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Nägeli distingue d’une part la perfection intrinsèque des êtres vivants consistant principalement dans la division du travail et le degré plus élevé d'organisation, d'autre part l'aptitude plus ou moins grande des individus à conserver leur vie dans le milieu où ils se trouvent. Cette aptitude à un haut degré est compatible avec n'importe quel degré d'organisation. Les caractères strictement adaptatifs forment la dernière catégorie ; leur existence à pour cause, d’après-lui, les influences extérieures et la sélection naturelle, tandis que le degré de perfection organique est dù à une tendance interne (vervolkommungs-princip). (1)
Eimer à cherché, principalement par l'étude des papillons, à découvrir les lois internes de l’évolution. Voici comment elles sont résumées par Dennert (2): 1. Loi générale des dessins : Les lignes longitudinales se transforment en taches, les lignes transversales en teintes continues. 2. Loi des modifications locales à direction déterminée : De nouveaux dessins progressen@ d'avant en arrière et de haut en bas ou inversement ; les anciens disparaissent de la même façon. 3. Loi de la prépondérance masculine : Généralement les mâles devancent les femelles d’un degré dans lévolution. 4. Loi de la prépondérance de l’âge : Les nouvelles propriétés se manifestent à l’îige adulte, à l’époque de plus grande vigueur. 5. Loi de l’évolution ondulatoire : Pendant la formation de l'individu une série de changements parcourt le corps de l'animal dans une direction déterminée. 6. Loi des évolutions parallèles indépendantes : Des directions évolutives semblables agissent sur des formes non alliées et produisent des phénomènes de convergence. 7. Loi de l’évolution inégalement avancée : Dés caractères différents de la même forme peuvent se développer à différents degres et dans des directions différentes. 8. Loi de l’évolution unilatérale : Les descendants ne représentent pas un mélange parfait des propriétés de leurs parents, mais
(1) Cf. THOMAS HUNT MORGAN 0p. cit. p. 325 sq. (2) Op. cit. p. 36.
Théorie de De Vries.
La
se rapprochent davantage de l’un d’eux. 9. Loi de la régression : Les tendances évolutives peuvent se retourner et revenir à leur point de départ. 10. Loi de l'arrêt de l’évolution: Souvent l’évolution s'arrête longtemps à la même phase.
On peut rattacher aux tendances internes les facteurs téléologiques d’évolution admis par J. Ward: la tendance à la «conservation propre » et la «sélection hédonique, » c’est à dire le plaisir. (1) Nous avons vu que Darwin lui-même admettait des lois de croissance indépendantes de tout autre facteur d'évolution. Il entendait par là surtout la loi de corrélation, en vertu de laquelle certains orga nes varient toujours simultanément.
Weismann a attaqué vivement les tendances internes dans Studien zùr Descendenzlehre (1876) et plus récemment dans Gedanken zur Vererbungsfrage (1895). Ses objections ont été rencontrées par Stôlze (2) qui leur a opposé des réponses à @otre avis très satisfaisantes.
La nature des tendances internes reste toujours fort obscure, mais leur existence nous paraît extrêmement probable.
Cette probabilité se trouve accrue par limportance de plus en plus grande attribuée par les biologistes aux modifications brusques des formes comme opposées aux changements par degrés insensibles. Darwin déjà avait reconnu l'existence de ces deux sortes de variations, (3) mais il avait accordé peu d'importance aux variations brusques et considérait les variations lentes comme fournissant presque exclusivement la matière de la sélection naturelle.(4)
(A) Naturalism and Agnosticism vol, 1 p. 290 sq.
(2) Von Kôlliker ‘’s Slellung zur Descendenttheorie, Münster 1901 pp. #4 sq.
(8) Descent of man p. 154,
(4) Origin of Species p, 289.
La réalité des variations brusques et leur influence sur
l’évolution des formes organiques à été mise en lumière” par Hugo De Vries (1). Les faits sur lesquels il s'appuie sont empruntés uniquement au règne végétal. Nous allons exposer Son système dans ses grandes lignes.
Laissant de côté les modilications qui résultent de l’hybridation et aussi les caractères inconstants qui constituent les demi-races et les races doubles, on peut observer dans les formes vivantes des modifications de diverse nature. D'abord les formes présentent dans les individus des difrérences qui proviennent de ce que chaque caractère oscille autour d'une moyenne. Ces oscillations se produisent suivant la loi de Quételet, c'est à dire que les déviations sont d'autant plus rares qu'elles s'écartent davantage de la moyenne. On peut, en sélectionnant les individus qui présentent des déviations extrêmes, obtenir des races dans lesquelles les déviations dans un sens déterminé se multiplient de telle sorte que la moyenne se déplace, Mais, contrairement à lopinion de Darwin et de son école, on atteint après quelques générations une limite infranchissable, En outre, la moyenne artificiellement obtenue exige une sélection continuelle pour être conservée et le nombre de générations pendant lesquelles la sélection s'exerce ne lui confère aucune stabilité. De Vries donne le nom de fluctuations à ces oscillations. Elles ne jouent aucun rôle dans l'évolution des espèces,
Les formes vivantes subissent des changements plus importants qui portent le nom de mutations. Tandis que
les fluctuations présentent tous les degrés intermédiai-
res entre les extrèmes, les mutations constituent des
changements brusques et —: sauf les restrictions que
nous allons indiquer bientôt — elles sont fixées et se transmettent fidèlement par voie d'hérédité dès le premier
. moment de leur apparition.
Les mutations sont de deux sortes. (2) Les unes con-
(1) Species and Varieties, their origin by mulation. Chicago 1903. (2) Op. cit. pp. 141 — 152 — 224 — 459.
sistent dans l'acquisition de caractères nouveaux qui ne se rencontrent pas chez les ancêtres, ni dans les formes voisines. Elles affectent plus ou moins tous les organes de la plante. Elles sont un pas en avant et réalisent un nouveau type, c’est à dire une nouvelle espèce végétale. De Vries donne à ces espèces le nom d'espèces élémentaires pour les distinguer des espèces systématiques (groupements plus ou moins artificiels adoptés par les botanistes et contenant généralement plusieurs espèces élémentaires). Ces espèces élémentaires constituent les anneaux de la chaîne de l’évolution.
D'autres mutations donnent lieu à des variétés, soit régressives, Soit ataviques. Les premières naissent par la disparition d'un caractère de la forme-souche : poils, épines, coloration, ete. Ces caractères, néanmoins, deviennent latents, et ne disparaissent pas en général d’une façon définitive. Dans certaines circonstances ils peuvent reparaitre en tout ou en partie. Ce phénomène donne naissance aux variétés ataviques caractérisées par l'apparition d’un caractère qui n’est pas réellement nouveau et qui de fait se retrouve souvent dans des groupes étroitement alliés. (1)
L'existence des caractères latents qui peuvent être plus. ou moins nombreux et réparaître plus ou moins complètement, explique aussi l’existence des demi-races et des races doubles dans lesquelles des formes différentes apparaissent. Telles sont les plantes qui modifient considérablement leurs organes suivant qu'elles vivent dans l'air ou dans l’eau, qu'elles croissent sous un climat sec ou humide. (2) 3
Les mutations obéissent aux lois suivantes :
I. Les espèces élémentaires apparaissent soudainement, sans transformations intermédiaires.
II, Les nouvelles formes se détachent latéralement de la forme dont elles sont issues. Cette dernière continue : en général à vivre côte à côte avec ses filles.
(1) Op. cit. pp. 219 — 221 — 248 — 249 — 630. (2) p. 445.
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