‹ La théorie de l'évolutionChapitre 60 sur 85 · ER I NO PT TE 2 TP · texte numérisé non relu

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d'un cas particulier pour l'explication duquel la connaissance de la loi générale est insuffisante.

Les caractères généraux de l’évolution comme telle sont peu complexes, tandis que souvent la forme sous laquelle elle est réalisée de fait l’est extrêmement. Ainsi, la simplicité des grandes lignes architecturales n'empêche pas qu'un éditice n'offre en réalité une grande complication de détails. La différenciation de l'homogène sera d'autant plus active et d'autant plus multiforme que seront plus nombreuses et plus variées les forces en présence. L'évolution du système solaire à été relativement simple parce qu'elle s’est accomplie sous l’action prédominante d’une force unique : la gravition.

L'évolution de la Terre dans laquelle ont joué un rôle, outre la pesanteur, les affinités chimiques et des agents physiques variés, est beaucoup plus compliquée. Sur notre planète l’évolution organique offre aux regards des effets d’une complication extrème, parce que, outre les forces précédemment énumérées, de nouveaux facteurs sont entrés en ligne.

Quoique Spencer, dans les Premiers Principes, ne s'occupe pas en particulier de l’évolution organique, nous allons cependant consacrer quelques pages à l'étude des facteurs particuliers de ce procès, à cause de son importance prépondérante, La distinction que nous avons faite entre les causes générales d'évolution et les causes particulières se trouvera ainsi confirmée ; et nous aurons en même temps l’occasion de rencontrer certaines opinions relatives à cette matière que Spencer défend dans- ses autres ouvrages.

* + Le

Nous avons déjà fait voir brièvement comment la-loi d'évolution s'applique aux êtres vivants, soit qu’on les considère dans leur ensemble, soit qu’on envisage l’évolution d’une forme en particulier, soit enfin qu'il s'agisse du développement d’un individu. L'évolution d'ensemble

. du règne vivant est la somme des évolutions particulières.

Il n'y à donc en réalité que deux procès à envisager :

itogénie et hylogénie.

l'évolution de la forme et l’évolution de l'individu. Encore ces deux procès ne sont-ils pas complètement distincts puisque l’évolution de la forme, comme nous allons le voir, n’est que la suite des changements que subit l’évolution des individus dans les générations qui se succèdent.

Précisons d’abord ce qu'on entend par évolution de l'individu (ontogénie) et évolution de la forme (phylogénie). On appelle généralement individu vivant toute portion de matière organisée, organiquement Continue, ayant une vie propre et distinèete. Nous donnons le nom de forme vivante à l’ensemble des caractères que possédent tous les individus d’un groupe systématique (classé sous une même dénomination par les naturalistes) considérés en relation avec les caractères possédés par leurs ancêtres.

L'application de ces définitions aux cas concrets donne lieu à certaines difficultés d'ordre secondaire que nous pouvons négliger ici. Mais une observation nécessaire est la suivante : Une forme vivante est une chose abstraite (un ensemble de caractères). Elle peut l'être plus ou moins suivant qu’ellé est réalisée dans un groupe plus ou moins large: ainsi la forme vertébré est plus abstraite, plus générale que. la forme mammifère, celle-ci est plus générale que la forme primate etc. Ces groupes plus où moins larges portent le nom d'embranchement, classe, ordre ete. jusqu'aux variétés ou races. En outre, si l’on considère une forme en tant qu’elle se modifie, elle pourra appartenir successivement à plusieurs groupes différents.

L'ontogénie est l’ensemble des états par lesquels passe l'individu depuis le premier moment de son existence jusqu'à l'âge adulte, c’est-à-dire jusqu'au moment où tous les organes ont le développement nécessaire à leur fonctionnement normal. Dans toutes les catégories d'êtres vivants, l'ontogénie commence par le stade œuf qui ne comprend qu'une seule cellule, Néaamoins des individus multicellulaires peuvent prendre naissance par simple fractionnement d'un individu précédent. Aïnsi les plantes se multiplient par boutures, Dans ce cas il peut se

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faire que tous les organes soient présents dans chacune des parties de la division, ou bien que la partie à laquelle manquent certains organes les reproduise : ainsi les boutures mises en terre produisent des racines. Certains biologistes considèrent ces parties, même après leur séparation, comme ne constituant qu'un seul individu et cette manière de les envisager offre des avantages à certains points de vue. Mais il est préférable de les considérer comme des individus distincts, conformément à notre définition. Il faut remarquer seulement que ces individus obtenus par division n'ont pas accompli pour leur compte, du moins pas entièrement, l’évolution ontogénique et qu'ainsi, rigoureusement parlant, ils ne constituent tous ensemble qu’une génération.

La multiplication des individus par division n'est pas

possible chez les animaux supérieurs : l'intégration y est

trop avancée pour que les parties détachées soient capables de vivre isolément, Ils ne se propagent donc que par ovule, et la condition normale du développement de lovule est qu'il soit fécondé par la fusion avec une cellule mâle ou spermatozoïde. Chez les plantes et chez les animaux inférieurs les deux modes de multiplication coexistent. Les organismes unicellulaires se multiplient : par division spontanée ou artificielle, le bourgeonnement n'étant qu'une forme particulière de division (1).

La phylogénie est l'ensemble des états par lesquels a passé une forme jusqu'à son état actuel. Ces stades successifs ont été réalisés par des individus vivants dont parfois on a retrouvé les restes et qui ont été les ancôtres des individus qui représentent le stade actuel. Cette définition suppose la théorie transformiste; mais dans ces termes généraux, il n'est pas un naturaliste qui ne l’admette aujourd'hui.

Il est certain que la phylogénie à lieu d'une façon divergente, c’est à dire que si on suit en la remontant la ligne des ancêtres dans des groupes aujourd'hui très différents, on rencontre sur ces lignes des groupes de moins en moins

(1) STRASBURGER. Cf, Lehrbuch der Botanik. Jena 1904 p. 76.

différents et parfois on aboutit à un seul groupe. Par exemple, il est admis par les naturalistes que les lignes des ancêtres des pigeons à queue de paon, des pigeons culbutants, des pigeons capucins, etc., aboutissent toutes au groupe des ramiers ou pigeons sauvages. De même, en suivant les lignes des ancêtres des différents groupes de mammifères modernes on aboutit à des mammifères de l’époque éocène qui sont beaucoup plus ressemblants entre eux que ne le sont les mammifères vivant aujourd'hui. Il est bien entendu que quand on trace la descendance à travers des formes fossiles, les lignes sont loin d’être complètes. Elles sont plutôt marquées par des jalons que par des traits continus et souvent elles sont en bonne partie hypothétiques. On admet aussi que les lignes d’ancêtres en convergeant dans le passé aboutissent toujours finalement à un seul groupe d'individus très ressemblants au point qu'il n'ya pas lieu d'y distinguer plusieurs groupes systématiques; et que, d'une facon générale, ces lignes se rencontrent à une époque d'autant plus rapprochée qu'elles partent de groupes actuels moins différents.

Cette loi de divergence est soumise à certaines exceptions qui constituent les phénomènes de convergence et dont nous avons déjà parlé. Les lignes d'ascendance de deux groupes assez semblables où offrant du moins des traits de ressemblance très marqués peuvent donc diverger et aboutir à des* groupes plus dissemblables. Par exemple, les baleines ont probablement comme ancêtres des mamifères terrestres plus différents des poissons qui furent les ancètres des requins, que les baleines et les requins ne diflèrent entre eux.

L'évolution phylogénique est néanmoins en général divergente ; en outre, il semble plus probable qu'en général aussi elle est divergente latéralement : tandis que certains individus d'un groupe ont une progéniture qui s'éloigne de plus en plus du type ancestral, d’autres ont des descendants qui restent fidèles à ce type, de sorte que la forme-souche coexiste avec les formes

dérivées. Ainsi le ramier coexiste avec les différentes races de pigeons domestiques.

Une forme vivante peut disparaître, soit parce qu’elle a été détruite, soit parce qu’elle s’est modifiée ; c’est à dire : il se peut que tous les individus d'un groupe meurent sans laisser de descendants, ou bien qu'aucun de leurs descendants ne reste fidèle au type ancestral. Parmi les

animaux vivant aujourd'hui, il n’y a pas de descendants des

uses de lution

énique.

grands reptiles marins de l'époque secondaire. Ces formes ont été détruites. Au contraire, si les proboscidiens tertiaires ont disparu, les éléphants modernes sont sans doute leurs descendants.

Si l’on tient compte de l'immense variété des formes vivantes qui sont toutes issues d’un nombre probablement très restreint de formes primitives, on se convainc que l’évolution phylogénique est un magnifique exemple de la loi de différenciation.

Le facteur principal de l’évolution individuelle est incontestablement l'hérédité, c’est à dire la propriété que possède l'être vivant de transmettre les caractères qu'il possède lui-même à l'individu auquel il donne naissance, Lorsque le caractère transmis se retrouve chez l'ascendant direct on l'appelle héréditaire dans le sens strict ; s'il ne se trouve que chezles ascendants éloignés, on lui donne le nom d’atavique. Dans ce dernier cas, on dit que les ascendants intermédiaires, où le caractère n'apparaît pas, le possèdent virtuellement ou à l'état latent.

Les lois de l’hérédité sont encore en grande partie ignorées. On connaît cependant d’une manière précise le mode de transmission, après croisement, de certains caractères distinctifs des races ou variétés plutôt que des espèces, et auxquels on à donné le nom de caractères mendéliens, parce que les lois qui gouvernent leur transmission ont

été découvertes et publiées en 1866 par G. Mendel, (1) abbé bénédictin de Brünn. Ges lois sont assez simples lorsqu'on considère le cas de deux caractères opposés qui se combinent par croisement. Il nous suftira pour les faire comprendre de eiter un exemple concret.

1. Mendel croise un Pisum à tige longue avec un Pisum à tige courte. Les descendants de ce croisement possèdent tous une tige longue. Appelons (L C)! les individus de cette première génération.

2. Les (LC)! sont soumis à la fécondation directe (de chaque plante par elle-même) et les graines sont semées. Mendel constate qu’il apparaît approximativement : de Pisum à tige courte et ? à tige longue.

De ces deux faits Mendel conclut que si tous les pois de l'a première génération possèdent une tige longue, c’est que le caractère tige longue l'emporte sur le caractère tige courte. Il appelle le premier du nom de caractère dominant, le second du nom de caractère récessif. (Loi de prévalence).

3. Les individus de la seconde génération sont encore soumis à la fécondation directe. Ceux à tige courte (appelons-les GC?) donnent exclusivement des descendants à tige courte. Parmi ceux à tige longue, un tiers (appellonsles L?) donne uniquement des descendants à tige longue. Les deux autres tiers, (L C)?, donnent des descendants à tige courte et des descendants à tige longue dans la proportion de 1 à 3(: à tige courte, ? à tige longue).

4. À la quatrième génération on constate que tous les petitstils des C? sont à tige courte, tous les petits-fils des L2 sont à tige longue.

Quant aux petits-fils des (LC), on constate de nouveau que les pois à tige courte de la troisième génération, €, n'ont donné que des descendants à tige courte, tandis que parmi les pois à tige longue de la troisième génération, un tiers, L', n’a donné que

(1) Versuche über Pflanxenhybriden. Verhandlungen der naturf. Vereines, Brünn. 1866

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des tiges longues, les deux autres tiers, (LC), ont donné }‘de tiges courtes et ? de tiges longues.

Et ainsi de suite.

Il en résulte que les C?, C?..... possèdent le caractère récessif G à l’état de pureté; les L2, L?.... possèdent le caractère dominant L à l’état de pureté ; tandis que les (L C)t,

- (LC, (L CP ….. possèdent le caractère L à l’état mani-

festé et le caractère CG à l’état latent. | Par conséquent, il se fait à chaque génération qui suit la première, une dissociation des caractères dans la proportion ? L, { CG, ? LC. (Loi de dissociation.) Mendel explique cette seconde loi en admettant que les caractères sont dissociés dans les cellules reproductrices elles-mêmes. Les (G L\! donneraient à une moitié de leur pollen le caractère C, à l’autre moitié le caractère L ; de même à une moitié des oosphères le caractère C, à. l’autre moitié le caractère L. Cela étant, il v

aura quatre combinaisons possibles lors de la fécondation :

CC, LL, CL, LC. Les deux dernières sont équivalentes.

On aura donc trois sortes de produits, ? possédant le ca-

-ractère GC à l’état de purete ; î possédant à l'état de

pureté le caractère L 2 possédant les deux caractères. En vertu de la loi de prévalence ces derniers possèderont le caractère Là l’état manifesté et le caractère C à l’état latent. C'est précisément ce que l'observation nous apprend,

La loi de dissociation est absolument indépendante de la loi de prédominance ; elle s'applique également aux caractères opposés dont aucun n'est prédominant, mais dont la combinaison fournit un caractère intermédiaire. (1)

Les résultats que l’on obtient dans les expériences semblables à celles que nous venons de rapporter,sont beaucoup plus complexes lorqu’on étudie la transmission simultanée de plusieurs caractères: la couleur des fleurs, la forme des feuilles, la présence d’épines, etc. Mendel a observé que chaque caractère se transmet indépendamment des autres (Loi de l'indépendance.)

(1) cf CoRRENS. Ueber Vererbungsgesetzxe. Berlin 1905 p. 14.

Déja Mendel avait commencé l'étude de la vérification de ses lois pour le règne animal. Depuis lors, d’autres biologistes se sont consacrés à cette tâche avec succès.

Une autre question importante au sujet de l’hérédité est celle de la transmission des caractères acquis par opposition aux caractères congénitaux. Nous en parlons plus loin.

Indépendamment de l’hérédité, l’organisme possède un pouvoir autoformateur. C’est le mérite de W. Roux d’avoir attiré l'attention sur l'importance de ce facteur. Il ne peut à aucun degré remplacer l’hérédité, ni lexpliquer. (1)

La série des formes qu'un organisme parcourt, depuis le premier moment où il existe, se trouve donc virtuellement déterminée dans la cellule-æuf. Les circonstances extérieures dans lesquelles lœut et plus tard l'organisme va se développer contribueront à lui communiquer certains caractères individuels, mais la structure spécifique, avec tous ses détails. se déploie indépendamment des circonstances, pourvu que celles-ci soient favorables d’une façon générale. Ces circonstances sont les conditions nécessaires pour que les tendances héréditaires puissent agir. Parfois aussi elles déterminent le mode d'action de ces tendances. Le tronc du lierre, par exemple, pousse des racines absorbantes sur les parties qui touchent le sol et des crampons sur les parties qui s'appuient au mur. Or, seules les circonstances extérieures déterminent quelle est la partie du tronc qui touche le sol, et rien n'empêche de changer la disposition de la plante et d'obtenir ainsi des racines sur la partie qui, auparavant, ne donnait que des erampons et vice-versa.

C'est une faute de raisonnement commise par certains physiologistes, que de s'appuyer sur des faits semblables pour attribuer l'évolution de lêtre vivant aux circonstances extérieures, « Une telle conclusion, dit avee raison Weismann, ne repose que sur une confusion d'idées.

(HU) ef, YVES DELAGE, La structure du protoplasme et les théories sur l'hérédité et Les grands problèmes de la Biologie générale. Paris 1895 p. 747,

Si un phénomène ne se produit que sous certaines conditions, il n’en résulte pas cependant que les conditions soient aussi la cause du phénomène. » (1) Tout au plus pourrait-on soutenir qu'elles en sont les causes partielles, quoique leur part de causalité doive être considérée comme très petite et n'atteigne en rien la structure spécifique de l’organisme. Le type spécifique étant donc virtuellement déterminé dans l'individu, dès le premier moment de son existence, ce n’est pas là qu'il s’agit d'en expliquer la genèse, mais bien dans l’évolution de la forme qui se poursuit à travers les générations successives sous l'empire de la loi d’hérédité., C’est ce qu'affirme implicitement Spencer, lorsque, faisant à l’évolution individuelle des organismes supérieurs lapplication de la loi de l'instabilité de l'homogène, il dit : « dans les germes des organismes supérieurs, les métamorphoses dues immédiatement à l'instabilité de l'homogène sont vite masquées par celles qui tirent leur origine du typé héréditaire ». (2)

L'évolution individuelle d'un organisme quelconque, soit par exemple, d'un homme, est gouvernée par l’hérédité, non seulement quant à ses caractères spécifiques, mais également quant à ses caractères de race, en prenant ce mot dans sa signification la plus restreinte. Plusieurs caractères strictement individuels peuvent même dépendre de ce facteur, en ce sens qu'ils résultent d'une combinaison des caractères anceslraux.

Le rôle prépondérant que joue dans les premiers phénomènes de l’évolution individuelle les chromosomes du noyau des cellules reproductrices, servent de base à l'opinion d’après laquelle ils contiennent les principes déterminants de l’ontogénie, quels qu’ils soient d’ailleurs, ou du moins y exercent l'influence principale.

Nous avons examiné plus haut (Ch. IE, K 5) l'hypothèse de Spencer qui assimile l’évolution individuelle à la formation

(4) Essais sur l'hérédilé et La sélection naturelle. Trad. DE VARIGNY, Paris, 1892, p. 517-518.

d'un cristal. C’est la théorie des unités physiologiques. Weismann à montré le peu de probabilité de cette conception même au point de vue purement mécaniste. (1) Elle ne peut donc pas être assimilée à la théorie de Weismann, pas plus qu'à celle de Nägeli ou d’autres biologistes, comme le voudrait Saleeby (2).

On donne le nom de Pangénèse à une théorie adoptée par Darwin et d’après laquelle les cellules reproductrices contiendraient des éléments — gemmules — empruntés constamment à toutes les cellules du corps et portant des déterminations caractéristiques de chacune. Darwin considérait cette hypothèse plutôt comme un moyen de représenter l’hérédité d’une façon concrète que comme une théorie proprement dite.

Parmi les biologistes modernes, aucun peut-être ne s’est autant appliqué à élaborer une théorie de l’héridité que Weismann. Pour lui, les chromosomes sont composés généralement de plusieurs groupements appelés ides et dont chacun contient tout l'ensemble des particulès représentatives de l'organisme. Les ides sont eux-mêmes composés d’un grand nombre de déterminants. À chaque partie du corps isolément et héréditairement modifiable correspond un déterminant particulier. (3) Cette conception peut invoquer en sa faveur des arguments probables que Weismann développe et qui tendent surtout à démontrer que les différentes parties de l'organisme correspondent à différentes parties du plasma germinatif, Nous ne savons rien au sujet de la manière dont les déterminants produisent les organes qui leur correspendent, (4) D'après Weismann il faut a priori exclure toute autre force que les propriétés physico-chimiques des atomes. (5) Nous avons déjà dit que beaucoup de biologistes répoussent ces vues exclusives.

A) Vorträüge über Descendenxtheorie. lena, 1902, vol. I. p. 388 et, 398, sq.

(2) Evolution the master Key. Londres, 1906, p. 158.

(3) Op. cilal., p. 582 sq.

(4) Jbid, vol, 1, p. 8 et 4,

(3) Ibid, p. 387,

L'héridité, comme cause de l’évolution individuelle, comprend en réalité, on vient de le voir, un grand nombre de facteurs. Quelle que soit l’idée qu'on s’en fasse, il faut admettre que d’une façon ou d’une autre les influences des parents et des ancêtres sont représentées dans l'embryon et agissent sur son développement. Cette multiplicité de facteurs est en harmonie avec la complexité de l’évolution organique dans l'individu et nous trouvons ainsi confirmée la remarque que nous avons faite plus haut.

L’hérédité nous permet aussi d’interprèter d’une manière satisfaisante ce qu’on à appelé la loi biogénétique. On désigne sous ce nom le fait admis par quelques biologistes, de la reproduction en raccourci de la phylogénie dans l’ontogénie : individu, disent-ils, avant d’être adulte, parcourt tous les stades par lesquels à passé la forme dans les générations précédentes. Le développement embryonnaire reproduirait, d’après cela, les phases que les ancêtres de l'individu ont réalisées à l’état adulte.

La phylogénie et l’ontogénie partent lune et l’autre d’une

seule cellule et aboutissent au même point, puisque la forme

n'existe que dans les individus. Une certaine ressemblance entre les deux procès est donc nécessaire, Mais comme les conditions dans lesquelles ils s’accomplissent sont tout à fait différentes, on ne voit pas pourquoi les stades intermédiaires seraient les mêmes de part et d'autre. Aussi la loi biogénétique conçue de cette façon soulève-t-elle de graves objections et a-t-elle été fortement battue en brèche.

IL semble bien plus rationnel de considérer les phases embryonnaires, non pas comme des vestiges de phases ances- Wales adultes, mais comme la reproduction de phases ancestrales embryonnaires elles-mêmes. Nous aurions ainsi une simple application de la loi d’hérédité, admettant-toutes les restrictions qui s'imposent à l’hérédité elle-même. En d’autres termes, si dans l'embryon des formes supérieures on rencontre des organes qui se trouvent dans l’état adulte des formes inférieures plus anciennes, c’est parce que les embryons de ces formes inférieures possèdent certains organes qu'elles conservent à l'état adulte, tandis

qu'ils disparaissent dans les formes plus élevées. Ce qui revient à dire que nous sommes en présence d'une similitude dans le développement individuel chez les différents groupes, similitude qui à sa raison d’être dans une commune origine. (1)

L'ontogénie n’est pas ailleurs uniquement sous la dépendance de lhérédité, mais bien de l'ensemble des lois physiologiques. Ces lois étant générales déterminent nécessairement des ressemblances dans le développement embryologique, sans qu'il soit nécessaire de recourir à une parenté. Il est malheureusement impossible de préciser cette remarque. La question des relations entre l’ontogénie et la phylogénie est donc loin d’être élucidée. Mais ces relations existent et il est plus que probable que lhérédité n'y est pas étrangère. (2)

Certains caractères individuels sont acquis par l'individu à mesure qu'il se développe, qui dépendent des circonstances : le milieu, la famille, la société au sein desquels il vit, l’activité que lui-même déploie etc. exercent sur son organisme une influence considérable et profonde.

Personne ne prétend qu'il est facile de distinguer ce qu’un homme possède par hérédité et ce qu'il a acquis durant son existence, les tendances congénitales et les habitudes contractées, la part des dispositions naturelles et du travail personnel, Au point de vue qui nous occupe, il y a entre ces deux sortes d'éléments une différence capitale : les uns, éléments héréditaires, préexistent virtuellement dans l’ovule microscopique d’où cet homme est sorti; les autres, éléments acquis, se sont formés pendant l'existence.

L'évolution individuelle est la résultante de ces deux catégories de facteurs : d'une part les impressions recueillies du dehors et la transformation que l’organisme subit sous leur action, d'autre part le type ancestral tel qu'il est transmis par

(1) cf. THOMAS HUNT MOnNGAN, ƣvolution and Adaptation, New York 1903 p. 76 sq.

(1) ef, Ontogénèse et Phylogénèse par 3. M. $S. J, Bruxelles 1907 p. 29 sq, Revue des questions scientifiques, Janvier et Avril 1907.

la génération. Celui-ci est donné implicitement dès l’origine de l'individu, celles là se produisent à mesure que sa vie se déploie.

Occupons-nous maintenant des causes de l’évolution de la forme. Encore ici nous avons incontestablement affaire à la fois à des facteurs internes et externes. Il ne peut pas y avoir de controverse à ce sujet. Dans tous les cas — et ils sont nombreux — où les organismes s'adaptent à des milieux diflérents, il y a action de facteurs externes et réaction de facteurs internes. Le polygonum amphibium prend deux formes différentes, suivant qu'il est cultivé dans l’eau ou en terrain sec, Lorsque les animaux, les chevaux et les chiens, par exemple, sont transportés dans les pays froids ils se couvrent d'une toison épaisse ; dans certaines contrées très chaudes, au contraire, les moutons ne sont pas recouverts de laine. (1) Quelle que soit l'interprétation que l'on donne de ces faits, ilS appartiennent à l’évolution de la forme dans le sens que nous avons défini et, dans une certaine mesure, ils dépendent de l’activité des organismes eux-mêmes.

La question est de savoir quels sont les facteurs inter- nes et externes qui agissent et quelle est la nature et la portée de linfluence qu'ils exercent.

Darwin et Wallace, ce dernier surtout, attachent la plus grande importance à la sélection naturelle. On entend par là le procès en vertu duquel, grâce surtout à la lutte pour l'existence qui existe à un haut degré principalement entre organismes habitant un même milieu, recherchant la même nourriture et ayant les mêmes ennemis, les plus aptes à vivre sont conservés et se propagent

-(1) P. KROPOTkIN à publié dans Ninetheenth Century (4901 vol. IH - pp. 431 sq.) les expériences récentes d'influence du milieu sur les végétaux et les animaux.

au dépens des moins aptes. Darwin a mis en lumière leflicacité de ce facteur dans son ouvragé sur l’Origine des espèces et nous ne pensons pas qu’un seul biologiste nie qu'il n’ait eu dans l’évolution des formes un rôle plus ou moins important.

De nombreux oiseaux périssent de froid en hiver. Ce sont évidemment cœteris paribus ceux qui sont le mieux couverts ou dont l'instinet leur fait trouver de chauds abris qui seront conservés et par. conséquent se multiplieront, tandis que périssent ceux qui sont moins bien protégés. En temps de disette, les animaux les plus forts ou les plus adroits s'emparent de la nourriture au dépens des autres. Dans une forêt très dense, les arbres les plus élevés s’approprient la lumière, tandis que des plantes plus petites sont condamnées à périr.

Mais on n’est plus d'accord dès qu'il s’agit de définir exactement le rôle et l'importance de la sélection naturelle. Quelques remarques seront utiles pour faire comprendre l’état de la question.

I. L'évolution de la forme consiste dans une série de stades diflérents et comporte l'acquisition de caractères nouveaux positifs ou négatifs. Or, la sélection naturelle qui est un facteur externe tend à expliquer la conservation des organismes possédant un caractère nouveau utile, au dépens de ceux qui ne le possèdent pas, mais elle ne fournit aucun élément pour expliquer l’origine du caractère nouveau.

Darwin fait remarquer que la communauté de forme coexiste toujours avec des différences individuelles. Chaque caractère de la forme, même dans les groupes les plus restreints, représente une moyenne autour de laquelle oscillent les caractères des individus, La sélection naturelle consiste à favoriser la propagation des particularités individuelles utiles au dépens des autres. On fait observer à ce sujet que la forme subit en eflet des variations légéres dans les individus, mais qu'en général elles ont lieu dans des limites très étroites, de sorte que l’évolution se trouvera bientôt arrêtée, à moins que la sélection né Soit capable de déplacer indéfiniment la moyenne autour de laquelle les différences individuelles se pro-

duisent. C’est ce que Darwin suppose, mais cela est loin d'être démontré. Les expériences que l’on à faites tendent plutôt à prouver le contraire. En outre, les variations individuelles doivent avoir une cause distincte de la sélection naturelle. Darwin se reconnait impuissant à en déterminer lorigine. Tout ce qu'on peut dire, écrit-i, «c’est qu’elles se rattachent beaucoup plus étroitement à la constitution de l'organisme qui varie qu'à la nature des circonstances auxquelles il a été soumis. » (1)

Pour Spencer, les variations individuelles, qui par leur accumulation assurent l’évolution de la forme, ne sont qu'une conséquence de lhérédité. Il suppose que les caractères adaptatifs acquis par les individus se transmettent à leurs descendants, et que les variations individuelles ne sont que le résultat de la combinaison de ces caractères, suivant les lois complexes de l'hérédité.

L'influence complexe de l’hérédité est incontestable dans les variations des formes vivantes. Les caractères des parents et des ancêtres étant transmis à divers degrés par la génération, suffisent pour expliquer que chaque individu possède une physionomie propre qui permet de le distinguer de tous les autres de la même espèce, voire de la même lignée ou de la même portée. Dans ce dernier cas notamment, il y aurà toujours de petites différences entre les ovules et entre les spermatozoïdes ou les anthérozoïdes ; car non seulement les conditions dans lesquelles ils se développent né sont jamais rigoureusement identiques, mais en outre, les influences héréditaires qui existent chez les parents ne

-s’exercent pas en proportion exactement égale dans tous les

éléments reproducteurs.

Il faut encore, pour les espèces supérieures, tenir compte des variations dues au croisement de formes légèrement diflérentes. On sait que des individus réalisant des formes très différentes sont interstériles ou ne possèdent qu’une fécondité restreinte. Mais des formes peu différentes, appartenant, par exemple, à ce que l'on appelle des variétés

(1) The descent of Man. Londres. 1871 vol, I p. 154.

d’une même espèce, peuvent être parfaitement interfés= condes et avoir une progéniture dont les facultés de reproduction ne soient pas altérées. Ainsi peuvent se croiser Ja plupart des races humaines. Les individus issus de ces croisements possèdent parfois des caractères intermédiaires entre les caractères des parents ; mais cela n'arrive pas toujours. Certains caractères opposés ne se combinent pas de manière à donner une moyenne, mais se retrouvent tels quels, tantôt l’un, tantôt l’autre, suivant les lois de Mendel. L'hybridation est done un facteur important de modification de la forme.

Tel est le rôle incontestable de l’héridité. Mais on ne peut pas en déduire que toutes les variations individuelles en sont une manifestation. L'opinion de Spencer postule la transmission des caractères acquis qui est loin d’être démontrée : nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.

Ensuite, l'hérédité consiste essentiellement dans une ressemblance entre les descendants et les ascendants. Pour qu’un caractère de l'individu puisse être attribué à l'hérédité, il faut qu'il ait existé chez un de ses ancêtres ou du moins qu’il puisse être considéré comme résultant de la combinaison de plusieurs caractères ancestraux. S'il n’en est point ainsi, le caractère en question ne pourra pas être attribué exclusivement à l’hérédité. Celle-ci n'est pas une loi absolue, ou, du moins, cette loi est tellement complexe que dans bien des cas nous ne parvenons pas à en découvrir l'application. On admet souvent, quoique la chose ne soit pas démontrée, qu'un caractère est d'autant plus stable qu'il s'est trouvé réalisé dans un plus grand nombre de générations successives, et cela se comprend dès qu'on admet que dans la génération ne s'exerce pas seulement l'influence des ascendants immédiats mais également celle des ancêtres, Mais autre chose est la stabilité croissante d'un caractère, autre chose son accroissement, Si la loi: d'hérédité suflit pour expliquer la première, elle ne suñit pas pour expliquer le second, Qu'un cerf ait des cornes, c'est une conséquence de l'hérédité, mais que ces cornes soient plus grandes que n’en à jamais porté un quelconque

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