‹ La théorie de l'évolutionChapitre 24 sur 85 · SAM · texte numérisé non relu

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le monde extérieur existe, mais entre l’idée que la constitution de notre esprit nous permet d'en prendre et la réalité de ce qu’il est en son fond, à n'y a pas de rapport à nous connu, de communication certaine, de ressemblance ou d’analogie, — et c’est la troisième solution. » (1)

Cette troisième solution est celle de Brunetière et aussi nous le verrons, celle de Spencer. Nous croyons qu'elle ne diffère de la première que par une inconséquence, et nous essayerons bientôt d'établir ce jugement.

En attendant, voici où, de nouveau, le bon sens de Brunetière n’est plus d'accord avec sa métaphysique : « Quand d’un gland, écrit-il, il sort un chêne, ou d’un œuf un poulet, il est possible que ni le poulet, ni l'œuf, ni le chêne, ni le gland ne soient en soi substantiellement ce qu'ils nous semblent être ; mais ce qui est certain c’est que le poulet n’est pas un chène et que {a diversité de nos perceptions a sa cause en dehors de nous — je veux dire sa raison d’être — et elle l'a dans la diversité du poulet et du chêne. » Il semble bien que voilà aflirmés «un rapport entre l'idée et la réalité » et une « communication » entre l’une et l’autre, et même «une ressemblance ou analogie » puisque la différence des perceptions correspond à la diflérence des réalités. La thèse de la pure relativité de notre connaissance paraît compromise. On doit approuver Brunetière lorsqu'il écrit : « Toute science, quand on l'approfondit n’est en somme qu’un Ssystème de « rapports » et ces « rapports », en un certain sens, ne sont eux-mêmes que des signes ». (2) Et plus loin : « La science n’est qu'un système de rapports ou de signes. » (3) En eflet, les connaissances qui constituent la science sont, prises subjectivement, les signes formels des réalités qu’elles représentent, et les rapports ou relations ne peuvent exister que s'ils sont fondés dans la réalité.

Mais lorsque l’auteur, fidèle au relativisme, ajoute : « ce qu'expriment ces signes nous ne le savons pas plus

(4) Zbid p. 159 c'est nous qui soulignons.

(2) Zbid p. 142.

(3) Zbid p. 154.

Le relativisme et les théories physiques,

= or

que nous ne savons ce qu’expriment les caractères d’une langue inconnue », nous faisons observer que les caractères d’une langue ne sont des signes que pour ceux qui les comprennent, et que si personne ne les comprend ou ne les à jamais compris ce ne sont plus des signes.

Que nos connaissances sont relatives cela signifie, nous dit Brunetière, (1) « en premier lieu que nos connaissances dépendent de la nature de nos moyens de connaître, et, par exemple, que Si nous avions, tant que nous sommes, d’autres sens, ou six sens au lieu de cinq, ou le crâne fait d’une autre sorte, le monde extérieur nous apparaitrait peut-être sous un aspect assez différent de celui que nous lui prêtons ; — et on peut bien le dire, mais ils (?) n’en savent rien. »

Sans doute, ils n’en savent rien, mais enfin, on peut le dire, et Brunetière lui-même ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme que « quelques vérités très générales demeureront éternellement les mêmes ; ce sont celles qui n’expriment pas tant les lois de la nature des choses que la constitution de l'esprit humain. » (2)

De sorte que si nous affirmons que deux et deux font quatre, c’est que nous avons le crâne conformé d'une certaine façon; «s'il était fait d’auge sorte », nous aflirmerions peut-être avec la même conviction que deux et deux font cinq. Et comme d’ailleurs ce jugement ne serait «qu’une pure représentation, n’atteignant aucunement la chose en soi », il n'y aurait pas lieu de s’en émouvoir beaucoup. Evidemment le bon sens de Brunetière n'admet pas ces conclusions, mais nous ne voyons pas comment il y échappe.

Il serait injuste de confondre avec la thèse radicale que nous venons d'examiner, certaines doctrines qui ne

(A4) Ibid p. 15.

(2) Ibid p. 148.

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nient pas d’une façon générale l'objectivité de nos connaissances, mais qui la contestent pour un groupe particulier : les théories physiques. On désigne par ce mot non pas précisément les faits tels que l'expérience les découvre, mais plutôt des ensembles de lois et d'hypothèses

qui ne sont pas l’objet direct de l’expérience et qui ne

peuvent pas non plus se déduire des faits par un raisonnement rigoureux.

Ce n’est pas à dire que nous soyons disposés à admettre la relativité ou le caractère purement symbolique des connaissances de cette sorte. Autre chose est, par exemple, que là notion physique de la température soit fort complexe et que pour la mesurer-au moyen du thermomètre il faille s'appuyer implicitement sur un grand nombre de

théories plus ou moins certaines et de faits plus ou

moins exactement réalisés ; — autre chose est que cette notion et cette mesure soient de purs symboles, de simples signes de la réalité. Sans doute les degrés du thermomètre sont des nombre conventionnels, mais la dilatation du mercure qui, en somme, sert de mesure à la température, n’est pas un pur symbole de celle-ci, mais bien un phénomène connèxe. Donc la notion de température dont on se sert en physique n’est pas une notion purement symbolique.

Il en est de même des lois physiques. Que nos mnéthodes d'observation ne soient pas susceptibles d’une exactitude absolue, cela prouve à la vérité qu'une loi mathématiquement précise ne peut pas être le résultat des observations seules, mais cela ne prouve aucunement que nous n'avons pas le droit d’énoncer une telle loi. Ce n’est d’ailleurs pas seulement par la précision de son énoncé, mais encore par son caractère général, que la loi physique dépasse l’expérience, celle-ci étant nécessairement restreinte à des cas particuliers. Et nous ne dirons pas pour cela que la loi physique est approchée et particulière, mais bien que nous n'avons pas le moyen d’en vérifier directement la rigoureuse exactitude et l’absolue

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