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vidus du groupe, les variations en plus ou en moins d’un déterminant A l’emportent. » (1)
La réponse de Weismann à lobjection qu'il se fait à lui-même est nulle. Chaque déterminant ne peut varier que dans deux sens. Soit. Mais il y a un nombre énorme de déterminants dans chaque ide ; tous peuvent varier. Comment se fait-il que les variations de l'organisme sont harmonieuses, c’est à dire affectent simultanément et d'une manière convenable toutes les parties d’un système ? Comment surtout les variations harmonieuses se réalisentelles dans la génèse des caractères non adaptatifs, que Weismann admet, (2) alors que le seul principe d'ordre, la sélection naturelle, n'a aucune action ? Comment, étant données la multitude des ides - dans chaque cellule, la multitude des cellules reproductrices, les générations qui se succèdent, la multitude des individus de chaque groupe et les croisements, les variations en plus et en moins ne se compensent-elles pas, d'autant plus que Weismann reconnait l'absence de valeur sélectionnelle des variations commençantes ? L'insuflisance de l'hypothèse est manifeste.
II. La sélection naturelle pour être eflicace doit être accompagnée d’un certain degré d'isolement des individus dans lesquels un nouveau caractère se manifeste ; car, à moins de supposer que tous les autres sont immédiatement exterminés, ce qui sera évidemment l'exception, les croisements auront bientôt raison de la variation qui s’est produite, surtout à son origine, puisque, d’après Darwin, l'évolution a lieu par degrés insensibles. (3)
Cette nécessité de l'isolement a été mise en évidence par Romanes après Gulick. (4)
III. La sélection naturelle explique tout au plus la conservation des caractères utiles, mais n’est d'aucun usage pour l'interprétation des autres, par exemple des caractères ornementaux. C'est ce que Darwin à reconnu lui-même. Pour
) Zoid p. 148-149 ) Ibid. p. 149.
) Origin of Species, Londres 1869 p. 289.
4) ROMANES. Darwin and after Darwin. vol. HI Londres 1897.
combler cette lacune il à recours à la sélection sexuelle. Weismann admet également ce facteur auquel cependant les biologistes attachent généralement peu d'importance. Son application soulève des objections nombreuses et Dar- . win lui-même reconnait qu'il ne suffit pas à combler les lacunes que laisse la sélection naturelle. (1)
IV. Nous ne pouvons pas accorder à la sélection naturelle, comme le voudrait Spencer, la valeur d’un principe a priori, en ce sens qu'on doive lui attribuer toute transformation d’une forme vivante qui ne s'explique pas par une adaptation directe.
« Nous venons de voir, dit-il, que l’équilibration indirecte (l'adaptation de l'espèce au milieu par sélection naturelle) fait tout ce que l’équilibration directe (ladaptation individuelle) ne peut faire. On ne saurait trop insister sur cette conclusion, que tous les procédés par lesquels les organismes sont réadaptés à leur milieu sans cesse changeant, doivent être d’un genre ou de l’autre. A lappui de cette conclusion, nous n'avons pas seulement le principe universel qu'un changement de tout ordre tend à l'équilibre, mais nous avons aussi le principe universel dans le monde organique, que la vie est la conservation d’un équilibre mobile entre les actions internes el les externes, c’est à dire une adaptation continuelle des actions internes aux externes, ou la conservation d’une correspondance entre les forces auxquelles un organisme est soumis et celles qu'il développe lui-même.
« En effet, sila conservation de la vie est la conservation de cet équilibre mobile, il en résulte que les changements qui permettent à une espèce de vivre sous des conditions modifiées, tendent à un équilibre avec ces conditions moditiées,
« Par suite, tous les changements étant des équilibrations, leurs différences ne sauraient être que ces différences dans les moyens par où elles se produisent. Si
(A) ef, Tuomas HUNT MonGAN. Ævolution and Adaptation, New York 1908 p. 218 sq.
elles ne sont pas produites directement, il faut qu’elles le soient indirectement. Donc «a priori nous pouvons être certains que toutes les méthodes de modification qui ne rentrent pas dans la classe des équilibrations directes, doivent rentrer dans celle des équilibrations indirectes. L'examen des faits confirme cette conclusion ». (1)
En admettant que tout changement tend à l'équilibre, il n’en suit nullement que tout changement d’un organisme tend à cet équilibre particulier qui consiste dans l’aptitude à vivre où il se trouve.
Nous n’avons pas admis la définition de la vie sur laquelle s'appuie le raisonnement de Spencer. Pour qu'il fût démonstratif, il faudrait que la vie fût entièrement définie par l’adaptation aux circonstances extérieures. Dès qu'il est possible de concevoir cette adaptation de différentes manières, dès qu'un même degré d'adaptation peut être réalisé sous differentes formes, on conçoit que des changements se produisent dans les organismes, tels que,tout en n'empêchant pas l’adaptation au milieu, ils n’y contribuent pas ou ne la rendent pas
meilleure et ne soient compris ni dans l’équilibration directe
ni dans l’équilibration indirecte. Ces changements ne se fixeront pas par sélection naturelle; mais rien ne permet d’affirmer a priori que l'intervention de ce facteur est nécessaire.
Certes, les faits sont loin de donner raison à Spencer. Les
organismes, nous l’avons dit tout à l'heure, possèdent en grand nombre des caractères auxquels il nous est impossi-
ble d’assigner un rôle d'adaptation. Spencer ne se préoccupe
d’ailleurs nullement de le faire ressortir. Il affirme « priori
l'intervention de la sélection naturelle dès que ladaptation directe fait défaut.Or, Darwin s’est parfaitement rendu compte de l'insuffisance de la sélection naturelle, même aidée de la transmission des caractères acquis durant la vie individuelle. Il y a lui-même ajouté les lois de croissance (laws of growth) qu'il ne précise pas autrement, la sélection sexuelle et des causes inconnues (unknown causes). (2)
(1) Prince. de Biol. vol I p 560-561 $ 168
(2) Romanes a rassemblé les textes de Darwin dans Darwin and after Darwin vol. II pp. à, 6, 321, 329 etc.
V. On peut, si l'on veut, donner le nom d'adaptation à l'acquisition des caractères par laction de la sélection naturelle, puisque, ces caractères étant utiles, la forme vivante dans laquelle ils se fixent devient plus apte à vivre dans son milieu. Mais il faut remarquer que la sélection naturelle étant un facteur extérieur aux organismes qu’elle transforme, cette adaptation n'est pas le fait de l'être vivant. La forme, par hypothèse, produit des variations quelconques ; la sélection naturelle conserve celles qui sont utiles au dépens des autres. C’est donc elle qui adapte la forme et non pas la forme qui s'adapte elle-même.
Spencer, il est vrai, ramène les variations de la forme à la combinaison, gràce à l’hérédité, des caractères acquis par les ancêtres au moyen d’une adaptation proprement dite. Mais nous avons déjà rejeté cette interprétation comme insuflisante. Spencer lui-même ne se préoccupe guère d’y rester fidèle dans les cas particuliers, puisqu'il ne laisse pas d’invoquer la sélection naturelle chaque fois que l'adaptation directe est insuflisante à rendre compte d'une modification qui se produit dans la forme.
On n'avance pas la question en appelant adaptation ou équilibration indirecte l’évolution par sélection naturelle, Le nom ne fait rien à la chose. Si le mimétisme sert à soustraire certains animaux à l'attention de leurs ennemis, cependant la couleur ou la forme dans lesquelles il consiste ne sont déterminées ni par le milieu, ni par les animaux qu'il trompe, ni, du moins en général, par l'industrie de ceux auxquels il sert de sauvegarde. Il n'y a donc pas ici d'action du milieu, ni de réaction de l'organisme ; il n’y a pas d'adaptation proprement dite de la part de l'être vivant, La même chose se vérifie chaque fois que l’évolution est due à la sélection naturelle, Dans tous ces cas aussi, la thèse de Spencer, d’après laquelle les organismes ne varient qu'en s’adaptant au milieu, se trouve en défaut, Done, la loi générale qui aflirme cette adaptation ne suit pas pour rendre compte de l’évolution organique.
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Un second facteur qui a été proposé pour expliquer l’évolution des formes vivantes, c’est la transmission héréditaire des caractères acquis par Paction directe des circonstances extérieures sur les êtres vivants et par la réaction de ceux-ci — indépendamment de la sélection naturelle.
Laissant de côté les modifications défavorables, telles que laffaiblissement des constitutions dans les régions malsaines, parce qu'elles se rattachent plutôt au procès de dissolution, il est utile de distinguer, dans cette catégorie, les caractères adaptatifs ou utiles de ceux qui sont indifférents. Il sembie qu'un elimat chaud et lumineux développe la coloration des tissus superticiels des organismes : les races humaines qui habitent les pays tropicaux ont régulièrement le teint plus foncé que celles qui habitent les régions tempérées ou froides ; les animaux et les fleurs montrent dans les premiers des couleurs plus brillantes que dans les secondes. On ne voit pas en quoi cette différence de couleur constitue une aptitude plus grande à vivre dans ces climats. Au contraire, la production ou la perte de toisons chez les pores, Îles chevaux, les chiens, qui semble aussi dépendre du climat sans intervention de la sélection naturelle, sont des changements qui préservent les organismes des atteintes du froid ou de Pexcès de chaleur.
Lorsqu'il s’agit de modifications utiles ayant une valeur sélectionnelle, c’est-à-dire pouvant dans certaines Circonstances conserver la vie des organismes qui les possèdent, on peut concevoir qu'elles se fixent par sélection naturelle. L'expérience seule peut décider si là selection à eu lieu ou si le caractère a apparu sans son COonCours.. Lorsqu'il s’agit de moditications indifferentes, [a sélection
naturelle n'entre plus en ligne de compte.
Une seconde distinction est nécessaire. Les changements déterminés par les circontances extérieures peuvent affecter directement le corps de l'animal ou de la plante. Weismann leur donne le nom de somatogènes (1). Is
(1) Essais sur l'hérédité et La sélection naturelle. Trad. DE VARIGNY ‘Paris 1892 p. 537
peuvent au contraire affecter directement le plasma germinatif (les cellules reproductrices) et avoir leur répercussion dans l’organisme à partir de la génération suivante. Weismann les désigne sous le nom de blastogè-
nes. (1) à
L'école de Weismann admet la transmission héréditaire des caractères blastogènes acquis par l’influence du milieu. Lui-même range dans cette catégorie certaines difiérences qui séparent les variétés locales et qu’on peut parfois reproduire artificiellement par lélévation de la température, etc. (2) Ce facteur d'évolution est absolument distinct de la sélection naturelle et il ne faut pas en méconnaître l’importance. La sélection naturelle n’est donc pas suffisante à tout dans l’évolution organique, et le titre choisi par Weismann dans les articles — dont nous parlerons bientôt — de The Contemporary Review (The allsufficiency of natural selection) n’est pas exact.
Il n’est pas toujours facile de décider si un changement est somatogène ou blastogène. Rien même n'empêche a priori qu'une modification ne se produise en même temps et dans le même sens sur le corps de l'individu et sur le plasma germinatif, surtout lorsqu'il s’agit de changements dans lesquels l'organisme est plutôt passif, comme ceux qui dépendent de l'influence du climat ou de la nourriture. Dans ce cas, la théorie de Weismann permettrait d'expliquer qu'un caractère qui apparait dès que les organismes se trouvent dans certaines conditions, s’accentue par une action prolongée sur les générations successives. On peut concevoir que la faculté d'adaptation manifestée par les individus appartient également à l'espèce comme telle et s'exerce par les organes propagateurs de l’espèce, c’est à dire par les cellules reproductrices. L'on comprendrait ainsi le caractère adaptatif de certains changements blastogènes, Cela n'est peut-être pas d'accord avec certaines idées philosophiques, mais cela s'accorde fort bien
(4) Ibid.
(2) Vortrüge über Descendenttheorie. vol, I p. 153-154
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