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c’est à dire la dégradation de l'énergie ou accroissement de lentropie dont nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion de parler.
Si le système solaire marche vers une situation où tout le mouvement visible sera converti en chaleur, c'est qu’alors toutes les planètes seront réunies définitivement au soleil et ne formeront plus qu'une masse unique. Ce sera l’intégration de la matière constituant le système, mais ce sera aussi la fin du système lui-même et des astres particuliers, par la perte de teur individualité. Pour les corps qui constituent le système solaire, ce sera la dissolution aussi bien au point de vue de leur existence propre que de leurs mouvements.
D'une façon générale, dans tous les agrégats, un relàchement dans les liens qui unissent les parties sera accompagné d'une diminution dans la cohésion de leurs mouvements. Il ne faut pas confondre la désintégration : du mouvement avec sa différenciation. Celle-ci appartient au procès progressif et est parfaitement compatible avec une coordination et une cohésion croissantes. Lorsqu'il s'agit des agrégats sociaux, il ne faut pas non plus se figurer que toute coordination des mouvements doive être nécessairement réglée par la loi et déterminée par la contrainte. Le progrès moral des individus peut être assuré dans une large mesure par la coordination spontanée de leurs mouvements et, dès lors, permettre l'existence d’une liberté plus grande, sans que la cohésion de l'ensemble s’en trouve amoindrie,
L'absorption du mouvement qui détermine parfois la dissolution de l’agrégat, n’est pas à proprement parler une intégration de mouvement par l’agrégat ; car ces mouvements destructeurs, au lieu d'être communiqués à l’ensemble comme tels ou aux parties en vue du tout, aflectent au contraire les parties prises isolément et tendent à les séparer.
La dissolution est déterminée par toute circonstance qui détruit les liens physiques ou moraux qui existent entre les parties, Au lieu de caractériser la dissolution, comme le fait Spencer, par l'absorption du mouvement, nous
préférons la définir par la désintégration du mouvement accompagnant la désintégration de la matière, ainsi que nous venons de lexpliquer.
Nous ne pouvons pas davantage être d'accord avec Spencer l’orsqu’il considère la dissolution comme le terme vers lequel tend l'évolution et encore moins lorsqu'il l'envisage comme un procès qui succède normalement à l’équilibre. Il n’est pas trop difficile de démèêler les préoccupations sous l'empire desquelles Spencer professe en cette matière. des opinions qui sont, comme nous le verrons, si peu plausibles. Il conçoit la dissolution comme le point de départ d'une évolution nouvelle ; et, la considérant alors comme l'aboutissement de l'évolution par l'intermédiaire de l’équilibre, il constitue un cycle de phases — évolution, équilibre, dissolution, évolution, ete. — qui su succèdent fatalement et à linfini.
Ce que nous avons dit au sujet de léquilibre nous fait entrevoir le peu de solidité de cette construction ; ce qui nous reste à dire ici fera comprendre au lecteur pourquoi nous la considérons comme absolument ruineuse. Voici comment Spencer s'exprime : « Quand l’évolution a accompli son cours, quand Pagrégat a, à la longue, abandonné son excès de mouvement et reçoit d'ordinaire de son milieu autant qu'il perd, quand il à atteint cet équilibre où tous les mouvements viennent finir, il reste soumis à toutes les actions de son milieu qui peuvent accoitre la quantité de mouvement qu'il contient, et qui, dans le cours du temps, donneront assurément à ses parties, d’une manière lente ou subite, un excès de mouvement capable d'en causer la désintégration. Selon que son équilibre est très instable ou très stable, sa dissolution peut se faire très rapidement ou être infiniment retardée, s’opérer en quelques jours ou être ajournée jusqu’après des millions d'années. Mais, en définitive, il doit venir un temps où cet agrégat, exposé à tous les accidents qui dépendent non seulement des objets de son voisinage immédiat, mais d’un univers partout en mouvement, périra