‹ La théorie de l'évolutionChapitre 21 sur 85 · EE RE · texte numérisé non relu

EE RE

La plupart des philosophes qui sont venus après Kant ont dans une certaine mesure subi son influence, même ceux qui repoussent presque toutes ses doctrines.

Kant se flattait d’avoir trouvé la méthode véritable de de la métaphysique et prédit les conquêtes définitives que cette science va dès lors réaliser. «Si le lecteur — telle est la conelusion de la Critique de la Raison pure — a eu la complaisance et la patience de la (la méthode critique) suivre avec moi, il peut voir maintenant si dans le cas où il voudrait bien contribuer à convertir ce sentier en route royale, ce qu’un grand nombre’ de siècles n'ont pu mener à bonne fin jusqu'ici ne pourrait pas être accompli avant même que celui où nous vivons soit écoulé, à savoir, de satisfaire complètement la raison humaine en une matière dont elle s’est constamment occupée avec ardeur jusqu'ici, mais toujours inutilement » (1). La mème confiance dans les résultats merveilleux de la nouvelle méthode est exprimée dans la préface de l'ouvrage. Or ces prévisions ne sont pas réalisées malgré l'influence considérable que Kant a exercée, et cela seul suffirait pour démontrer qu'il a manqué son but.

« Quant à ce qui regarde l'accord de ses partisans dans leurs assertions, dit-il, (2) la méthaphysique en est d'autant plus éloignée qu'elle semble n'être pour eux qu'une arène exclusivement destinée à des jeux établis pour développer les forces et dans laquelle aucun des champions n’a pu ou se rendre maître du plus petit poste, ou affermir la possession qu'il s'était acquise par la victoire. Nul doute done que la méthode suivie jusqu'ici par la métaphysique n’aît été qu’un pur tâtonnement de simples concepts. » Le jugement sévère que Kant porte sur les.métaphysiciens qui l'ont précédé s'applique avec plus de vérité à ceux qui l'ont suivi et qui presque lous Sont plus ou moins ses disciples ; de sorte que la condamnation prononcée par le philosophe de

(4) Op, cit, vol I p. 454.

(2) Ibid vol, 1 p 1.

or

Koenigsberg sur la méthode suivie avant lui retombe de tout son poids sur la sienne propre. La distinction du noumène et du phénomène a engendré les théories les plus variées et les plus contradictoires depuis le solipsisme de Fichte jusqu’à l’idéalisme radical de Hegel. Mais on cherche en vain quelle conquête définitive elle a fait réaliser par la métaphysique.

Il est vrai que sous l'influence de Kant beaucoup de philosophes ont abandonné les conceptions métaphysiques qui étaient universellement admises autrefois ; mais on ne voit pas ce qu'ils ont mis à la place et la nouvelle méthode semble avoir servi plutôt à détruire qu’à édifier.

Le Kantisme devait logiquement aboutir à l’idéalisme transcendental. « Kant, dit Ch. Renouvier, ne peut renverser la métaphysique qu'en lui opposant la possibilité d'un idéalisme absolu et malgré son faible pour lécole sensualiste, il ne peut la préserver de la chute des autres philosophies. » (1)

Or, l’idéalisme transcendental a comme point de départ le scepticisme. «De même, dit F. Schelling, que la philosophie de la nature, attentive seulement à ce qui est objectif, n’a pas de plus grand souci que d'écarter de sa science tout mélange de subjectif ; ainsi au contraire la philosophie transcendentale évite tout mélange d'objectif dans le principe subjectif du savoir. Le moyen de s’en débarrasser (das Ausscheidungsmittel) est le scepticisme absolu, non le demi-scepticisme qui ne s'attaque qu'aux préjugés communs de l'humanité, mais le scepticisme radical qui se dresse non contre des préjugés particuliers, mais contre le préjugé fondamental dont la ruine entraine celle des autres. Car outre les préjugés artificiels et adventices, il y en a de beaucoup plus profonds qui dérivent, non pas de l'éducation ou de l’art, mais de la nature elle-même, qui pour tous, à l'exception des philosophes, tiennent lieu de principes de tout savoir, et qui,

(1) Manuel de Philosophie moderne. Paris 1842 p. 361.

Opinion des philosophes.

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