‹ La théorie de l'évolutionChapitre 40 sur 85 · SAS · texte numérisé non relu

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terme, ce qui est contracdictoire. Il est done vrai que la matière ne peut pas devenir rien, de même que rien ne peut pas devenir quelque chose. Toute transformation suppose deux termes: un point de départ et un point d’arrivée. Si l’on à en vue les actions transformatrices, telles qu'en exercent les agents naturels, il faut, sans nul doute, afirmer que la matière est indestructible. J'ajoute que toute action positive qui se termine à la matière ne peut être qu'une transformation, puisqu'elle a la matière comme sujet passif. On ne peut donc pas concevoir que la matière, ni une substance quelconque soit purement et simplement détruite, c'est-à-dire réduite à rien, par une action positive.

Mais est-il concevable qu'une partie quelconque de la matière n'existe pas, qu'ayant existé aujourd'hui elle n'existe plus demain? La réponse aflirmative s'impose. Le raisonnement qui amène Spencer à la repousser n’a aucune valeur. Le voici tel qu'il a été remanié en 1875 : « Concevez l’espace débarrassé de tous les corps excepté un. Maintenant imaginez ce corps restant ne changeant pas de place, mais fondant en rien, tout en restant en place. Vous n'y réussirez pas. L'espace qui était solide ne peut être conçu comme vide sans déplacement de ce qui le rendait solide. Ce qui est appelé l'extrême incompressibilité de la matière est une loi admise par la pensée, À quelque petitesse de volume que nous concevions réduite une portion de matière, il est impossible de la concevoir comme réduite à rien. Alors que nous pouvons nous représenter ses parties comme rapprochées, nous ne pouvons pas nous représenter la quantité de matière comme devenant moindre. Pour le faire, il faudrait imaginer quelques unes des parties comprimées jusqu'à l’anéantissement, ce qui n’est pas plus possible que d'imaginer la compression de tout jusqu'à son anéantissement, » (1)

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Encore une fois : autre chose est comprendre et autre chose est se représenter par l'imagination. D'ailleurs qu'est-ce qui empêche d'imaginer une « quantité de matière comme devenant moindre »? C'est un phénomène que nous constatons tous les jours. Il est vrai qu'aujourd hui on l'explique par une contraction purement apparente qui consiste dans le «rapprochement des particules » ; mais cela est affaire d'hypothèse et ne concerne en rien l'expérience ni l'imagination. Spencer ne note-t-il pas lui-même que l'observation vulgaire est en faveur de l'annihilation de la matière? Si, d'après son système, l'évidence à priori n’est que l'accumulation héréditaire d'expériences innombrables, (1) quelles sont done les circonstances nombreuses où nous constatons que la matière qui semble disparaître, non seulement n'est pas annihilée, mais a conservé la mème quantité ? el comment est-il possible que ces expériences qui, en réalité, sont relativement clairsemées aient pu détruire lévidence opposée qui devrait résulter des expériences contraires bien autrement nombreuses? La vérité est que Spencer en défendant l'indestructibilité de la matière comme vérité à priori, renverse sa propre théorie sur l'origine expérimentale de ces vérités.

« La pensée, dit-il encore, est une position de relations. On ne peut poser de relation et par conséquent penser quand l’un des termes relatifs est absent de la conscience. Il est donc impossible que quelque chose devienne rien, par la même raison qu'il est impossible de penser que rien devient quelque chose ; et cette raison c’est que rien ne peut devenir un objet de conscience. » (2)

L'expression : « quelque chose devenant rien » est in-

“correcte. Une chose qui devient ne peut devenir que

quelque chose. Devenir rien est donc, à la rigueur, contradictoire, Aussi ne s'agit-il pas de savoir si « quelque chose devient rien » ou si «rien devient quelque chose », (A) vf. ibid. note p. 139.

mais seulement si quelque chose peut cesser ou commencer d'être.

En outre rien, comme toute autre négation, est un objet de conscience. Il n’est même que cela puisqu'il n’est point un objet réel. C’est pourquoi on l'appelle, de même que les autres négations, un étre de raison : il n’a d’objectivité que dans la raison, c’est-à-dire dans l'intelligence ou la conscience. Si le non être ou rien n’est pas un objet de conscience comment en parlerait-on ?

L'idée qu'on en a n’est pas une pseudo-idée. Les pseudo-idées sont des idées contradictoires ; ce né sont pas vraiment des idées, du moins des idées précises, mais plutôt des mots accollés ou des notions unies non dans l'esprit mais seulement dans le langage. Il n’y à aucune contradiction dans l’idée de non-être. Elle est claire et a une signification déterminée.

On peut donc concevoir que la matière existant en ce moment n'existe plus au moment suivant et cesse, par conséquent, d'exister ; de même on peut concevoir que la matière n’existant pas maintenant existe dans la suite, c'est-à-dire, commence à exister. Dans ce sens, on peut concevoir que la matière est créée ou est détruite. « Je peux parfaitement me représenter, dit Renouvier, que telle chose qui tout à l'heure n’était pas, maintenant soit, et telle autre qui était ne soit plus ; c’est ainsi que j'envisage le changement, quand je pense aux phénomènes qui paraissent ou disparaissent dans l’ordre de l'expérience, » (4)

L'Univers est, d’après Spencer, une manifestation de l’Inconnaisable, Cette manifestation est nécessaire ou libre. Quelle raison avons-nous d’aflirmer qu'elle est nécessaire ? Si elle est libre, elle peut être temporaire et avoir par. conséquent un commencement et une fin. En cela, encore une fois, il n'y a rien d’inconcevable.

L'indestructibilité de la matière peut être considérée comme un principe à priori si on entend par là qu'aucune cause naturelle ne peut détruire la matière pas plus

(1) op. cit. 18861 1 p. 198.

ae.

destructia matière me résultat nduction.

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