‹ La théorie de l'évolutionChapitre 2 sur 85 · CESSE · texte numérisé non relu

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beaucoup facilitée par le fait que Spencer à consacré un volume spécial à établir les premiers principes. C'est cet ouvrage fondamental que nous étudierons. Cependant, comme il est nécessaire pour l'intelligence parfaite des principes de les envisager dans leurs applications et quoique Spencer prenne toujours soin d'illustrer largement les considérations théoriques par des exemples concrets, nous aurons à tenir compte des autres ouvrages philosophiques de Spencer, notamment de ses Principes de Biologie, de Psychologie, de Sociologie et de Morale.

Si l’on compare au point de vue intellectuel notre époque aux précédentes, par exemple au XVII" siècle, au XIT siècle ou à l’âge d’or de la philosophie grecque, on trouvera certainement que nous lemportons de beaucoup pour l’étendue et la sûreté des connaissances concrètes, mais on pourra peut-être nous reprocher avec raison un manque d'esprit synthétique.

Depuis l'essor merveilleux des sciences naturelles, depuis les progrès rapides des sciences historiques, l'arbre du savoir humain s’est ramitié en une infinité de branches. La plupart des travailleurs de l'esprit ont choisi une partie restreinte du champ de la vérité atin de l’explorer avec un soin minutieux. Un très petit nombre cherche à l'embrasser dans son entier, à s'élever de manière à obtenir une vue d'ensemble, C’est cependant à cela que doit viser la philosophie.

Il est vrai de dire qu'au fur et à mesure des progrès des sciences particulières, la synthèse devient plus difficile. Autrefois lorsque l’ensemble des connaissances humaines n'était pas trop étendu pour qu'un homme de génie pût se l'assimiler tout entier,ou du moins posséder de chacune de ses parties une science personnelle étendue, les conceptions synthétiques pouvaient naître dans un plus grand nombre d'esprits et aussi s'adapter plus facilement aux faits connus, À notre époque aucune intelligence humaine n'est capable de s'assimiler même la majeure partie de

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nos connaissances et les principes ont bien plus de chances qu’autrefois de rencontrer des faits qui semblent les contredire. Il est cependant indispensable, si l’on veut concevoir une théorie générale de l'Univers, que l’on connaisse avec exactitude au moins les résultats généraux de toutes les sciences. Cela même est aujourd’hui le résultat d’un travail long et aride. Ensuite il faut une intelligence suflisamment puissante pour ordonner ces connaissances de manière à en déduire les conclusions et à saisir les principes auxquels obéissent la multitude des faits particuliers.

Nous admettons volontiers que tous les phénomènes quelque variés qu’ils soient sont gouvernés par un petit nombre de lois générales. Quelle que soit l’idée que nous nous fassions de l'Univers, nous sommes portés à croire que sa complexité cache une unité profonde et l'expérience que nous en avons confirme cette vue à priori. Mais il faut d'autre part que nous nous gardions des généralisations hâtives et que nous ne transformions pas à la légère en principe universel une loi dont nous avons constaté l'exactitude dans une catégorie restreinte de phénomènes. Il y à dans l'Univers unité et variété et il importe de saisir le point précis où l'unité cesse et où la variété commence,

L'on peut dire que sans synthèse il n’y a pas de science proprement dite. Personne ne donne le nom de science à la connaissance isolée de l’un ou l’autre fait particulier. Pour mériter ce titre, la connaissance doit grouper un grand nombre de faits de manière à saisir une vérité générale qui y trouve son application. Lorsqu'on est ainsi entré en possession de quelques vérités générales, on peut les grouper elles-mêmes de façon à en faire jaillir des principes plus étendus encore, La synthèse sera d’autant plus élevée que l’on sera arrivé à la connaissance de propositions plus universelles,

Lorsque Newton, après avoir étudié les mouvements des planètes autour du soleil aussi bien que la chute des corps terrestres, découvrit que tous ces phénomènes sont réglés par la loi de la gravitation, il conçut une synthèse magnifique. De même, si étudiant les phénomènes ther-

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miques nous arrivons à la conclusion que la chaleur est un mouvement vibratoire des particules matérielles, nous faisons une synthèse en déduisant une proposition générale d’une multitude de faits particuliers. Si, en outre, comparant avec celle-là d'autres conclusions semblables concernant les phénomènes lumineux, acoustiques, électriques, chimiques, nous énonçons une proposition plus générale encore, en disant que tous les phénomènes matériels sont des phénomènes de mouvement, nous aurons fait une synthèse plus élevée. e

Toute science a donc pour but de faire des synthèses et de les faire aussi hautes que possible dans les limites de nos investigations. Toute science possède ainsi sous le nom de lois un certain nombre d’énoncés généraux qui représentent le travail de synthèse qu’elle à réalisé. On conçoit qu'il est possible de rapprocher les unes des autres les vérités générales découvertes dans chaque science, de chercher à y découvrir des principes encore plus généraux et de tendre ainsi vers le plus haut degré de généralisation auquel l'esprit puisse prétendre. Tel est le rôle de la philosophie.

Cependant la méthode qui consiste à découvrir les vérités générales par la comparaison des faits particuliers ou de vérités moins générales n’est pas la seule possible. Certains principes eu—brem sont évidents par eux-mêmes sans qu'il soit nécessaire de les vérifier par l'expérience ; d’autres peuvent se déduire par l’analyse des notions qu'ils contiennent. Il en est ainsi des vérités mathématiques et en général de toutes celles qui sont la conclusion de raisonnements à priori.

Autant il convient dans l'emploi de cette méthode dont on a souvent abusé, de n’avancer que pas à pas et à coup sûr, autant il serait déraisonnable de la condamner absolument et de repousser ses résultats sans examen.

On peut, ainsi que le fait Spencer (1), concevoir la tâche de la philosophie comme double, Il faut d'abord établir

(1) Premiers Principes.Trad, Cazelles. Paris 1871 p. 141. K, 38,— Jrèrst Principles London 1904 p. 105.

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