‹ La théorie de l'évolutionChapitre 37 sur 85 · AD · texte numérisé non relu

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évidents. Que leur vérité doit être admise sans qu'il soit nécessaire ni possible de la démontrer, c’est précisément ce que nous venous de dire. « On ne peut pas prouver qu’elle (la conscience) est mensongère en ceci qui est son acte primordial, puisque... la preuve implique une acceptation redoublée de cet acte primordial» (1).

Une des premières et des plus fondamentales différences que la conscience aflirme est celle du moi et du non-moi,

- du sujet et de l’objet.

Cette distinction, d’après Spencer, est basée sur lexistence d'une double classe d'états de conscience, les uns forts, les autres faibles. Les premiers sont les sensations proprement dites, les autres sont désignées par Spencer sous le nom d'idées. Cette dernière catégorie comprend donc toutes les connaissances qui ne sont pas des sensations ; elle ‘réunit et même confond des choses fort différentes : les représentations concrètes de l'imagination, les concepts abstraits, les jugements. L'épithète faible convient bien aux perceptions imaginatives qui ne sont que la reproduction diminuée de sensations précédentes ; mais il n’y a pas de raison de l'appliquer aux idées abstraites ni aux jugements. Aussi sont-ce principalement les premières que Spencer à en vue.

Entre les deux catégories il découvre des différences qu’il expose longuement et résume comme suit : 1. « Les manifestations de l’un (des ordres) sont vives et celles de l’autre sont faibles. » 2. .« Celles de l’un (les manifestations d’un des deux ordres) sont des originaux, tandis que celles de l’autre sont des copies.» 3. «Les premières forment entre elles une série ou un courant hétérogène qui n'est jamais interrompu, ou, pour parler avec rigueur, dont on ne connaît jamais directement l’interruption. » 4, « Celles du premier ordre adhèrent entre elles

non seulement dans le sens longitudinal, mais aussi dans le transversal; celles du second s'unissent de la même manière. » 5. «Ces adhérences sont indissolubles pour le premier ordre, mais pour le second elles sont pour la plupart très faciles à rompre.» 6. « Tandis que les termes de chaque série, les parties de chaque courant, sont unis par des adhérences si intimes que le courant ne peut se diviser, les deux courants glissant en réalité côte à côte ne contractent que de faible adhérences : le grand courant vif résiste absolument au faible et celui-ci peut presque s’isoler du vif. » 7. Les conditions sous lesquelles les manifestations de chacun des deux ordres se présentent appartiennent elles-mêmes à cet ordre ; mais si dans l’ordre faible les conditions sont toujours présentes, dans l’ordre vif il arrive souvent que les conditions ne le sont pas, et qu’elles sont quelque part en dehors de la série. Sept caractères distinets servent done de signe à ces deux ordres de manifestations et les distinguent l’un de Pautre. » (1)

Quoique ces différences suffisent en général pour classer une perception dans l’une des deux catégories, elles ne sont cependant pas, même réunies, tellement nettes que ce classement puisse toujours se faire sans incertitude. Les caractères #4 et 6 sont des ressemblances entre les deux séries plutôt que des différences ; de même le caractère 3 appartient, de laveu de Spencer, (2) aussi bien à la seconde qu’à la première. Lui-même fait observer que le caractère 1 est insuffisant, (3) La différence 2 n'existe que quand nous percevons un objet pour la première fois. Le caractére 5 n’est pas absolu pour les perceptions de la seconde série, et enfin le caractère 7, qui est le principal, ne se vérilie pas toujours en ce qui concerne la série vive, comme il est évident ; et quoique

1) P, P, p. 161-162, $ 43 — EF, P, pp. 119-120. Nous avons ajouté les numéros au texte de Spencer,

espace > temps.

Spencer en dise, il ne se vérifie pas non plus uniformément en ce qui concerne la série faible, dans laquelle surgissent très souvent des idées dont il nous est impossible de trouver lorigine.

La division n’est pas nette et cette raison suflit pour que nous ne la confondions pas avec la distinction entre le moi et le non-moi qui est tout-à-fait claire.

D'ailleurs, que signifie exactement laflirmation qu’ « en employant les mots moi et non-moi nous voulons dire, par le premier, la force (l'Inconnaissable) qui se mani-

feste dans les formes faibles et par le second la force

qui se manifeste dans les formes vives »? Toute connaissance, en tant qu'état de conscience, appartient au moi, qu’elle soit vive ou faible. Quand je vois une maison,

l'objet que je vois appartient au non-moi, mais l'acte de vision appartient au moi. C’est ce que j'exprime en disant :

Je vois.

La connaissance peut représenter soit un objet extérieur, soit une affection du sujet lui-même et cela, encore une fois, qu’elle soit faible ou vive. Personne ne rangera parmi les représentations faibles la connaissance que j'exprime lorsque je dis: je vois, j'entends, je marche ; et cependant leur objet est le moi; l’on range au contraire parmi les représentations faibles le souvenir que je conserve d’un paysage, quoique, dans ce cas, l'objet appartienne au non-moi.

La distinction entre le moi et le non-moi est évidente, et l’on peut en général séparer nos représentations" en

fortes et en faibles ; mais il nous est impossible d'ad-

mettre que ces deux divisions se correspondent,

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