L’ACCORD DE LA RELIGION & DE LA SCIENCE
Notre connaissance de l’Absolu — Prétendue inconséquence
de la Religion — L'évolution religieuse et l'influence de la Science — L'évolution scientifique et les idées religieuses — L'Inconnaissable.
Spencer a débuté dans cette première partie de son ouvrage par affirmer l'existence d’un désaccord séculaire entre la Religion et la Science et il a fait entrevoir la possibilité d’une réconciliation. Il s’est ensuite appliqué à applanir les voies en vue d’un rapprochement, Ce travail préparatoire consiste, nous l’avons vu, à battre en brèche les notions fondamentales tant scientifiques que religieuses, au point de vue de leur valeur objective. Spencer a prétendu nous faire voir que des contradictions insolubles naissent à chaque pas, si l’on considère ces notions comme représentant la réalité. Ensuite il a trouvé la confirmation de cette conclusion dans la thèse de la relativité de nos connaissances, d’après laquelle celles-ci n’atteignent pas la chose en soi. Cependant il ne s’est pas rallié à l’idéalisme absolu qui est l'aboutissement logique de cette théorie, mais a prétendu justifier l'affirmation d’après laquelle il existe une réalité qui est la cause de
tous les phénomènes et qui nous est elle-même complétement inconnue.
Grâce à cette inconséquence il a, croit-il, trouvé un terrain d'entente entre la Religion et la Science. Que la Science renonce à considérer ses enseignements comme l'expression de la réalité et reconnaisse qu'ils ne concernent que le phénomène. Que la Religion maintienne l'affirmation d’une réalité fondamentale, mais avoue qu’elle est inconnaissable.
Balfour critique spirituellement ce partage qui abandonne à la Science tout le connaissable sous prétexte qu'il n’est que relatif et laisse à la Religion l’Absolu, mais en le déclarant inconnaissable. (1) En réalité si les notions dernières de la Science et de la Religion sont inconcevables, les deux ordres de connaissances se trouvent également compromis.
Nous avons tâché de défendre les idées fondamentales de la Science et de la Religion en montrant qu'elles ne sont pas contradictoires en elles-mêmes, comme -on le prétend, et que rien n'empêche de les admettre comme expression de la réalité. Nous avons combattu la thèse relativiste et nous avons fait voir l’illogisme de la restriction que Spencer prétend y apporter. Nous ne considérons donc pas comme admissibles les termes de la réconciliation que Spencer propose et dont nous avons nié la nécessité. Est-ce à dire qu’ils doivent être repoussés sans restriction ? qu'il n’y a dans laflirmation qui doit, d’après Spencer, rallier tous les suffrages, aucune part de vérité ? C'est ce qui nous reste à examiner.
Si nous admettons que nos sensations contrôlées par la raison permettent d'obtenir une connaissance du monde conforme à la réalité, que notre conscience de nous-mêmes aussi nous met en rapport avec la chose en soi et non avec de purs phénomènes, nous sommes amenés à admettre des réalités finies, contingentes, ‘soumises au changement, ayant, en un mot, des caractères opposés à ceux
(A) The Foundations of Belief, p. 272 sq.