D PSN TS PE DS LT SP UE
Le premier de ces trois cas inclut non seulement la continuation du mouvemement dans un même mobile, mais aussi le fait de sa communication à d’autres mobiles par le choc. Dès lors le premier et le second cas ne donnent, semblet-il, lieu à aucune objection, surtout si l’on tient compte des autres lois qui prévoient les modifications de la ligne de mouvement par des forces extérieures. Parmis celles-ci il faudra ranger les réactions éventuelles du milieu traversé par le mobile et des corps élastiques déformés par les chocs.
Reste le cas du mouvement ondulatoire. L'énoncé de Spencer est ambigu. « L'établissement des ondulations sur Certaines lignes, dit-il, détermine leur continuation le long de ces lignes, ce que tendent à démontrer les phénomènes magnétiques. » (1)
S'il s'agissait de la propagation d'une ondulation le long d'une ligne indétinie, pourvu, toujours, qu'on tienne compte des forces perturbatrices, la chose ne présenterait pas de difliculté. Mais Spencer entend que la transmission des ondulations le long d’une ligne facilite pour l’avenir là propagation de mouvements semblables le long de la même ligne. A la fin de ce chapitre, lorsqu'il rattache les lois de la direction du mouvement à la persistance de la force, il s'objecte à lui-même que dans le tissu nerveux l'ébranlement transmis par les nerfs produit des changements chimiques qui les rendent moins capables de le transmettre immédiatement après, de même que l’échauffement des fils par le courant électrique augmente leur résistance à se laisser traverser par ce même courant. Il répond: « La vraie question est pourtant de savoir quelle modification de structure, s’il x en a, se produit dans la matière traversée, en dehors des forces perturbatrices accidenteiles, en dehors de tout ce qui n'est pas la résistance nécessaire de la matière, à savoir la résistance qui résulte de l'inertie de ses unités. Si nous bornons notre attention à cette partie du mouvement qui,
Æ Mouveent suivant résultante les forces.
échappant à la transformation, Continue son cours, nous pouvons déduire du principe de la persistance de la force que la partie de ce mouvement restant qui se perd à changer les positions des unités, doit les laisser dans un état qui leur permet bien moins de gêner un mouvement subséquent dans la même direction. » (1)
Spencer ne prouve pas cette dernière affirmation et il ne montre pas davantage comment elle suit du principe de la persistance de la force.
Dans l’aimantation des barres neutres, il se produit, d'après lhypothèse aujourd’hui admise, une orientation des éléments magnétiques, mais il ne s’agit pas, dans ce cas, de la transmission d’un mouvement ondulatoire. On pourrait citer le fait que létincelle électrique passe plus facilement au travers dun gaz lorsqu'elle la traversé une première fois. Le phénomène s'explique par l'ionisation du gaz au moyen de la première décharge. D'autre part le passage du courant électrique dans un milieu gazeux ionisé y détermine une polarisation donnant lieu à une force électromotrice contraire. (2) On pourrait peut-être, produire d'autres exemples qui trouveraient de mème leur interprétation dans des circonstances accidentelles. Mais il n’y a aucune loi ni aucune théorie physique qui confirme d'une manière générale laflirmation que Spencer émet ici. Nous verrons tout à l'heure quelle place importante elle tient dans sa Psychologie. On ne peut que regretter le peu de soin qu'il à pris de lui trouver une formule acceptable et de lui donner une base expérimentale solide.
Un point matériel ne pouvant se mouvoir à la fois que sur une seule ligne, son mouvement se fait, par
(4) P P. p. 267 $ 81 — F, P, p. 199 (2) WiLLAENT $S, J, Annales de la Société scientitique 1905-1906 tre Fascicule, Recherches sur la polarisation etc. p. 99.
définition, suivant la résultante de toutes les forces auxquelles il est soumis. Le calcul détermine la direction de sa trajectoire et, si elle n’est pas une ligne droite, sa forme. - . Si deux forces ont une action diamétralement opposée, c'est la plus grande qui l'emporte et le mobile suit la ligne de plus forte traction ou de plus faible résistance. Et ce ne sont là encore, en somme, que des définitions, puisqu'on mesure les forces par l’action qu’elles produisent sur le mobile. Dans tous les autres cas, le mobile ne suit la direction d'aucune force en particulier, mais seulement de leur résultante. Pour la déterminer on estime l'intensité des forces individuelles par le mouvement qu’elles sont capables de produire dans le mobile lorsqu’elles agissent seules et la résultante se détermine d'après le théorème du parallélogramme.
Dans cette détermination, on doit évidemment tenir compte des nouvelles forces qui interviennent à un moment quelconque, ainsi que des résistances qui ne sont, en somme, que des forces répulsives.
De sorte que la direction du mouvement est toujours déterminée par des lois qui s’etablissent à priori. D'après Spencer, leur démonstration implique la persistance de la force. « La force résultante, dit-il, résultat de la neutralisation de toutes les autres, doit mouvoir le corps dans la direction sur laquelle elle agit. Aflirmer le contraire c’est aflirmer qu'une force peut se dépenser sans effet, sans engendrer une force équivalente, ce qui impliquerait qu'une force peut cesser d'être, c’est-à-dire une négation de la persistance de la force. » (1)
Ce raisonnement n'est qu'un sophisme. La force résultante n'existe pas. Elle n’est qu'une fiction. Ce qui est réel c’est le mouvement résultant de l’action simultanée de plusieurs forces. On appelle force résultante celle qui serait capable de produire à elle seule le mouvement résultant.
Pour que les forces produisent un mouvement résultant, il faut qu’elles agissent ; si elles n’agissent pas ce
ne sont plus des forces, au sens mécanique de ce mot. On suppose done comme données du problème l'existence de certaines forces et non la persistance dune force quelconque. Si une ou plusieurs forces cessent d'agir, c'est-à-dire d'exister, les données du problème changent, mais aucune loi ne se trouve contredite.
En réalité dans la théorie de la composition des forces telle qu'on lentend ici, on suppose la continuité du mouvement. (1) Cell ci, d'après Spencer, n’est qu'un cas particulier de la persistance de la force. Nous la considérons, au contrarie, comme une conséquence dé l’inertie. Or le principe d'inertie est plus général que la loi de la conservation de lénergie (seul sens admissible du principe de la conservation de la force), et ilen est indépendant. Aussi, tandis que, à notre avis, la conservation de lénergie dans l'Univers ne peut pas se démontrer a priori, nous inclinons à croire que le principe d'inertie est susceptible d’une telle démonstration.
Il faut bien remarquer aussi que la direction du mouvement n’est déterminée par les forces que pour autant qu'on y comprend le mouvement lui-même. Sur une surface accidentée la ligne de plus forte pente (appelons pente la résultante, en chaque point, de la gravité et de la résistance de la surface) sera en général sinueuse. Un corps placé au sommet de cette ligne et abandonné à l'action de la gravité ne suivra pas cette ligne, mais s’en écartera continuellement en vertu de la vitesse acquise, tandis que son poids tend à l’y ramener.
Tel est donc dans sa rigueur le principe de la direction du mouvement. Il a lieu à chaque instant suivant la résultante du monvement existant déjà et de toutes les forces qui agissent sur le mobile. C’est le seul principe ayant une portée tout à fait générale.
Néanmoins on a souvent plus spécialement en vue le cas où il est possible de comparer des résistances ou
(2) cf, plus haut p. 168.
sed
POCTTTL.
a ER des tractions qui s’établissent suivant des directions difrérentes. Lorsqu'un gaz est comprimé dans un récipient, la pression s'exerce normalement aux parois en chacun de leurs points et est équilibré partout par une résistance diamétralement opposée. Si les parois cèdent à la pression, ce sera à l'endroit où la résistance est moindre et le jet de gaz se fera suivant la ligne de moindre résistance.
Lorsque des tractions s’exercent sur un mobile dans : des directions opposées, c’est suivant la direction de la plus forte traction que le mouvement aura lieu.
La loi qui veut que le mouvement se fasse suivant la ligne de moindre résistance ou de plus forte traction a donc une signification vraie, mais restreinte. Lorsque des pressions ou des tractions égales se produisent dans différents sens et se trouvent en lutte dans chaque direction avec des résistances différentes, c'est suivant la ligne de moindre résistance que le mouvement se produira de préférence. Que si les résistances sont égales de toutes parts tandis
que les pressions ou les tractions diffèrent, le mouvement
se fera suivant la ligne de plus forte traction ou pression,
L'on peut trouver dans la nature des cas nombreux où se vérifie soit le principe général du mouvement résultant, soit ces lois restreintes. Le mouvement des planètes autour du soleil est une application continuelle de la composition de la force d'attraction avec le mouvement acquis. Leur orbite, elliptique en vertu de l'attraction solaire, subit de légères perturbations à cause de l’action variable des autres astres du système.
Les mouvements des êtres vivants dépendent des forces physico-chimiques et en outre des forces d'ordre physiologique, sensitif et intellectuel. Ils s’accomplissent donc suivant la résultante de toutes ces actions réunies. Cette conclusion n’a besoin d'aucune autre démonstration. Les mouvements des membres de l'animal suivent à chaque instant la résultante de la force de gravité et de l'effort
” musculaire déployé. La croissance des arbres se fait suivant la résultante de la pesanteur et des forces internes mises en œuvre par le végétal.
Souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, les forces inhérentes au milieu agissent sur l’évolution des organismes par l'intermédiaire des forces vitales dont elles déterminent la réaction. Gette évolution dépend ainsi du milieu de deux manières : directement par des mouvements déterminés ou modifiés dans le sens ou s’exercent les forces du milieu; indirectement par la réaction des forces organiques à l'action du milieu. L'influence de la gravité (géotropisme) et celle de la lumière (héliotropisme) est particulièrement importante à chacun de ces deux points de vue.
La forme individuelle d’un organisme est aussi la résultante d’influences héréditaires nombreuses qui s’exercent sur son développement.
S'il est difficile, en cette matière, de préciser les exemples, cela provient, non pas de ce que le principe soit douteux, mais de ce que nous ne connaissons que très imparfaitement les forces spéciales aux êtres vivants et les lois suivant lesquelles elles agissent.
On pourra leur appliquer également — sans prétendre l’'employer à résoudre tous les problèmes de direction — la loi d’après laquelle le mouvement se fait suivant la ligne de moindre résistance ou de plus forte traction.
Très souvent les forces vitales ont à lutter contre des résistances extérieures d'ordre purement mécanique. Elles produisent alors leur mouvement suivant la ligne où cette résistance est la moindre. C’est ainsi que Flarbre qui cherche à étendre ses racines de toutes parts dans le sol, les glisse dans les interstices, les conduit autour des obstacles, les pousse, en somme, suivant les lignes de moindre résistance.
Le vol d'un oiseau enfermé dans une cage finira par se produire au travers de la seule ouverture qu'on y a laissée,
Ces exemples qu'il serait aisé de multiplier ne sufisent pas à faire comprendre la loi, Pour en saisir toute la
portée, il faut remarquer que les forces vivantes rencontrent des résistances d'ordre physiologique, sensitif ou .intellectuel fort différentes des résistances mécaniques, mais qui agissent suivant la même loi. Des tendances héréditaires, des instincts, un sentiment de frayeur, des objets repoussants, des difficultés prévues ou soupçonnées peuvent constituer autant d'obstacles à l’action des forces de même ordre et fournir des applications de la loi de direction du mouvement. Sauf l'exercice de la liberté par l’homme, cette direction sera déterminée d’une manière aussi nécessaire que lorsque seules les forces physico-chimiques sont en jeu; et nous pouvons voir que souvent elle coïncide avec la ligne de moindre résistance ou de plus forte traction. Un ‘animal entouré d’ennemis fuit du côté où le danger paraît moindre ; l'être intelligent qui veut atteindre un but, choisit pour y arriver les moyens les plus faciles ; l’homme se rapproche de ceux de ses semblables qui lui inspirent le plus de sympathie ou le moins de répulsion.
On peut ainsi, comme on le voit, étendre beaucoup la signification de la loi. Il n’est pas du tout nécessaire pour cela de considérer, avec Spencer, tous les phénomènes comme purement mécaniques. Une même loi générale peut s'appliquer à des forces de nature diférente. Sa signification s'adapte d'elle-même aux cas variés qu'elle gouverne. Une interprétation rigoureusement mécanique ne convient pas à tous les ordres de phénomènes.
Spencer fait de vains efforts, par exemple, pour rendre compte, au moyen d'explications purement mécaniques, de la transmission de linflux nerveux, depuis l'impression sur l'extrémité des nerfs centripètes jusqu'à la réponse qui se produit à l'extrémité des nerfs centrifuges. [Il avoue que l'entreprise est ardue et ajoute un peu naïvement : « Les diflicultés sont telles qu'il n’est pas possible de faire plus que d'indiquer brièvement les preuves qu'on pourrait donner si l’espace le permettait. » (1)
L'espace n’est jamais mieux employé qu'à expliquer des choses difficiles, et au surplus, le style de Spencer ne peut faire soupçonner à personne qu’il se trouve à l’é-, troit.
Il suftit que nous examinions la première partie de cet essai d'explication mécanique de l’action nerveuse : tout le reste en dépend. « Supposez, dit Spencer, que les diverses forces qui règnent dans un organisme soient préalablement en équilibre. Si une partie de cet organisme devient le siège d’une nouvelle force, ajoutée ou dégagée, c’est de là que la force, rencontrant des résistances des forces ambiantes plus petites, commencera un mouvement vers une autre partie de l'organisme. S'il y a dans une autre partie de l'organisme un point où se dépense une force, c’est-à-dire un point qui soit diminué d’une force qu'il possédait auparavant, au lieu d’être augmenté d’une force qu’il ne possédait pas, et qui par ce fait devienne un point où la réaction contre les forces ambiantes soit moindre, le mouvement qui s'opère entre le premier et le dernier de ces points se fera manifestement dans le sens de la plus faible résistance. Or, une sensation implique l'addition ou le dégagement d'une force dans la partie de l'organisme qui en est le siège, tandisqu'un mouvement mécanique implique une dépense ou une perte de force dans la partie de l’organisme qui en est le siège. Il en résulte que si, comme nous le constatons, le mouvement se propage d'ordinaire de ces parties d’un organisme auquel le monde extérieur ajoute des forces sous formes d’impressions nerveuses, à ces autres parties de l'organisme qui réagissent sur le monde extérieur par les contractions musculaires, il ne fait qu'obéir à la loi que nous avons énoncée. » (1)
N'insistons pas sur le manque d’exactitude qui dépare ce raisonnement, ni sur les objections de moindre importance qu'il suggère, Observons d'abord que le point essentiel, c'est à dire la transmission de l’ébranlement
Ps!
de l'endroit où il est produit à celui où l'organisme «dépense une force,» n'est pas du tout élucidé. Un muscle ‘ôu un tissu analogue qui se contracte exécute un travail au dépens de l'énergie potentielle qu’il contenait
* sous forme chimique. En quoi cette circonstance constitue-
t-elle une résistance moindre à la transmission d’un mouvement analogue à un ébranlement nerveux? C’est ce qu'il faudrait dire tout d’abord et ce que Spencer ne dit pas. Qu'un muscle qui se contracte «devient un point où la réaction contre les forces extérieures est moindre, » c’est ce qu'il est impossible de comprendre. Quelles sont ces forces ambiantes, en quoi consiste cette réaction et pourquoi diminue-t-elle? Il ne nous est donné aucun renseignement à ce sujet.
Spencer répète le passage que nous s critiquons au commencement du chapitre des Principes de Psychologie qui traite de la génèse des nerfs, (1) sans lui donner aucun développement. L'endroit des Principes de Biologie auquel il renvoie part de l'affirmation que dans une masse de matière organique, un ébranlement moléculaire doit se transmettre davantage suivant certaines lignes, mais il n’est pas question de la circonstance que ces lignes sont dirigées vers l’endroit où le protoplasme réagit contre une force extérieure, ce qu’il s’agit précisément d'expliquer ici.
Ensuite, la transmission de l’ébranlement dans l'organisme suivant certaines lignes n’explique l'établissement de directions constantes nécessaires à l’activité nerveuse, que si on admet le principe critiqué par nous plus haut, à savoir que le passage d’une ondulation le long d’une ligne facilite la transmission d’ondulations semblables le long de cette même ligne. Si cela n’est pas admis — et nous avons vu qu’il n’y à aucune raison de l’admettre — l’interprétation mécanique de la vie animale s'écroule.
Spencer essaie, dans l'ouvrage que nous venons de ci-
ter, (2) d'établir ce primeïpe-pour ce qui concerne l’activité
(4) vol. I p. 553-554 $ 223.
(2) Prince. de Biol. vol. II p. 406 sq. $ 302.
nerveuse, en montrant comment on pourrait concevoir la diftérenciation du tissu nerveux dans la masse du protoplasme. L’explication est longue et un peu confuse. Voici comment on peut la résumer :
4° L’excitation nerveuse est un ébranlement qui pro- : duit une modification chimique des molécules colloïides du protoplasme. Il s’y propage à cause de l'instabilité chimique de ces molécules.
2 Cet ébranlement «se diffusera plus loin sur certaines lignes que sur d’autres, si les éléments du protoplasme ne sont pas dispersés d’une facon tout à fait homogène et si certains d’entre eux se transforment isomériquement plus aisément ou avec moins de dépense de mouvement que d’autres. »
3° «La même influence qui tend à propager les transformations isomèriques, tend aussi à former de nouvelles molécules du même genre au dépens des éléments adjacents. »
4 Donc une onde de perturbation moléculaire diffusée d’un centre et voyageant le long d’une ligne autour de laquelle se trouvent le plus grand nombre de molécules susceptibles de subir facilement la transformation isomérique, aura pour effet, en même temps, de différencier davantage cette ligne et de rendre son caractère plus prononcé qu'il n'était.
5° Il faut supposer que les molécules considérées reprennent leur structure primitive dès que l’onde a passé.
Contentons-nous de signaler les défauts essentiels de ce raisonnement en négligeant les remarques accessoires.
1° Comme on le voit, Spencer prend comme point dé départ une différenciation existant déjà. Si les éléments les plus facilement transformables du protoplasme sont distribués dans sa masse d'une façon quelconque, il n’y aura aucune différence appréciable entre la façon dont l’ébranlement se transmettra dans une direction et dans une autre. Afin qu'il se transmette davantage suivant une direction déterminée, il faut présupposer une concentration des molécules instables le long de cette ligne. Or, en somme,
c'est précisément une concentration de cette sorte qu'il s’agit d'expliquer.
2° Après avoir supposé une concentration de molécules aisément transformables le long d’une ligne, Spencer ne s'occupe plus que de ce qui se passe sur cette ligne et néglige absolument de considérer les autres directions, sur lesquelles cependant se produiront les mêmes phénomèênes que sur la direction privilégiée quoique à un degré moindre. Cette omission est nécessaire pour faire concevoir la structure du système nerveux qui affecte la forme de cordons linéaires minces et allongés, mais elle est injustifiable logiquement. |
3° La tendance des molécules à produire autour d'elles des molécules semblables est indépendante d’un ébranlement qui en modifier…a la structure. Cette tendance aura donc pleinement produit son effet avant tout ébranlement. Dès lors on ne voit pas du tout en quoi celui-ci contribue à la différenciation de protoplasme. Il est donc impossible de trouver dans l'explication de Spencer un appui quelconque pour la conclusion qu'il formule en ces termes : « toute répétition de l'agitation aidera à accroitre, à intégrer, à définir plus complètement le cours du mouvement moléculaire, c’est à dire, prolongera sa partie la plus éloignée tout en rendant sa partie la plus prochaine plus perméable, »
Le système nerveux, comme toute autre partie de l'organisme, se développe par l'exercice et nous n'avons auçune raison d’exclure ce facteur de son évolution. Mais il s’agit ici de savoir si l'excitation elle-même est capable d'en expliquer l’origine - et si celle-ci est un exemple d’un mouvement ondulatoire créant les voies suivant lesquelles il se propagera. C’est ce que Spencer ne parvient pas à montrer.
Enfin, si on concédait à Spencer tout ce qu’il dit dans le passage des Premiers Principes à l’occasion duquel nous avons examiné cette question, il en résulterait qu'il s'établit dans l'organisme des trajets par lesquels se transmet l'énergie vibratoire des impressions extérieures,
mais loin que la contraction musculaire doive être considérée, d'aprés cette explication, comme le résultat de ce phénomène, elle y figure comme en étant la cause.
Nous avons montré auparavant qu'a priori on ne peut pas admettre une explication de l’activité nerveuse qui prétend négliger le côté subjectif (1). Nous voyons ici combien est insuffisant l’essai qu’en tente Spencer.
Si on donne à loi de la direction du nouvement Ja signification plus large que nous avons indiquée, on peut l’étendre aux mouvements produits par les forces vitales tout en maintenant la nature particulière de celles-ci.
Rien même n’empèche de la généraliser encore davantage et de l'appliquer aux collections d'hommes et d’animaux.
Le pouvoir qu'ont les espèces vivantes de se multiplier et par suite de s'étendre sur des espaces de plus en plus considérables, la propriété aussi qu’elles manifestent de se transformer peu à peu suivant des directions divergentes et ramitiées sont des forces véritables puisqu'elles sont causes de mouvement.
L'expansion rencontre des obstacles de toute sorte tant physiques (hautes chaînes de montagnes, océans, continents) que physiologiques (manque de nourriture appropriée, climat trop chaud ou trop froid, trop see ou trop humide, organismes ennemis etc.). Le mouvement se produira dans la direction de la moindre résistance, c’est-à-dire des moindres difiicultés.
La transformation des espèces est constamment limitée par les conditions d'existence et la concurrence vitale, de sorte qu'elle ne se fait que suivant certaines directions privilégiées qui sont également des lignes de moindre résistance.
De même les sociétés humaines nous présentent de nombreux mouvements qui s'effectuent d’après ce principe, tant dans les eflorts qu’elles font pour s'étendre ou se déplacer que dans les phénomènes intérieurs qu'on y observe, L'engouement qui se manifeste pour certaines carrières, l'affluence vers les centres industriels, l'écou-
(4) V, pp. 182 sq.
que
lement des marchandises, les lignes suivant lesquelles se transportent les choses et les hommes, le mouvement des capitaux sont autant de phénomènes dans lesquels on reconnaîtra aisément la loi de la moindre résistance ou de la plus forte traction.
Il faut donc lui reconnaître la valeur d'un énoncé général utile à l'interprétation d’un grand nombre de phénomènes de différents ordres. Mais il serait déraisonnable d'en vouloir exagérer l'importance jusqu’à y vouloir découvrir l'explication de tous les mouvements füt-ce d'un ordre déterminé. Le raisonnement de James Hinton cité par Spencer est aussi faux qu’il est tranchant. «La forme organique, dit-il, est le résultat du mouvement. Le mouvement prend la direction de la moindre résistance. Par conséquent, la forme organique est le résultat du mouvement, dans la direction de la moindre résistance. » (1)
Au lieu de se borner à noter quelques faits généraux dans lesquels la croissance des organismes est réellement influencée par les résistances qu’elle rencontre, qu'on essaie de rendre compte, au moyen de cette loi, des différences de forme que présentent les êtres vivants dans le même milieu. Ou bien l’on se convainera de son insuffisance, ou bien on sera amené à lui attribuer cette signification génerale que chaque élément matériel suit la résultante de toutes les forces qui agissent sur lui. Ce derniér principe est utile pour l'étude des mouvements, mais il ne nous apprend rien au sujet de la nature ni du mode d'action des forces qui y entrent en jeu.
$ VII. Rythme du mouvement. — Justification de la loi du rythme. — Exceptions.
Des chapitres des Premiers Principes étudiés jusqu’à présent, le plus intéressant, le plus suggestif et qui prête le moins le flanc à la critique est celui qui est intitulé : Rythme du mouvement.
Le mouvement est rythmique, c’est à dire, les changements que subissent les êtres sont périodiques et les ramènent après des temps égaux dans des situations semblables. Spencer s'attache principalement à montrer l’universalité de cette loi. Pour en comprendre la signification il nous sera utile d'analyser brièvement un cas très simple.
Un rythme élémentaire est constitué par le mouvement du pendule. Nous y remarquons les choses suivantes : un système en équilibre sous l’action de la gravité et de la résistance du fil suspenseur, une cause quelconque écartant la masse suspendue de sa position d'équilibre, la pesanteur ramenant le pendule à sa situation primitive en lui imprimant un mouvement accéléré, la position d'équilibre dépassée en sens contraire, par suite de la vitesse acquise, d’une quanté égale au déplacement primitif, le retour en arrière, le va-et-vient indéfini.
Des phases analogues se produisent dans un nombre immense de phénomènes. Depuis la précession des équinoxes qui après 25920 ans ramène au même point de l’éclyptique l'intersection de celle-ci avec l'équateur, jusqu'aux vibrations lumineuses qui s’acomplissent par centaines de milliards en un millième de seconde, nous connaissons une infinité de mouvements rythmiques s’accomplissant dans une période de temps plus ou moins longue. Les phénomènes de gravitation, de son, de chaleur, de lumière, beaucoup de phénomènes d'électricité consistent dans des mouvements rythmiques. Les planètes se balancent d’un côté à l’autre de leurs orbites, les corps conçoivent et transmettent des mouvements vibratoires plus ou moins rapides qui affectent les organes de la sensibilité,
Le mouvement des vagues à la surface de l'Océan, l'agitation des feuilles, le balancement des troncs d'arbre, les plis ondulés des drapeaux sont des mouvements rythmiques provoqués par le vent. Lui-même est lié à l’exitence des grandes vagues largement rythmiques de l’atmosphère et des vibrations sonores animent toute la masse de l'air qu'il transporte,
te
La rotation de la terre autour de son axe ramène régulièrement le jour et la nuit, son mouvement autour du soleil engendre les saisons tandis que la lune soulève et abaisse les eaux de l'océan.
La périodicité des jours et des saisons produit des mouvements rythmiques dans la vie des plantes et des animaux. Le sommeil et la veille, les gains et les pertes périodiques d'énergie, la courbe de l’existence, la matière alternativement saisie par les forces vitales et abandonnée au monde inorganique. les générations qui se succèdent comme les feuilles que le printemps fait éclore et dont l'automne emporte les débris, les espèces qui naissent, se développent et meurent — les vibrations des nerfs, les contractions des muscles, les périodes d’ardeur et de fatigue, d’excitation et d’abattement, de trouble et de calme, d'attention et distraction — les fluctuations du marché, l'abondance et la rareté des objets, les crises industrielles, les alternatives de guerre et de paix, de progrès et de décadence, les périodes d'enthousiasme et de réaction, tous ces phénomènes de l’ordre le plus varié ont un caractère rythmique plus ou moins régulier mais assez évident pour qu’il soit inutile d'y insister.
Il arrive fréquemment que plusieurs rythmes se superposent. Ils peuvent alors être plus ou moins facilement distingués l’un de l’autre dans le mouvement qui résulte de leur combinaison. Parfois ils ne se cachent pas du tout parce que leurs périodes sont très différentes, ou bien parce qu’elles sont subordonnées, c’est-à-dire que le second rythme est une modification périodique du mouvement qui constitue le premier, et ainsi de suite pour les autres.
Dans un concert les repos alternent avec les morceaux de musique. On a choisi ceux-ci de manière à faire entendre un morceau d’allure vive après un morceau d’un mouvement plus lent. Dans chaque morceau les forte et les piano alternent, les différentes parties des phrases musicales se répondent ;dans chaque mesure les temps forts et les temps faibles reviennent à intervalles égaux et
entin chaque note est constituée par des ondulations de l'air. Nous n'avons pas de difficulté à reconnaître tous ces rythmes simultanés et ils nous procurent une jouissance parce que l’activite rythmée convient à nos facultés psychiques.
Lorsqu'on examine à la loupe la ligne ondulée que trace la pointe du phonographe, on distingue les éléments vibratoires des trois ou quatre sons que l'instrument a enregistrés simultanément. Notre oreille les isole plus facilement que notre œil. :
Les mouvements alternatifs assez irréguliers du baromètre cachent complètement, à première vue, deux ondulations diurnes régulières qui se superposent plus ou moins elles-mêmes et ne peuvent être reconnues que grâce à de minutieuses observations.
Il résulte de cette coexistence de rythmes différents que généralement le mouvement rythmique ne ramène pas des phases exactement pareilles. Une saison est constituée principalement par la situation de la terre par rapport au soleil, mais elle dépend aussi des fluctuations de la pression atmosphérique, de certaines périodes alternatives peu connues d'humidité et de sécheresse, de variations à rythme très lent dans les courants marins, dans la ligne des rivages et de bien d’autres facteurs. De telle sorte que-jamais deux hivers ou deux étés ne se ressemblent complètement. Malgré ces irrégularités, dans nos contrées les saisons se distinguent aisément l’une de Tautre; il n’en est pas de même dans des régions plus voisines de l’équateur, où leur rythme, moins marqué à cause de la latitude, disparait parfois complètement dans les changements accidentels du temps.
Le caractère oscillatoire du mouvement peut être, on le voit, plus ou moins manifeste et plus ou moins complexe. Il est extrêmement intéressant d'en rechercher l'existence dans les phénomènes les plus divers. Il correspond certainement à une grande loi qui gouverne tous les êtres matériels, et nous croyons que c'està Spencer que revient l'honneur de l'avoir mise en lumière dans toute son étendue,