‹ La théorie de l'évolutionChapitre 28 sur 85 · OU · texte numérisé non relu

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De même W. Hamilton écrit : « La conscience n'est possible que par l’antithèse du sujet et de l'objet de la

. pensée... » (1)

Cela est, en effet, «clair et décisif » mais cela n’est point en question comme on s'en convaincra en relisant ce que nous avons écrit p. 78. La vraie question est tout autre et les arguments, tels que Spencer les présente, pêchent par ignorance de ce qui est en question : ignoratio elenchi.

Spencer confirme le raisonnement d'Hamilton et de Mansel. Son premier, argument sepose sur une théorie de la connaissance que nous n’examinerons pas pour le moment. Voici comment il l’applique à la question présente : « Une cognition du réel, en tant que distingué du phénoménal, doit, si elle existe, se conformer à la loi de la cognition en général. La cause première, l'infini, l'absolu, pour être connus, doivent être classés. Pour qu'ils soient pensés d’une manière positive, il faut qu'il soient penses comme étant telle ou telle chose, comme appartenant à telle ou telle espèce. Peuvent-ils être semblables en espèce à quelque chose dont les sens nous ont donné l'expérience ? Evidemment non. Entre ce qui crée et ce qui est créé, il faut qu'il y ait une distinction qui s'élève au dessus des distinctions qui séparent les différentes divisions du créé. Ce qui est sans cause ne peut être assimilé à ce qui est causé : il y a entre les deux, dans les termes mêmes, une opposition radicale. L'infini ne peut être mis dans le même groupe avec quelque chose de fini, puisqu'alors il serait regardé comme non infini. Il est

. impossible de ranger l’absolu et quelque chose de relatif

dans la mème catégorie, tant qu'on définira labsolu : ce qui n’a pas de relation nécessaire, » (2)

Si l'on définit ainsi l’Absolu, il se confond avec lIntini, car tout être fini à une relation nécessaire avec l’Infini qui est sa cause. Seul l'Intini n’a aucune relation néces-

La correspondance entre la conscience ét la réalité.

saire avec quelque être distinct de lui. Mais l’Absolu ainsi défini n'est pas la même chose que le réel; et si lon définit le relatif par opposition à l’Absolu : ce qui a des relations nécessaires, il n’est pas la même chose que le phénoménal.

L'argumentation de Spencer repose tout entière sur

la confusion entre le réel et lInfini. Nulle part cependant il n’a essayé de démontrer que seul l’Infini est réel. Si même l’Infini ne pouvait pas être connu, il n’en suivrait pas qu’on ne peut connaître aucune réalité.

* Ilest faux d’ailleurs que nous ne pouvons avoir de l'Infini aucune connaissance, Quoiqu'il ne puisse, en effet, être rangé dans aucune espèce connue par l'expérience, nous pouvons le connaître par des notions analogiques et négatives. Nous pouvons savoir qu'il existe, qu'il est sans bornes, qu'il possède toute perfection, qu’il est la cause de tous les êtres ; qu’il est intelligent, libre, juste, quoique sans doute d’une manière infiniment supérieure à ce que nous voyons autour de nous.

Par cette connaissance que nous avons de lui, l'Être Infini à une relation à notre intelligence, relation de raison, relation non nécessaire et qui n'empêche donc pas qu'il ne soit l’Être Absolu, d’après la définition qu’en donne Spencer.

Le second argument est tiré de la nature de la vie. Nous ne ferons pas davantage ici la critique de la notion que Spencer développe à ce sujet afin de ne pas nous écarter de la question. Admettons cette notion provisoirement et voyons ce qu’on prétend en tirer, «Si done la vie, dit l’auteur, dans toutes ses manifestations, y compris l'intelligence sous ses formes les plus élevées, consiste en des adaptations continuelles des relations internes aux relations externes, le caractère nécessairement relatif de notre connaissance devient évident... Si tout acte de connaissance est la formation dans la conscience

d’une relation parallèle à une relation dans le milieu, la relativité de la connaissance est évidente et devient une banalité. Si penser c’est établir des relations, nulle pensée ne peut exprimer plus que des relations. » (1) En admettant que tout acte de connaissance consiste dans une relation parallèle à une relation dans le milieu, pourvu qu'on admette aussi que la relation dans la cons-

‘cience est l’image psychique de la relation dans le milieu,

on pourra appeler nos connaissances relatives parce que nous connaissons des relations, mais non pas dans le sens que nous ne connaissons aucune réalité ; d'autant plus qu'on ne peut connaître des relations existant dans le milieu, qu'à la condition de connaître en même temps les choses réelles entre lesquelles ces relations existent.

Mais, dit Spencer, la connaissance des réalités nous serait, en tous cas, inutile : « Soient + et y des propriétés uniformément unies dans un objet extérieur, et a et b les eflets qu’elles produisent sur notre conscience ; supposons que tandis que la propriété + produit en nous l'état mental indifférent a, la propriété y produise l'état mental pénible b (correspondant à une lésion physique), tout ce qu'il nous faut pour nos besoins, c'est de savoir que x étant uniformément accompagné de y au dehors, a accompagnera uniformément b au dedans ; en sorte que lorsque, par la présence de x, a sera produit dans la conscience, b ou plutôt l’idée de b le suivra et excitera les mouvements par lesquels l'effet de y peut être évité. La seule chose que nous ayons besoin de savoir, c’est que a et b et la relation qui les unit correspondent toujours à æ et à y et à la relation qui les unit. Il ne nous importe nullement de savoir si & et b sont semblables à æ et à y, ou s'ils ne le sont pas. Leur parfaite identité ne nous fait pas gagner un iota, et leur dissemblance totale ne nous cause aucun dommage. » (2)

Il faut donc que je sache : 1° qu'à chaque apparition

(A) P. P. p. 91 $ 25 — EF. P. p. 62 2) P. P. p. 91-92 $ 25 — F. P. p. 63.

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des états de conscience & et b correspondent deux réalités æ et y ; 2° que y accompagne toujours æ ; 3° que y donne lieu à certains effets qui sont évités par des mouvements déterminés par b. Voilà qui est accordé et il n’est donc pas vrai de dire que nos connaissauces sensibles ne nous apprennent rien au sujet de la réalité. J'ajoute que lorsqu'il s’agit de déterminer des mouvements correspondant à la situation +, y, on suppose d’une façon générale que «a et b en fournissent une image fidèle. C'est ce que Brunetière exprime en disant: « Tout se passe …. comme si le monde extérieur san cé que nous croyons qu'il est. »:

Spencer développe plus longuement l'idée qu'il se fait de la correspondance qui existe entre le phénomène et le noumène dans un passage des Principes de Psychologie. L'intérêt, qu'il présente nous excusera de le citer en entier malgré sa longueur.

ec: SOI SMILE la surface d’un cylindre ; soit un . cube situé en face de lui, et supposons que d’un point quelconque au delà du cube rayonnent des lignes comme celles dont chacune passe par les angles du cube, et aussi d’autres par tous les points qui forment les bords du eube. Ces lignes interceptées par la surface courbe, formeront du cube une image par projection... (1) On peut observer ici... que les longueurs, les rapports, les directions, etc. des lignes de l’image projetée sont entièrement différents des lignes du solide ; que les angles aussi, pris absolument comme dans leurs relations respectives, sont différents ; et que les surfaces le sont aussi, dans leurs figures comme dans leurs directions relatives. Mais en outre on peut voir que les lignes qui sont droites dans le cube sont courbes dans l’image, et que les surfaces planes de l’un sont représentées par

(1) Spencer joint à son texte une figure que nous jugeons inutile de reproduire. On l'obtiendra exactement en projetant sur une surface cylindrique l'ombre d'un cube réduit à ses seules arètes, Cela n'est d'ailleurs nullement nécessaire pour l'intelligence du passage.

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des surfaces courbes de l’autre. Bien plus c'est un fait à noter que les lois de variation des lignes de l’image sont devenues extrêmement compliquées : si le cube est mû latéralement de façon que l’image projetée tombe bien plus avant sur la surface en retrait du cylindre, quelquesunés d’entre les lignes représentatives commenceront à s’allonger bien plus que les autres; et même les parties les plus éloignées de chaque ligne s’allongeront en des proportions beaucoup plus grandes que les parties les plus proches. Néanmoins... il y à un système de correspondances absolument défini entre les deux objets. Si l’on pose comme fixés le cylindre, les dimensions du cube et le point d'où les lignes rayonnent, il à une figure donnée correspondante sur le cylindre ; et nul changement dans la place du cube ou sa situation ne peut se produire sans qu'un changement exactement correspondant se produise dans la figure, — changement si exactement correspondant que, par la nouvelle figure, la nouvelle place ou la nouvelle situation du cube peut être déterminée.

Nous avons ainsi une symbolisation dans laquelle, ni les éléments du symbole, ni leurs relations, ni les lois suivant lesquelles ces relations varient, ne sont le moins du monde semblables aux éléments, aux relations de ces éléments, aux lois suivant lesquelles ces relations varient dans la chose symbolisée. Et cependant la réalité et le

symbole sont liés de façon que pour tout réarrangement

possible du plexus qui constitue lun, il y a un réarrangement équivalent dans le plexus qui constitue l'autre. L'analogie qu'on peut en tirer est si évidente qu'il est

à peine besoin de la faire ressortir en détail. Le cube

c’est l’objet de la perception, la surface du cylindre c’est le champ de réception de la conscience ; la figure projetée du cube c’est l’état de conscience que nous appelons perception de l’objet...

Mais ce que nous avons un intérêt capital à remarquer, c’est que, en nous représentant ainsi la matière par un diagramme, nous obtenons une idée distincte des relations qui existent entre les diflérentes hypothèses qui ont été

discutèes. Le réalisme grossier admet que les lignes, les angles et les aires de la surface courbe sont réellement les mêmes que les lignes, les angles, les aires du cube. L'idéalisme observant combien tous ces divers éléments de la figure projetée changent en eux-mêmes et dans leurs relations réciproques, quand un simple changement de place ou de situation se présente dans le cube, conclut que, comme il n'y a rien dans la figure qui. ressemble à quoi que ce soit dans le cube, rien de pareil à un cube ne doit être regardé comme la cause, et que les seules existences sont la figure et la surface qui la porte. Le réalisme hypothétique acceptant ces prémisses en tant qu'elles affirment le désaccord de la figure et du cube, prétend que néanmoins l’existence du cube doit être admise; qu'elle ne peut être affirmée comme un fait, mais doit être acceptée à titre d’hypothèse nécessaire. Le scepticisme, poussant plus loin encore le criticisme idéaliste, soutient que non seulement il n’y à rien dans la figure qui établisse l'existence de quelque chose produisant la figure, mais que de plus il n’y à rien qui établisse l’existence d’une surface contenant la figure ; et que, bien qu'il y ait une tendance naturelle à croire à l'existence du cube, nous pouvons raisonnablement douter si lun et l'autre existent réellement, tandis que lidéalisme absolu, poussant jusqu'à ses dernières limites l'argumentation sceptique, assure que la figure seule existe, et qu'il n’y à rien de pareil ni au cube, ni à la surface, Et maintenant, rejetant toutes ces hypotèses contraires dans leur ensemble, le réalisme transformé prend un élément à chacune d'elles. Il aflirme une connexion entre le cube et son image projetée, ce qui concilie ce qu'il y a de vrai dans le réalisme avec ce qu'il y a de vrai dans l'antiréalisme. Avec le réalisme grossier, il s'accorde à aflirmer l'existence du cube comme marqué d’un caractère de certitude originelle ; mais il différe entièrement de lui en affirmant qu'il n'y a aucune parenté de nature entre le cube et sa projection, Il réunit l’idéalisme, le scepticisme et le réalisme hypotétique, en aflirmant que la projection ne

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contient pas un élément, un rapport, une loi qui soit sem-

. blable à aucun élément, rapport ou loi du cube réel ;

mais il aflirme contre l’idéalisme que l’argument sur lequel cette conclusion repose est impossible en l'absence de ce cube ; il affirme contre le scepticisme que l'argument ne nécessite pas seulement un cube corrélatif à l’image, mais encore une aire réceptive pour cette image, tandis qu'il blâme le réalisme hypotétique d'admettre à l'état d'hypothèses ce que les arguments eux-mêmes supposent comme des faits. Finalement, bien qu'il ait un point de ressemblance avec l’idéalisme absolu, parce qu'il reconnait avec lui que la figure projetée ne peut renfermer le moindre trait soit du cube réel duquel elle est projetée, soit de la surface réelle sur laquelle elle est projetée,

cependant il en diffère extrêment en déclarant que l’exis-

tence de ces deux réalités est impliquée d'une manière plus certaine que celle de la figure, puisque l'existence de la figure n’est rendue possible que par la leur. » (1)

La comparaison est ingénieuse. Faisons remarquer cependant ceci : rien ne nous dit a priori que nos facultés sont comme des surfaces cylindriques déformant les projections plutôt que comme des surfaces planes, ou mieux encore comme des miroirs idéaux représentant l'objet exactement, tel qu'il est. À posteriori tout confirme cette dernière hypothèse. Le

Ensuite, l'existence de la figureLpas/n'implique”l'existence d'une surface s'étendant au delà des limites de la figure, ni celle d’un cube, car rien n'empêche qu'une projection

ne soit tracée directement. C’est l’idéalisme absolu seul

qui est logique.

Que si l'on admet l'existence du cube comme cause de la projection, on peut sans doute signaler des différences entre les deux, mais on peut aussi indiquer des analogies : l’un et l’autre ont des dimensions définies, se trouvent du même côté du cylindre, ont huit points formés par des intersections de lignes, ne subissent de

(1) Principes de Psychologie T. U p. 516 sq. $ 478.

eu

L'existence réelle du noumène.

ET

changements que simultanément etc. De sorte que connaissant la figure et sachant qu’elle est. la projection d'un objet extérieur, ce dernier n’est déjà plus inconnaissable. On se demande aussi comment il vérifie les appellations d'infini et d’inconditionné.

Enfin si l’on connaissait les dimensions du cylindre et la méthode de projection, il serait possible de déterminer la forme de l’objet. Or en supposant que ces dimensions et cette méthode ne puissent pas être connues directement, on peut faire des hypothèses en se réservant de les vérifier. C’est ainsi qu’on a supposé que l’objet qui se projette sur la conscience sous forme de couleur est un mouvement vibratoire de l’éther.

Il ne serait pas difficile d’amener Spencer à admettre ce qu’il appelle «le réalisme grossier » et qui n’est autre que le réalisme du bon sens.

Si l’on affirme d’une manière absolue que toutes nos connaissances sont relatives et n’ont pour objet que le phénomène, aucune donc n’a pour objet la réalité ou la chose en soi. Celle-ci nous est done complètement inconnue. Nous ne savons donc pas si elle existe. Et comme ce qui existe ne peut exister qu’en soi, nous. ignorons donc s’il existe quelque chose !

Spencer admet que cette conclusion est logique et que cependant elle est erronée. Cette contradiction aurait dû l’avertir de la fausseté de la théorie d’où elle découle. Au lieu de la rejeter, il y apporte des restrictions.

« Tant que nous ne quittons pas le côté purement logique de la question, dit-il, il faut accepter dans leur intégrité les propositions citées plus haut (que nous ne pouvons aflimer l'existence de quoi que ce soit au delà des phénomènes) : on ne peut le contester, Mais dès que nous considérons un autre côté plus large, le côté psychologique, nous voyons que ces propositions expriment imparfaitement la vérité; qu'elles omettent ou plutôt excluent un fait de la plus haute

SOS VO NP NET TS ee,

importance. Précisons. A côté de la conscience définie dont la logique formule les lois, il y a aussi une conscience indéfinie qui ne peut être formulée. A côté des pensées complètes et des pensées incomplètes qui, bien qu'incomplètes, sont encore susceptibles de recevoir leur complément,

ily a des pensées qu’il est impossible de compléter et qui * n’en sont pas moins réelles, parce qu’elles sont des affections

normales de l'intelligence ». (1)

Cette distinction est obscure et on la jugera en outre arbitraire. Qu'est-ce que ces pensées incomplètes qu'il est impossible de compléter, et surtout qu'est ce qui leur vaut le privilège d'atteindre la réalité au delà des phénomènes ?

Nous ne pouvons admettre que la conscience indéfinie de l’Absolu se trouve impliquée dans la thèse qui affirme l'impossibilité de le connaître. Pourquoi « dire que nous ne pouvons connaître l’Absolu », c’est-il « affirmer implicitement qu'il y a un Absolu » (2)? S'il n'y en a pas,

faudra-t-il dire qu’on peut le connaitre? Où at-on prouvé

que l’Absolu existe ? Et pourquoi « quand nous nions que nous ayons le pouvoir de connaitre l'essence de l’Absolu » en admettons-nous « tacitement l'existence » (3) ?

Nous ne reconnaitrons pas davantage que «l'apparence est inintelligible sans la réalité » (4) ; car il y a des apparences sans réalité correspondante. Et s'il est évident « que la démonstration de l'impossibilité d’une représentation définie de l’Absolu suppose invariablement une représentation indéfinie de l’Absolu » (5) ; — car on ne

-peut raisonner sur l'Absolu sans en avoir quelque idée ; —

rien ne nous dit cependant que cette idée correspond à un objet réel (6).

(1) P. P. p. 93 $ 26 — F. P. pp. 64-65.

(2) P. P. p. 93 $ 26 — F. P. pp. 64-65.

(3) P. P. p. 93 $ 26 — F. P. pp. 64-65.

(6) Renouvier réfute longuement l'argumentation par laquelle Spencer prétend démontrer l'existence réelle de l’Inconnaissable ( La Critique Philosophique. 1885 t. 1, pp.-412 sq.) Partisan lui-même de la relativité

Spencer fait très-bien voir, contre les auteurs qu'il a suivis dans cette discussion, que l’idée de l’illimité n’est pas une pure négation. « Notre notion du limité se compose premièrement d’une conception d’une certaine espèce d’être et secondement d’une conception des limites sous lesquelles elle est connue. Dans son antithèse, la notion de l'illimité, la conception des limites est abolie, mais non celle d'une certaine espèce d’être » (1). Il aurait pu ajouter qu'en outre, la négation des limites, étant la négation d’une négation, est objectivement positive quoique EE négativement par notre esprit.

Mais il ne suffit pas d'expliquer commemt nous avons la conception de l’Absolu pour justifier du même coup la conviction que l’Absolu existe. L’impossibilité de prouver l'existence réelle de l’Infini au moyen de la notion que l'esprit en possède a été parfaitement mise en lumière par Kant (2). Aucune notion ne contient en elle-même la preuve de la réalité de son objet. Seule la constatation d'un fait nous permet d'atteindre la réalité.

C'est pourquoi toute théorie qui conçoit les faits que nous connaissons comme des phénomènes sans réalité creuse un abime infranchissable entre celle-ci et notre esprit. On a beau constater « notre ferme croyance à la réalité objective, croyance que la critique métaphysique ne peut ébranler un seul moment. » (3) Si notre ferme croyance est illégitime, il faut y renoncer, quelque ferme qu'elle soit. Que si on la croit légitime, c’est donc la critique métaphysique qui a tort. Vouloir les concilier c’est travailler en vain et c’est en outre déconsidérer la philosophie.

des connaissances, le philosophe français s'attache à faire voir que la conception de Spencer est logiquement incompatible avec cette théorie. Renouvier juge que Spencer restaure le réalisme scolastique, S'il s’agit du réalisme des grand scolastiques — celui que nous défendons — on a pu se convaincre qu'il n'a rien de commun avec la doctrine de l'Inconnaissable.

(2) Dial, trans, 1. 11 €, HIS. IV Trad. Tissor. vol. Il p. 214 sq.

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Spencer, dans le Post-Scriptum ajouté en 1900 à la Première Partie des Premiers Principes, fait un nouveau et inutile eflort pour se débarrasser de ce dilemme. « L'intelligence, dit-il, n'étant organisée que pour atteindre les phénomènes, elle nous enveloppe dans le non-sens lorsque nous essayons de nous en servir pour une chose située au delà du phénomène, » (1) S'il en est ainsi, dironsnous, nous devons nous garder de cet usage de notre intelligence, nous aurons soin de ne formuler aucune affirmation sur une telle chose et nous nous abstiendrons soigneusement de dire qu’elle existe, Rien ne sert d'ajouter que « par la nature même de notre ‘esprit nous sommes forcés continuellement d'attribuer les effets que nous connaissons à une cause que nous ne connaissons pas, de regarder les manifestations dont nous sommes conscients comme impliquant quelque chose de manifesté » ; que « nous trouvons impossible de penser au monde comme constitué d’apparences et d'exclure toute idée d’une réalité dont il y a des apparences, » (2) Tout cela füt-il vrai qu'un moment de réflexion suflirait pour nous avertir de notre erreur. Et si l’on prét:ndait que néanmoins la conviction de la réalité demeurera dans l'esprit, nous nous trouverions donc avoir deux convictions contradictoires. De quel droit préfèrerons-nous la seconde à la première ? Que si nous n’en préférons aucune et que nous enseignons à la fois l’une et l’autre, rappelons-nous que dire des choses contradictoires reyient à ne rien dire du tout...

Lorsqu'il s'agit d'expliquer la genèse de la conception de l'illimité, Spencer tombe dans une confusion qui nous fournit la clef de celle qu'il fait, nous l'avons vu, entre le réel et l'infini.

(2) Zbid.

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