‹ La théorie de l'évolutionChapitre 46 sur 85 · CRE OCT TL · texte numérisé non relu

CRE OCT TL

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qui lui a donné naissance ou un autre équivalent c'est un cas de transformation alternative qui rentre dans la loi.

Une objection plus grave résulte des mouvements qui se transforment en d’autres de telle sorte que la transformation inverse ne soit plus possible. Spencer fait remarquer à propos d’un cas semblable (1) que la nouvelle forme de mouvement est elle-même rythmique, Mais cela ne résout pas la difficulté, surtout si la transformation dont il s’agit n’est pas accidentelle mais normale.

Enfin l'argument ne mentionne explicitement qu'un seul

- élément du rythme, la vitesse du mouvement (accélération

et retard). Le rythme peut résulter aussi de la direction du mouvement. Il implique aussi une certaine périodicité et il consiste, en général, dans des écarts alternatifs par rapport à une situation moyenne qui peut être une position d'équilibre réalisable ou non.

Nous croyons que c'est dans cette dernière condition du mouvement rythmique qu'on peut trouver la raison de son universalité.

En effet, tout être individuel, naturel ou artificiel, correspond à une situation d'équilibre stable autour de laquelle il oscille parce que des forces extérieures tendent continuellement à l'en écarter, tandis que les forces intérieures l’y ramènent. D'une façon plus générale, les forces naturelles sollicitent les corps vers des situations d’équilibre stable et déterminent, par conséquent, des mouvements

. de va-et-vient autour de cette situation.

Un organisme, un édifice, une société sont des exemples d'êtres individuels. Le premier comprend une certaine quantité d'énergie potentielle grâce à laquelle il exerce ses fonctions, ou encore une certaine disposition intérieure et extérieure des parties. La réaction contre les agents externes épuise cette énergie et il la répare par la nutrition sous toutes ses formes ; de là l’oscillation entre les périodes de travail et de repos, de désassimilation prédominante et d’assimilation prédominante. Les agents exté-

rieurs tendent à altérer la disposition de ses parties, d’où les alternatives de maladie et de santé, de lésion et de reconstitution des organes. Le rythme respiratoire correspond à l’action alternative d’éliminer l’excès d'oxygène combiné et d’absorber l'oxygène libre qui fait défaut.

L'édifice est constitué par une certaine disposition des matériaux. Le vent, les mouvements du sol lui impriment de légères déviations qui déterminent des mouvements oscillatoires tant qu'elles ne dépassent pas la limite d’élasticité de la construction.

L'équilibre social comprend l'égalité des besoins et des ressources, une liberté suffisante des citoyens sous l’empire des lois, certains moyens de défense et d'attaque, une activité convenable dans les différentes branches qui contribuent à la prospérité de la nation. Lorsque des excès ou des défaillances se produisent d’une part ou d'autre, la société réagit par ses forces conservatrices et il en résulte encore une fois un mouvement d'oscillation autour de la situation moyenne qui n’est jamais réalisée exactement.

Les. forces d'attraction en attirant vers le centre, c’est à dire vers la situation d'équilibre, les atomes de la nébuleuse primitive ont déterminé des monvements oscillatoires des planètes autour de cette position.

Tout mouvement ondulatoire soit visible, soit invisible se fait autour d’une situation d'équilibre, qu'elle soit représentée par la surface unie de la mer, par la densité des corps que traverse le son ou par la tension des cordes de violon sur le chevalet.

L'existence d’une situation d'équilibre vers laquelle se dirige le mouvement est la cause de son caractère oscillatoire, parce que le mobile dépasse la position d'équilibre en vertu de la vitesse acquise par l’action des forces qui l'y sollicitent,.

Le besoin d'une denrée dans une société se manifeste par une hausse de prix. Cette circonstance détermine une augmentation croissante de la production, de telle sorte qu'après un certain temps, non seulement les besoins

ptions loi du hme.

sont satisfaits, mais le marché est encombré. Immédiatement les prix baissent, la production se rallentit et tombe bientôt en-dessous des besoins, ce qui ramène toute la série de ces phénomènes économiques.

Le travail épuise l’activité nerveuse et amène le sommeil réparateur. La réparation achevée détermine le réveil et la reprise du travail. Cette série physiologique comprend deux oscillations correspondantes : travail et repos, dépense et gain d'énergie nerveuse. Elles se font autour d’une position moyenne, d’ailleurs irréalisable, dans laquelle le travail ne dépenserait qu’une quantité d'énergie qui pourrait continuellement être réparée.

La considération précédente, en faisant connaître les conditions du mouvement oscillatoire, nous permet aussi d'indiquer les cas où elles ne sont pas réalisées et qui constituent, par conséquent, des exceptions à la loi.

La première de ces conditions est que les forces qui maintiennent la situation d'équilibre soient capables de ramener en arrière le mouvement qui s’en écarte, ou, en d’autres termes, que la limite d’élasticité du système ne soit pas dépassée. Un organisme trop fortement ébranlé ou trop affaibli ou trop mutilé périt ; une maison trop secouée par le vent s'écroule, une société attaquée par des ennemis trop puissants, troublée pas des agitations intérieures excessives, se disloque et se dissout. Dans ces cas le retour en arrière ne se fait pas et il n’y à pas de mouvement alternatif.

Tant que l’archet se promène légèrement sur la corde du violon, celle-ci vibre autour de sa position d'équilibre, mais un effort trop violent rompt la corde ; les vibrations cessent et aucun mouvement oscillatoire ne correspond

à la rupture.

La seconde condition est que la situation d'équilibre vers laquelle marche le mouvement puisse être dépassée. Si par sa nature elle constitue un état final, le mouvement

au delà est. impossible, et par conséquent aussi le mouvement en retour et l'oscillation rythmique. Dans ces cas le terme était atteint, le mouvement cessera. Sans doute, il ne sera pas réduit à rien, il sera transformé. Mais il n'’existera plus sous sa forme spécifique et il n'aura pas possédé le caractère oscillatoire.

Le Soleil rayonne sa chaleur à travers l’espace. Ce mouvement tend à établir l'équilibre de température entre cet astre et le milieu où il se meut. Cet équilibre étant réalisé, il ne se produit plus aucune communication de chaleur : c’est une situation de sa nature définitive qui ne comporte aucune oscillation de température. Le mouvement d’échauflement progressif s’est transformé en vibrations calorifiques uniformément distribuées.

Telle est aussi la transformation générale du mouvement visible en mouvement vibratoire. Ici la transformation inverse est possible et donne lieu a des oscillations, mais elle n’est jamais complète : le mouvement visible tend à dispararitre tout entier et à être remplacé par du mouvement invisible. Telle est est la situation vers laquelle l'Univers marche ; elle est, de sa nature, définitive. « On ne rencontre dans la nature, dit Auerbach, que des procès qui ne sont pas ou ne sont qu'imparfaitement réversibles. Ce qui est passé est passé et l'énergie dissipée ne peut plus être rassemblée de nouveau, du moins complètement, C'est comme si une autorité supérieure levait un impôt sur chaque phénomène naturel, et quand on essaie d’éluder cet impôt par l'introduction de procédés forcés et inverses, l'agent du fisc s'attache à leur suite. » (1).

C'est ce qu’on appelle la dégradation de l’énergie ou l'accroissement de l’entropie. L'énergie de l'Univers reste constante mais elle tend à se transformer en chaleur qui tend elle-même à se répandre uniformément. Elle devient ainsi intransformable en une autre forme d'énergie, de sorte qu'en dernière analyse l'Univers tend vers une situation où aucune transformation d'énergie n'aura plus lieu,

(4) Die Weltherrin und ihre Schatten, Jena 1902 p. 35.

Ce sera le repos complet dans une température uniforme (1).

Cette situation comporte, il est vrai, des oscillations moléculaires, et sous ce rapport la loi sera toujours vérifiée ; mais le mouvement vers cet état n'est pas un mouvement rythmique.

Dans la dernière édition des Premiers principes, Spencer reconnaît que la disparition du mouvement visible dans certaines circonstances constitue une restriction à la loi du rythme. Il fait remarquer que le mouvement invisible, par lequel il est remplacé, est lui-même rythmique, (2) Nous venons de dire que cela n'empêche pas l'exception d'exister,

Spencer en signale une autre dans l'existence des comètes non périodiques, et conclut qu'il faut entendre la loi d'un système fermé (3). Ce cas peut se ramener aux ruptures d'équilibre dont nous avons parlé. |

(1) cf. ibid. p. A1.

(3) Ibid.

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