‹ La théorie de l'évolutionChapitre 22 sur 85 · ARE · texte numérisé non relu

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pour le penseur original lui-même, servent de pierre de touche pour toute vérité. » (1)

Notre conviction est que si l’on prend le scepticisme absolu comme point de départ, il est impossible d’en sortir et de faire logiquement un seul pas dans la spéculation philosophique.

Dût-on admettre que jusqu’à présent on n’a pas formulé un système satisfaisant de métaphysique, te ne serait pas une raison d'abandonner l'étude de cette science, ni de déclarer l’esprit de l’homme incapable d’une « connaissance absolue », c’est-à-dire d'une conception des choses conforme à la réalité.

Il est absolument faux que les plus grands philosophes aient été de tous temps d'accord pour proclamer l'incapacité de notre esprit à saisir la réalité, comme Spencer le dit ici après W. Hamilton. Les exemples mêmes que cite ce dernier suffisent pour nous édifier : Protagoras (le sceptique) Aristote (qui a réfuté Protagoras), Saint Augustin, Boèce, Albert le Grand etc.

Ces philosophes n’ont admis pour la plupart la relativité de la connaissance que dans le sens établi plus haut : toute connaissance comme telle est relative à l’objet connu et cette relation est réelle dans notre esprit. Par lä-même, l'objet connu à une relation à notre connaissance, relation qui consiste précisément à étre connu, et en ce sens, tout ce qui est connu est relatif. Gette dernière relation n'est point une relation réelle dans l'objet de la connaissance, car être connu ou ne pas être connu n'apporte à l’objet aucune modification.

En ce sens donc, encore une fois, toutes nos connaissances sont relatives et nous ne connaissons que le relatif, Une connaissance absolue (non relative) est une contradiction et c'en est une autre que la connaissance

(4) System des transcendentalen Idealismus. Tubingen. 1800 p. 8.

4 dés dés

P'aibs. Lun

de l'absolu, (du non relatif) Si l'on ne voulait dire . que cela, il serait oiseux d’insister sur des choses aussi

élémentaires.

Mais il en va tout autrement, Ce que l’on entend, c'est, comme Spencer lécrit ici, « que la réalité cachée derrière toutes les apparences est et doit toujours demeurer inconnue. » Ce qui veut-dire que les objets de nos connaissances n'ont aucune réalité, sont de pures apparences et ne sont done rien que relativement à notre esprit. On admet une réalité (illégitimement, comme nous le démontrerons), non pas celle qui est représentée par nos connaissances, mais une réalité « cachée » que nos connaissances n'atteignent point. Voilà la doctrine que nous combattons ici et à laquelle ni Aristote, ni S. Augustin, ni Albert le Grand n’ont jamais songé.

Tout le monde connaît l’une des dernières œuvres de Brunetière (1) dans laquelle, comme dans plusieurs de ses précédentes publications, il se montre partisan de la théorie de la relativité de nos connaissances. Comme Spencer, il lemploie à édifier la conception de l’Inconnaissable, objet de la Religion. Si nous ne devions y voir qu'une «utilisation du Positivisme » nous pourrions passer

outre. Mais l’éminent écrivain affirme trop ouvertement ses

préférences, et l'autorité qui s'attache à son nom est trop considérable pour qu'on ne soit point ému de l'appui qu'il fournit à cette doctrine. A lire les pages qu'il y consacre, on à l'impression d’une lutte continuelle entre le robuste bon sens de l'auteur et cette mauvaise métaphysique.

«Je voudrais bien savoir, écrit-il, (2) quel est le malade ou le mauvais'plaisant, et je devrais dire le fou,

(1) Sur les chemins de la Croyance. Utilisation du Positivisme. Paris. 1905. à (2) Op. cit p. 25.

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