‹ La théorie de l'évolutionChapitre 25 sur 85 · SEE · texte numérisé non relu

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généralité. Ainsi nous n'avons aucun moyen de contrôler l'exactitude mathématique de la loi d’attraction. S’ensuit-il que cette loi n’est qu’une loi approchée et qu'il faille dire que les corps s’attirent à peu près en raison inverse du carré des distances mais non point exactement ? On nous dit qu'une infinité d’autres lois s’accorderaient avec les faits aussi bien que la loi Newton. Soit. Mais ces lois difiérentes qui les à énoncées ? Et à supposer qu’on en énonce l’une ou l’autre, tout ce que l’on pourrait prétendre, c’est que l'expérience seule ne permet pas de choisir entre elles, mais non pas que l’une d'elles — la loi de Newton — n’est qu'approchée.

Même si l'on accorde qu'une loi n’est qu Re, il ne s'ensuit pas qu'elle est symbolique et qu’elle n’a avec la réalité d’autre relation que celle, par exemple, d’un drapeau avec une nation.

Il y a des lois approchées, par exemple la loi de Mariotte. Afin de lui laisser sa forme précise sans contredire les faits, on dit qu’elle ne se vérifie rigoureusement que pour les gaz parfaits, et l’on veut dire par là qu'à mesure qu’un gaz s'éloigne — par l'augmentation de la température et la diminution de la pression — de son point de liquéfaction, il vérifie toujours plus exactemeut la loi de Mariotte, sans cependant qu'on puisse aflirmer qu'il la vérifie jamais avec une exactitude absolue. Dans ce cas on pourrait dire avec quelque vérité que l'énoncé de la loi est une formule symbolique, parce que conventionnellement on l’a adoptée pour remplacer un énoncé différent, plus exact mais plus long. Cependant, même dans ce cas, le mot symbolique ne serait pas fort heureusement choisi, car les faits réels signifiés par le symbole peuvent faire croire qu'il existe des gaz pour lesquels la loi de Mariotte se vérifie à la lettre. Quoiqu'il en soit, ce n’est que par un abus de langage que l'on peut appeler symbolique une représentation vraie de la réalité sous prétexte qu'elle est incomplète. D'après Duhem, les lois de la physique sont provisoires parce que symboliques et il ajoute qu'elles sont provisoires

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«en ce que les symboles sur lesquels elles portent sont trop simples pour représenter complètement la réalité. » (1) À ce compte toutes nos connaissances sont symboliques et il n’y a pas lieu de faire une distinction comme le voudrait l’auteur que nous citons entre les lois physiques et les lois de sens commun. Avant la découverte des rayons X, c'était une loi de sens commun qu'il est impossible de voir à travers une planche. Depuis lors il à bien fallu reconnaître que cette lois « ne représente pas complètement la réalité, » Mais personne n’en conclura qu’elle est symbolique.

Quant aux hypothèses scientifiques, il est la plupart du temps facile de démontrer qu’elles ne fournissent pas une explication complète ni définitive des phénomènes. Mais faut-il affirmer pour cela qu’elles sont des constructions symboliques, uniquement destinées à nous faciliter la classification des phénomènes et sans aucun lien de ressemblance avec la réalité? N’es!-il pas plus conforme à l'intention de leurs auteurs et plus raisonnable de les considérer comme des essais d'explication dont la conformité avec les objets devient plus probable à mesure qu'augmente le nombre des faits qui les confirment ? Même les partisans du symbolisme reculent devant l'affirmation absolue de leur thèse. La théorie physique, nous dit-on, tend à se transformer en une classification naturelle et on entend par là que «les liens idéaux établis par la raison entre des conceptions abstraites correspondent à des rapports réels entre les êtres concrets où ces abstractions prennent corps. » (2)

« Plus la théorie physique se perfectionne, dit Duhem, plus nous pressentons que l’ordre logique dans lequel elle range les lois expérimentales est le reflet d’un ordre ontologique, plus nous supçonnons que les rapports qu’elle

établit entre les données de l'observation correspondent

à des données entre les choses, » (3) Il ajoute : « mais

(14) La Théorie physique. Paris 1906 p. 288.

(2) DUHEM, op. cit. p. 35.

(3) Ibid. p. 38.

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celte conviction que le physicien est impuissant à justitier, il est non moins impuissant à y soustraire sa raison. » (1)

Nous ferons remarquer que si le physicien est impuissant à justifier cette conviction parce que «la méthode dont il dispose est bornée aux données de l’observation », il n’a pas non plus, et pour le même motif, le droit de la contredire. Or, c’est Ia contredire que de dénier aux théories physiques le caractère d'explications ‘des phénomènes et de représentations de la réalité. Au lieu d’imaginer dans l'esprit des actes de foi qui coexistent avec des évidences contraires, il est bien plus rationnel de considérer les théories physiques comme étant, dans” une mesure variable, des expressions des choses. C’est grâce à leur conformité partielle avec la réalité qu'est due en général la coïncidence entre les conclusions qu'on en déduit et les faits que l’on observe.

Nous reconnaissons volontiers d'autre part, qu'il serait téméraire d'affirmer Ja ressemblance parfaite entre une théorie quelconque et la réalité. D'abord une théorie est toujours plus ou moins abstraite et ne représente qu'une partie de lu réalité ; ensuite, tout en contenant une part de vérité, elle renferme aussi en général une part d'erreur que l’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de déterminer. Celui qui ne croit pas que la lumière est un mouvement de va-et-vient des atomes d’éther perpendiculaire au rayon lumineux, peut être néanmoins convaincu qu’elle consiste dans des mouvements qui s'exécutent très rapidement autour d’une position d'équilibre, et qu'ainsi la théorie généralement adoptée par les physiciens est en partie conforme à la réalité quoiqu'elle né la représente pas exactement.

Revenons à Spencer et voyons comment il prétend établir l'impuissance de notre espril à connaitre la réalité. « On peut s'assurer, dit-il, que nos notions ne sont pas

1) ibid,

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