‹ La théorie de l'évolutionChapitre 57 sur 85 · CR · texte numérisé non relu

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Salvadori reconnaît d’ailleurs que le principe de justice de Spencer consiste dans Flunion d’un élément biologique, l’individuation, avec un élément moral, la solidarité humaine. (1)

Il ne faut pas non plus confondre la question de l’essence de la moralité avec celle de l’origine de l'idée ou du sentiment de moralité ou d'obligation morale chez l’homme. Comme toutes les idées humaines, l’idée de moralité est soumise à la loi d'évolution; quant à savoir si c’est grâce à l’évolution et dans quelle mesure que l’idée de moralité s’est développée de fait, c’est une question historique qui est différente de l’autre. Sans doute, pour étudier la question de l'origine des sentiments moraux, il faut savoir d’abord, au moins d’une façon confuse, en quoi la moralité consiste, et la question de sa nature pourra recevoir à son tour des éclaircissements par l'étude de son origine et de son évolution. Les deux questions ne sont donc pas indépendantes, mais elles sont distinctes ; et de ce que les idées morales sont soumises à l’évolution, on ne peut pas conclure qu'il y a une morale évolutionniste, pas plus qu'il n’y a une géométrie évolutionniste parce qu’il y à une évolution de la géométrie.

Spencer pense que l'idée d'obligation implique trois facteurs : l’autorité, la coërcition et l'opinion publique ; (2) il tâche d'expliquer l'origine de chacun de ces éléments et comment il s’est imposé à la conscience par voie héréditaire, conformément à ses théories sur les facteurs de l’évolution. Mais ce n’est pas au moyen de la doctrine de l’évolution qu’il établit le concept de l'obligation morale qui est le point de départ de cette explication.

Vidari distingue trois sortes d'éléments dans la doctrine morale de Spencer : (3) 1° l’élément philosophique pur, c’est à dire la conception utilitaire, hédoniste, qui confond en dernière analyse la moralité avec le bien de l'individu et la

(1) Zbid.

(2) La morale des différents peuples. Paris 1893 p. 50 sq. (8) Rosmini e Spencer. Milan. 1899 p. 136.

jouissance, 2 l'élément scientifique, c’est à dire la doctrine de l’évolution, 3° l'élément national, c’est à dire le sens pratique et la tendance individualiste du peuple anglais.

De ces trois éléments, le premier est incontestablement le principal, ou même, c’est le seul vraiment fondamental et qui détermine le caractère de la morale spencérienne. Le lien qu'établit le savant italien lesÆntre' principes de morale et la doctrine de l’évolution nous paraît assez artificiel. « Darwin, dit-il, avait fait voir que les sentiments moraux sont un produit nécessaire de la sélection naturelle, loi grace à laquelle la vie non seulement est conservée, mais se développe continuellement; et comme en même temps on démontrait conformément à la doctrine ancienne et traditionnelle que le fait primordial d’où découle le sentiment moral est la sympathie et, au fond, l’égoïsme ou la recherche du plaisir, on établissait ainsi scientifiquement un rapport entre la conservation et le développement de la: vie d’une part et Ja félicité de l’autre ».(1) Et plus loin : « L'évolution de la conduite (d’après Spencer) nous montre comment à son degré le plus élevé elle doit avoir pour effet nécessaire d'assurer à la fois la plus grande totalité de la vie dans l'individu, dans sa descendance et dans ses compagnons sociaux. Et puisque, en vertu du principe mis en relief par Darwin et accepté par toute l’école naturaliste, il y a un rapport direct, comme nous l’avons vu précédemment,entre la conservation et le développement de la vie d’une part et d'autre part le plaisir et la félicité, il s'ensuit que l’évolution de la conduite assurant la plus grande totalité de la vie, assure en même temps comme effet nécessaire le plaisir le plus complexe qui comprend les plaisirs de l'individu, de la descendance et des compagnons sociaux », (2)

On voit que la base de toute la théorie est toujours l'identification de la moralité avec le plaisir. En outre, il faut remarquer que Spencer a très peu recours à la sélection naturelle pour expliquer l’origine des idées

a) ibid, p. 149, (2) ibid, p. 167.

PANNES Tu. en

morales, mais plutôt à l'expérience et aux habitudes intellectuelles, affectives et pratiques qui en résultent, transmises par l’hérédité. Ce n’est donc que par un abus de langage qu’on parle de morale évolutionniste. « Le

prétendu rattachement de la Sociologie et de la Morale aux sciences naturelles, dit avec raison, Angot des Rotours,

est factice et plus scientifique en apparence qu’en réalité.» (1)

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