SAUT
opération une certaine quantité de mouvement disparait sans être transmise à aucun corps du moins en quantité équivalente, et j'obtiens comme résultat trois gaz : l’anhydride carbonique, l'oxygène et l'hydrogène. Le mouvement perdu reparaîtra lorsque l'hydrogène et l'oxygène se combineront de nouveau, ce qui n’a pas lieu spontanément, mais exige l'excitation d’une force extérieure. Les exemples choisis montrent que le mouvement perdu est remplacé par autre chose: soit une certaine position du pendule, soit une certaine constitution chimique. Cette position du pendule et cette constitution chimique peuvent, dans certaines circonstances et grâce aux forces de la matière, déterminer la production d’une quantité de mouvement exactement égale à celle qui a été employée à les produire, et en ce sens le mouvement à été conservé virtuellement. Mais il n’en est pas moins vrai que le mouvement, comme tel, a disparu et on ne peut pas dire « qu’il se continue sous de nouvelles formes, » Une position n'est pas une forme de mouvement et une constitution chimique pas davantage. Il n’est donc pas exact de dire que le mouvement est indestructible. Cette observation, nécessaire pour que le principe de la continuité du mouvement ne soit pas détourné de son véritable sens, prouve également l'inanité du raisonnement par lequel Spencer prétendait ériger l’indestructibilité du mouvement à Ré ibur d’un principe absolu. L'argumentation est la même que celle qui sert de base à l’aflirmation à priori de l’indestructibilité de la matière. Nous avons dit ce qu'il faut en penser. Spencer y a renoncé en ce qui concerne le mouvement; on se demande pourquoi il à continué à le maintenir dans le chapitre qui traite de l’indestructibilité de la matière. Loin que la destruction ou la diminution du mouvement soient inconcevables, ces phénomènes doivent être conçus a priori comme pouvant avoir leur cause dans la nature. La métaphysique est done d'accord avec l'expérience. Le mouvement n’est point une réalité subsistant en elle-même mais une modalité des corps qui se meuvent, de sorte qu’une destruction
du mouvement n’est qu’une modification accidentelle du mobile et peut être réalisée par les causes naturelles.
Le mouvement est une forme de force à condition qu'on tienne compte non seulement de la vitesse, mais également de la masse du corps en mouvement. Comme le mouvement est destructible, il faut en dire autant de la force qu'il représente. Lorsqu'il disparaît, il est toujours remplacé par une quantité équivalente d’énergie potentielle. Mais celle-ci n’est point une force, ni surtout une force nouvelle ; elle est un travail possible et sa valeur dépend non seulement des forces mais encore de la situation des corps entre lesquels elles s’exercent. L'énergie potentielle peut donc augmenter sans que la force augmente, ou même lorsque la force diminue.
Spencer n'aime pas le mot: énergie potentielle. Aussi au lieu de s’en tenir aux notions adoptées par les physiciens, il remplace, dans la nouvelle rédaction de ce chapitre, l’indestructibilité du mouvement par la persistance du « principe d’ativité », qui existe tantôt sous forme visible (mouvement), tantôt sous forme de « tension qu’on peut concevoir comme le produit de son intensité par la distance à laquelle elle agit. » (1)
On ne peut que désapprouver hautement l’inexactitude de ces conceptions. 4° Le mot tension qui s'applique convenablement à certaines formes d'énergie potentielle, ne convient guère à d’autres, par exemple, à l’affinité chimique ; 2 Comment concevra-t-on qu’une tension a pour mesure son intensité multipliée par la distance à laquelle elle agit? Dans le cas des forces attractives, si l’on néglige leur variation en fonction de la distance, l'énergie potentielle augmente, il est vrai, avec la distance, mais la tension n'augmente pas. Prenant pour exemple le « principe d'activité » qui remplace le mouvement perdu par un corps lancé en l'air, Spencer nous invite à le considérer comme équivalent à la tension de cordes élastiques d’une certaine longueur, dont le nombre serait proportionnel à la
ablesens rincipe le la istance a force.
distance entre le corps et la terre. Or en tendant des cordes les unes à la suite des autres, la force de tension est proportionnelle au nombre des cordes tendues tandis que la force d'attraction n'augmente pas avec la distance. 3° Dans le cas des forces répulsives l’énergie potentielle est d'autant plus grande que la distance est plus petite.
Contentons-nous de ces remarques. La raison pour laquelle Spencer préfère des notions inexactes, alors que les notions exactes sont à la portée de tout le monde, c’est qu'il veut sauver absolument le principe de persistance. « Il est inconcevable, dit-il, qu'une force (mouvement) se change en relation d'espace. » La vérité est non pas qu’une force se change en relation d'espace, mais que le mouvement est détruit et qu'en même temps il se produit une relation d'espace telle que les forces du système peuvent regénérer le mouvement. C’est ce qu’on appelle l'énergie potentielle. On voit qu’elle implique la notion de force et que Spencer se trompe une fois de plus en affirmant que les physiciens conçoivent l'énergie potentielle comme constituée par des relations dans l’espace à l'exclusion de l’idée de force.
S III. Véritable sens du principe de la persistance de la force. — Ce principe est-il un postulatum ? — La force et l'inconnaissable.
: Jetons un coup d'œil sur le chemin parcouru. Nous avons précisé le principe de l’indestructibilité de la matière : il affirme l’invariabilité de la masse. Nous avons vu que cette persistance de la masse n’est liée à aucune persistance de force. Nous avons reconnu que le principe d'inertie a comme conséquence la continuité du mouvement lorsque
le mobile n’est soumis à l’action d'aucune force extérieure.
En dehors de ce cas, nous avons constaté que le mouvement peut être détruit à condition d'être remplacé par une situation nouvelle qui est capable d'en déterminer la reproduction dans certaines conditions. L’é-
nergie potentielle étant une quantité qui dépend de facteurs autres que la force, la persistance virtuelle du mouvement dans l'énergie potentielle n'implique pas une persistance de la force. Enfin nous avons accordé à ces conclusions la valeur de vérités expérimentales, mais non celles de principes @& priori.
Il nous faut maintenant examiner le principe de la persistance de la force. Le chapitre que Spencer y consacre à subi des remaniements plus considérables encore que les deux précédents. La plus grande partie a disparu et quelques considérations nouvelles ont été ajoutées.
D'après Spencer, la persistance de la force est un principe qui «étant la base de la Science ne peut-être établi par la Science. » (1) Gela ne nous paraît pas admissible. Il est question ici de l'étude de la nature. Pour qu’on puisse avec fruit chercher à connaître les lois des phénomènes, il n’est pas nécessaire de supposer que les forces par lesquelles ils sont produits ne varient pas, mais seulement que dans la nature ces forces ne varient que suivant les lois fixes. En d’autres termes, la base des sciences naturelles n'est pas l’invariabilité des forces, mais l’invariabilité des lois. D’elle dépend la certitude de toutes les conclusions scientifiques, entre autres de l'invariabilité de la masse et des lois de la transformation du mouvement.
Et l'on pourrait croire que peut-être Spencer, en parlant de la persistance de la force, n'a pas autre chose en vue que l’invariabilité des lois suivant lesquelles les forces agissent. Mais dans ce cas il ne dit pas assez, car non seulement les forces agissent suivant certaines lois fixes, mais en outre toutes leurs variations (ou, si l'on veut, les variations de leur activité) sont soumises à la loi de la conservation de l'énergie que Spencer n’énonce nulle part sous une forme précise et qui est cependant la vraie loi suprême des phénomènes matériels.
On démontre en mécanique que dans tout système
Ade :