à ce sujet. «Il est inconcevable, dit celui-ci et Spencer l’admet avec lui, comme nous l'avons vu, que l'espace est fini; il est de même inconcevable qu'il est infini, » Pourtant il doit être l’un ou l’autre ; donc, une chose inconcevable peut être vraie.
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Que répond Spencer ? « Une chose, dit-il doit exister ou ne pas exister : il n’y a pas une troisième possibilité. Maintenant, tant que cette loi est. considérée comme une loi de la pensée dans ses rapports avec l'existence phénoménale, elle ne peut être mise en doute. Mais sir W. Hamilton étend cette loi en dehors des limites de la pensée, et tire une conclusion positive touchant l'existence nouménale. » (1)
D'abord il n’y aucune raison de dire que la remarque de Hamilton s'applique à l’existence nouménale. L'espace phénoménal — le seul que nous connaissions — est-il fini ou infini ? S'il est l’un ou, l’autre comment cela est-il néanmoins inconcevable? EC il n'est ni lun ni l’autre c'est donc qu'il y a une «troisième possibilité » dans l’ordre phénoménal.
Ensuite, que le principe de contradiction n'ait de valeur que dans l’ordre phénoménal, cela se rattache à la théorie de Spencer d’après laquelle toute certitude à son origine dans l’expérience. Mais il est clair que ce principe ne soufre aucune restriction. S'il ne s'applique pas à l'ordre nouménal, c'est donc que le noumène ou l’Inconnaissable peut à la fois existerl ou bien ni exister ni ne pas exister. De quel droit Spencer affirme-t-il donc qu'il existe ?
Nous allons voir au chapitre suivant que la théorie qui sépare l’ordre phénoménal de la réalité ou du noumène est inadmissible, et que ce n’est pas davantage sur ce fondement que la doctrine de l’Inconnaissable peut être bâtie.
(4) Principes de Psychol. vol. 11 p. 442$ 432.
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