AIRES
seul où en compagnie des agrégats environnants par la décomposition de ces parties. » (1)
Dans les lignes précédentes Spencer considère la dissolution comme le fait du milieu agissant sur lagrégat qui est arrivé à l'équilibre après avoir achevé son évolution. Nous avons déjà fait observer qu'il n’y a aucune
aison d’assigner un terme à toute évolution, par exemple, à \ évolution sociale ou à l’évolution organique de l'espèce. Evidemment ces procès peuvent être arrêtés par des circonstances “extérieures, mais de leur Eu ils sont indétinis.
En outre, l'équilibre qui serait précurseur de la dissolution est, d’après Spencer, léquilibre absolu. Or, seule l’évolution des êtres inorganiques qui n’ont pas de source extérieure d'énergie, tend de sa nature vers ce terme. La conception de Spencer n’a donc en tous cas pas une portée générale. Elle ne nous paraît même admissible à aucun degré.
En effet, la dissolution par le fait du milieu, non seulement n'est pas solidaire de Pétat d'équilibre qu’on assigne comme terme à lévolution, mais elle peut se produire à un moment quelconque de l'évolution et cela d'autant plus facilement que celle-ci est moins avancée. Plus les éléments sont intégrés, plus ils offrent de résistance à une action extérieure qui tend à les séparer ; et vice-versa cette résistance est d'autant moindre que l'intégration est moins complète.
Quelques exemples montreront le bien fondé de cette remarque d'ailleurs assez évidente, Un éditice peut être renversé par le vent, un corps solide ou liquide volatilisé par la chaleur, un astre détruit par le choë avec un autre, une plante où un animal peut succomber par l'action des causes mécaniques ou des microbes, une société peut être détruite par un peuple voisin. Dans tous ces cas, la dissolution peut se produire à un moment quelconque de l'existence de ces agrégats,
(0) P. P, p. 567 # 477 = EF, P, p, MS,
En outre, un édifice en construction est renversé plus facilement par l'ouragan ; le liquide moins intégré que le solide, se volatise -plus aisément ; la dissipation de la matière des astres qui se heurtent ne peut être que favorisée par la chaleur qu’ils possèdent avant le choc; un organisme très jeune, végétal ou animal, succombe plus facilement aux blessures et aux maladies ; un peuple naissant est plus aisément détruit.
Que si l'on objecte la caducité des organismes vieux, sociaux ou individuels, nous répondrons que cette condition dans laquelle ils se trouvent, tout comme la mort à laquelle elle aboutit, est un. eflet de la dissolution, et ne peut en aucun cas être considérée comme le terme de l’évolution.
La dissolution, lorsqu'elle atteint un certain degré incompatible avec l'unité propre à l’agrégat, met fin à l’évolution, ou, en tous cas — si l’évolution est terminée avant qu’elle n’ait eu lieu — elle met fin à l'existence que l’évolution avait fait naître. C’est en ce sens seulement que ces deux procès sont corrélatifs : ils déterminent le commencement et la fin des êtres matériels. Mais nous croyons qu'il faut les considérer comme absolument indépendants à tous les autres points vue et notamment par les causes ou les circonstances qui les déterminent. La confirmation de cette manière de voir résultera de l'étude inductive du sujet.
Spencer envisage d’abord la dissolution des sociétés. Elle consiste dans la désorganisation, c’est à dire dans Ja destruction plus ou moins complète des organes sociaux. L'armée est dispersée ou licenciée ou en révolte contre ses chefs ; ceux qui étaient investis du pouvoir central ont disparu ou sont dépossédés; les chambres législatives sont dissoutes; le pouvoir exécutif est impuissant. Ces effets, plus ou moins complètement réalisés, peuvent avoir pour motif une invasion étrangère ou une révolution intestine,
l'une et l’autre pouvant être déterminées par des causes variées.
On s'attend à ce que Spencer mette en lumière ici que la dissolution de la société est l'aboutissement de son évolution. De fait, il ne s’y emploie guère. Voici tout ce qu'il dit à ce sujet : « Le Japon nous offre un bon exemple dé la manière dont ces désintégrations sont susceptibles d’être mises au jour dans une société qui atteint la limite du développement du type auquel elle appartient, et atteint un état d'équilibre mobile. » (1) Et un peu plus loin : « Là même où une société” parvenue à l'apogée du développement que permettait le caractère de ses unités, commence à dépérir et entre en décadence, la dissolution progressive qui s’y manifeste est encore de même nature. » (2) Ces passages montrent que Spencer suppose la thèse, mais n’en apportent aucune confirmation.
En réalité, toute organisation est exposée à des ennemis intérieurs et extérieurs. Toutes choses égales d'ailleurs, elle résistera d'autant mieux à leur action qu’elle est plus solide, c’est à dire mieux intégrée. Un grand danger pour un organisme social c'est de ne plus être en harmonie avec le situation et les aspirations du peuple, mais ce fait est le résultat, non pas de l'évolution, mais plutôt d’un arrêt anormal de celle-ci. Il se peut aussi qu’une organisation, sociale devienne caduque, parce qu’elle s’est laissée envahir par les abus; mais encore une fois ce résultat n'a rien de commun avec l’évolution. Elle est au contraire le résultat de l’action destruetive qu’exercent déjà sur la société les causes internes qui provoqueront un jour son effondrement, C’est le procès de dissolution qui s'établit, L'organisme social luttera contre lui avec succès, où il sera finalement désagrégé. Ce procès. de dissolution entrave l'évolution et s'il l'emporte, finit, non seulement par l'arrêter, mais encore par défaire ce qu’elle avait réalisé, Les deux procès sont done opposés et dus à des
(4) P, P. p. 558 K 178 — EF, P, p. A7
causes indépendantes, bien que l’un soit le prolongement naturel de l’autre.
La même conclusion est amenée par la considération des organismes vivants. Remarquons d'abord que leur véritable dissolution est la mort, et non pas la dispersion de leurs éléments qui arrive parfois après. A la mort l'être vivant n'existe plus, lunité qui le caractérise a disparu. Celle-ci, comme nous l'avons dit autrefois, ne consiste pas dans la juxtaposition des atomes, mais bien dans les liens étroits qui unissent entre elles les différentes parties. Cette unité se manifeste dans la vie organique par lintime subordination et coordination des organes, mais surtout dans la vie psychique, dans laquelle toutes les perceptions aflectent le même sujet qui réagit par des mouvements appropriés de l'ensemble.
Dès que la mort a envahi l'organisme, cette unité n'existe plus. Nous négligeons la question de savoir si la mort est, oui où non, progressive, si la vie organique persévère pendant quelque temps lorsque la vie psychique à détinitivement cessé. Nous considérons le moment où la vie a pris fin et nous disons que dès ce moment les différentes parties de l'organisme n’ont plus d'autre unité que n’en possèdent des corps bruts quelconques juxtaposés ou rattachés les uns aux autres. Les éléments du corps vivant ont donc repris leur indépendance et n’ont plus entre eux aucune des relations qui caractérisent la vie ; dès lors, la dissolution est accomplie.
Rien n'empêche de considérer la dispersion des éléments qui souvent est consécutive à la mort et d'y voir également un phénomène de dissolution ; mais ce n’est point la dissolution d’un être vivant, c’est la dissolution d’un corps organique absolument pareille, dans sa nature et dans ses résultats, à celle que peut présenter un agrégat de matière quelconque n'ayant jamais rien eu de commun avec la vie. Dès lors, les considérations que fait Spencer sur les conditions qui favorisent ou entravent la décomposition des cadavres n'offrent pour la question actuelle aucun intérêt.
Cela étant posé, il est d’abord évident qu’un organisme peut mourir de mort violente ou par suite de maladie à un moment quelconque de son évolution et que la mort n’a donc avec cette évolution aucun rapport nécessaire. Nous pensons qu’elle n’en à point d'autre que de l’entraver plus ou moins et que pour le reste, les procès d’évolution et de dissolution sont, ici encore, entièrement indépendants. La chose est évidente pour les cas et dans la mesure où la mort est due à l'action des causes extérieures accidentelles. La même interprétation s'impose, lorsqu'on la considère comme la conséquence des causes internes ou normales.
En eflet, l'évolution individuelle aboutit à une situation d'équilibre lorsqu'elle a rejoint le stade de lPévolution atteint par l'espèce. À priori, rien n'empêche cet état de durer indéfiniment. Pour comprendre qu'il prend fin, il faut tenir compte d'un procès de dissolution qui, en réalité, prend naissance en même temps que l'individu. Cette dissolution va en progressant, d'abord parce que l'organisme est inca-' pable de réparer complètement les avaries qu’il subit inévitablement dès le commencement de lexistence, ensuite parce qu'il élimine imparfaitement les matières inutiles qui s'y introduisent ou les matériaux qui ont été déjà utilisés et qu'on appelle les résidus organiques. Ainsi, d’une part, les organes s’usent par des lésions plus ou moins notables qui vont s’accumulant ; d’autre part, les tissus s'encombrent de matières incrustantes ou dégénérées. Il arrive un moment où l'organisme est définitivement incapable d'exercer les fonctions vitales essentielles et où l'être vivant cesse d'exister.
Que l’on considère ce que nous venons de dire comme produit par la lutte des forces inorganiques contre les forces vitales, ou d'une autre façon quelconque, ce qui nous parait incontestable, c'est que la dissolution est un procès parallèle à l’évolution et qui en est indépendant.
Il n’est donc pas admissible qu’on les considère comme des phénomènes alternatifs, se succédant, de par leur nature, l'un à l'autre et constituant ainsi un cyele indéfini.
Quant à la dissolution des agrégats inorganiques : des corps liquides ou solides, de la Terre où d’un astre quelconque, nous en avons dit assez pour montrer qu'elle n'offre pas non plus une base sérieuse à la conception de Spencer. Ces êtres tendent vers l'équilibre stable, mais leur dissolution est un procès absolument indépendant de leur intégration.
De ce qu’il n’y à pas entre les procès d'évolution et de dissolution la connexion que Spencer imagine, il ne suit pas qu'il ne puisse exister parfois entre eux certaines relations qu'il est intéressant d'examiner, notamment dans les êtres organisés, Nous venons de rappeler que pendant l'existence de l'individu ces deux procès sont généralement coexistants, en ce que certains changements qu'il subit contribuent à l'intégrer davantage, tandis que d’autres qui s’y accomplissent simultanément poursuivent ou préparent sa dissolution. Il peut arriver aussi que le procès de dissolution ne concerne qu'une partie de l'agrégat, un organe de l'individu ou de la forme vivante, sans compromettre l’existence de l’ensemble,
On donne souvent à la dissolution, envisagée ainsi, surtout dans la forme, le nom de régression ou d'évolution régressive. L'importance de son rôle se révèle, dès qu’on réfléchit qu'un changement subi, par- exemple, par une forme organique entraîne fréquemment, outre la production ou le développement de certaines parties. la disparition ou l’amoindrissement de certaines autres.
Afin de mieux nous rendre compte du caractère de l’évolution régressive dans les êtres vivants, considérons difrérentes circonstances dans lesquelles elle se produit.
Il se peut d’abord que la disparition d’une partie de l’agrégat seit simplement la conséquence du développement d’une autre : un nouvel organe se forme au dépens d'un organe
-préexistant.
Le cas le plus simple consiste dans la transformation directe d’une partie en une autre. Les feuilles se transforment en les différents organes de la fleur, les membres se transforment en nageoires, la vessie notatoire se
transforme en poumon etc. C’est le même phénomène qui est à la fois progressif et régressif d’après le point de vue auquel on se place. Toutefois l’un des deux caractères sera considéré comme prédominant, suivant que l’organe nouveau est plus ou moins élevé en organisation que celui qu'il remplace. D’autres fois, la disparation de certains organes est impliquée dans un procès d'intégration : ainsi l’intégrégation des vertèbres, ou bien la soudure des os dans les extrémités des membres de certains animaux entraine la disparition des articulations et des organes accessoires. S2
Un second cas à considérer, c’est la régression d’organes devenus inutiles, soit que leur fonction ait été dévolue à d’autres organes, soit que cette fonction ait cessé d'exister,
Telle la disparition des branchies chez les animaux à.
respiration aérienne, des stomates dans les feuilles des plantes aquatiques, la régression des dents des baleines, l’atrophie des organes de la vue chez les animaux qui habitent les cavernes ou les abimes océaniques. Il n’est pas toujours facile de décider si c’est la cessation de la fonction qui a déterminé la régression de l’organe, ou bien si c’est la disparation de l'organe qui a eu comme conséquence la suppression de la fonction. Les ailes de l’autruche, du castor, des pingouins sont-elles réduites parce que les ancêtres de ces oiseaux ont renoncé au vol ? Les membres des orvets sont-ils rudimentaires parce que ces animaux se sont habitués à se traîner sur le sol ? Ou bien dans les deux cas faut-il adopter l'hypothèse contraire ?
Lorsque la fonction qui a disparu n'était plus utile et que l'organe n’était donc plus d'aucun usage, on jugera sans crainte de se tromper que c’est le manque d'usage de l'organe ou son manque d'utilité qui a déterminé sa disparition. Dans ce cas, le phénomène de régression ne peut pas être considéré comme un acheminement vers la dissolution de l'organisme dans son ensemble, C'est la régression de l'organe, mais non pas la régression de l'organisme.
Il faudrait en juger autrement s’il s'agissait d’une fonction
évidemment utile, Dans ce cas on ne pourrait expliquer sa cessation que comme une conséquence de l'atrophie de l'organe correspondant, et cette régression serait un pas en arrière pour l'organisme tout entier.
Nous rangerons donc dans une troisième catégorie les disparitions d'organes qui ne s’expliquentpas par la disparition préalabe de la fonction.De telles régressions sont nombreuses dans l'existence des individus et on doit les considérer comme préparant la dissolution finale. Mais existent-elles aussi dans l’évolution des formes ?
Même les partisans de l'efficacité universelle de la sélection naturelle ne nieront pas qu'une transformation progressive et utile peut se produire en même temps qu'une modification régressive et nuisible, surtout s'il y a quelque connexion entre l’une et l’autre et que l'ensemble des deux caractères constitue un avantage. Ils admettront également qu'une transformation peut être favorable à l'organisme dans ‘les circonstances particulières où il se trouve, quoique, au point de vue de la perfection intrinsèque de la forme, elle constitue un recul. Une taille très grande, des organes trés complexes et par suite très déliclats peuvent être, dans certains cas, des
désavantages dans la lutte pour la vie.
Si l’on n’admet pas que la sélection naturelle doit rendre compte de tous les changements des formes vivantes, on ne verra pas de difficulté à adopter la conception de De Vries que nous avons rapportée plus haut au sujet de la naissance des variétés, et l’on se fera ainsi une idée plus complète de la simultanéité des procès d'évolution et de dissolution dans les organismes. « L’avancement général la de nature vivante, dit cet auteur, dépend de l'évolution progressive. Dans les différentes parties du règne végétal et même dans les différentes familles, cette progression à lieu suivant des lignes différentes, Il en résulte une divergence croissante entre les groupes. Chaque pas est un progrès et bien des pas en avant ont dù être faits pour que des plantes florifères naissent des
algues monocellulaires les plus simples.
« Mais en relation et en connexion très intime avec ce progrès, on rencontre l’évolution régressive. Elle est également üniverselle ; peut-être ne fait-elle jamais défaut, Il ne s’est pas accompli de grands changements sans que, d’une part, des qualités nouvelles aient été acquises, et d'autre part, des qualités soient devenues latentes. Partout ces régressions s’obServent. Les genres polypétales pyrola, ledum et monotropa parmi les bruyères sympétales en sont un exemple remarquable. Toute l’évolution des monocotylédonés à partir des ordres inférieurs de dicotylédonés implique la perte apparente de la croissance du cambium et de beaucoup d’autres qualités. Dans l'ordre des aroïdées depuis l’acorus calamus avec ses fleurs petites mais complètes, jusqu'aux lentilles d’eau (lemna) presque entièrement réduites, on peut tracer une ligne ininterrompue d'étapes intermédiaires montrant partout la coexistence de l’évolution progressive et régressive. » (1)
On peut concevoir d’après cela qu'une série de phénomènes régressifs,surtout s'ils affectent les organes de reproduction, amène la disparition de la forme, comme l’évolution régressive de l'individu aboutit à sa mort. C'est un fait que des formes nombreuses se sont éteintes pendant les périodes géologiques sans laisser de descendants. Sans doute, ces disparitions peuvent s'être produites parce que les circonstances extérieures de climat ou de nourriture ont été modifiées, ou parce que ces organismes ont succombé dans la lutte pour l'existence contre des nouveaux-venus. Darwin n'admet pas qu'on ait recours à une autre explication. Cependant, rien ne nous autorise à affirmer que ces causes ont agi dans tous les cas et que jamais la destruction complète d'un groupe n'a été la conséquence de la dégénérescence générale de tous ses représentants. On en arriverait ainsi à envisager les formes comme ayant une durée d'existence limitée de même que les individus, Nos connaissances actuelles ne nous permettent guère d'apprécier la légitimité de cette conception. (2)
a) à pecies and Varielies, Their origin by mutation. p. p. 221-222 (2) ef, Féiix BERNARD. Éléments de Paléontologie, Paris, 4895, pp. 844.
sb. nd
er nd dt ta du à em mn dé tn dd, ds ‘ntfs de délit) 7 à dr di SAR ET à
Le procès de régression à fait l’objet d’une étude intéressante dans laquelle les auteurs se sont appliqués à montrer dans l’évolution sociale des phénomènes semblables à ceux qui se produisent. dans l'évolution organique. (L'évolution régressive en Biologie et en Sociologie par J. DE Moon, J. Massanr et E. VANDERVELDE, Paris 1897). Ils font voir aussi que ni la théorie, ni lexpérience ne permettent d'affirmer que la régression suit l’ordre inverse de l’évolution progressive. (1)
Nous savons déjà que, d'après De Vries, la régression ne fait pas en général disparaître radicalement les caractères, mais les rend latents, de sorte que leur réapparition, quoique moins fréquente que leur disparition, serait cependant un phénomène normal. Il lui donne le nom d’atavisme systématique. On ne pourrait donc pas, comme le voudraient les auteurs que nous venons de citer, ériger en loi générale soumise à de rares exeptions, l'irréversibilité de l'évolution régressive. (2) L'état latent des caractères est d’ailleurs un fait d'une assez grande fréquence, comme il ressort des lois de Mendel, (3)
Il nenous parait pas non plus démontré que la limitation des moyens de subsistance puisse être érigée en cause générale des phénomènes de régression. Celle-ci est fréquente chez les espèces domestiques auxquelles la nourriture ne fait en général pas défaut au point que la croissance d'un membre inutile constitue un désavantage dans la lutte pour la vie. Weismann recourait dans ces cas à la panmixia, comme nous l'avons rapporté. Ensuite, le développement de certains organes mème très importants, comme l'œil par exemple, ne représente pas une quantité de nourriture appréciable. Tout le monde n’admet pas non plus que l’atrophie des organes sexuels chez les abeilles neutres est une conséquence de l'insuffisance de la nourriture. Des circonstances extérieures peuvent agir comme stimulants
(4) p. 165 sq. (2) p. 2114 sq.
(3) ef. DE VRIES 0p. cit. p. 216 sq.
Dernier problème.
sans être des causes véritabes, et de fait, les différences qui séparent les insectes neutres des formes sexuées ne se réduisent pas à l’atrophie des organes reproducteurs. Enfin les auteurs admettent eux-mêmes des cas d’atrophie nombreux dont il est impossible d’assigner la cause. (1)
Il reste à résoudre un dernier problème. « L'évolution dans son ensemble, dit Spencer, aussi bien que l’évolution dans ses détails, marche-t-elle vers le repos complet ? L'état de privation absolue de mouvement, appelé mort, qui termine l’évolution dans les corps organiques, est-il le type de la mort universelle au sein de laquelle l’évolution universelle tend à s’engloutir? Entin, devons-nous considérer - comme la fin des’ choses un espace infim peuplé de soleils éteints, vouës à l’immobilité éternelle ?
« À cette question spéculative, il ne peut y avoir qu'une réponse spéculative. Celle qu'on peut hasarder doit être considérée moins comme une réponse positive, que comme une objection à la conclusion qui prétendrait que le résultat prochain est le résultat définitif. Si, poussant à l'extrême largement que l’évolution doit aboutir à un équilibre ou repos complet, le lecteur conclut que, quoiqu'il puisse arriver de contraire, la mort universelle continuera indéfiniment, il est légitime d'indiquer comment en poussant l'argument encore plus loin, nous sommes conduits à inférer une nouvelle vie universelle. » (2)
Voici la conception que Sqencer propose : toutes les éloiles de notre système sidéral étant soumises à la force de gravitation, il faut qu'il y aît un monvement d'ensemble qui rapproche ces astres et finisse par les précipiter les uns sur les autres. Ce choc réduira la matière des étoiles à un état nébuleux, à partir duquel l’évolution stellaire pourra recommencer,
(1) p. 271 sq, (2) P, P, p. 567-5608 $ 1#2 F, P. p. 424,
« Il faut pourtant, ajoute Spencer, indiquer une condition essentielle de l’entier accomplissement de ce résultat ; je veux dire que la quantité de mouvement moléculaire rayonnée dans l’espace par chaque étoile, tandis qu’elle se forme au sein de la matière diffuse, ou bien ne doit pas s'échapper de notre système sidéral, ou doit être compensée par une quantité égale de mouvement moléculaire envoyé dans notre système sidéral par les autres parties de l’espace. En d’autres termes, si notre point de départ est la quantité de mouvement moléculaire que suppose l'état nébuleux de la matière de notre système sidéral, il résulte de la persistance de la force que si cette matière subit la redistribution qui constitue lévolution, la quantité de mouvement moléculaire abandonné durant l'intégration de chaque masse, plus la quantité de mouvement moléculaire abandonnée durant l'intégration de toutes les masses, doit suflire à les réduire de nouveau à la même forme nébuleuse. » (1)
Dans l'hypothèse adoptée ici par Spencer, le mouvement moléculaire répandu dans notre système stellaire, augmenté de l'énergie que représentent les mouvements visibles des astres, suflira en eflet pour réduire la matière stellaire à l’état nébuleux qui a servi de point de départ, mais seulement à condition que ce mouvement moléculaire soit communiqué intégralement à la nouvelle nébuleuse au moment où elle est produite. Or, c’est ici que la théorie de Spencer est en défaut. Au moment où les étoiles tombent les unes sur les autres, leurs mouvements visibles se transforment en une quantité de chaleur qui suffit peut-être pour réduire leur matière à l’état nébuleux ; mais le mouvement moléculaire qu’elles ont perdu auparavant, pendant leur condensation, ne prend. aucune part à cette transformation et n’est par conséquent pas communiqué à la nébuleuse. Celle-ci contiendra done moins de mouvement moléculaire qu'elle n’en possédait lorsqu'elle a commencé la première fois à se condenser ; et à chaque nouveau
cycle elle en perdra davantage ; d’où, comme aboutissement final, le repos absolu.
Que le mouvement perdu par le rayonnement des astres soit demeuré dans le système stellaire, cela n’est d’aucun secours. On peut, en effet, concevoir deux hypothèses : ou bien l’éther qui forme la trame du système s'étend dans un espace très grand par rapport au volume de la nébuleuse, ou bien la nébuleuse remplit à peu près tout l'espace occupé par l’éther. Dans ce dernier cas, la nébuleuse ne peut pas perdre une quantité appréciable de chaleur par rayonnement. Elle conservera sa température et, par conséquent, son état nébuleux qui en est la conséquence. Dès lors il n’y a ni condensation ni évolution possible : ce sera l’équilibre de température et la suppression de tout mouvement visible promptement réalisé. Le résultat sera le même si, choisissant l'hypothèse d’une grande étendue de l’éther par rapport à la nébuleuse, on suppose que cette dernière reçoit d’autres parties de l’espace autant de mouvement moléculaire qu’elle en rayonne. La concentration n’est possible que si la chaleur est rayonnée dans les espaces remplis d’éther qui s'étendent au loin et n'est pas restituée par un rayonnement équivalent. Mais dans ce cas aussi la chaleur rayonnée est irrémédiablement perdue pour la nébuleuse. Les espaces compris dans ses propres limites auront toujours une température plus élevée que ceux qui s'étendent au delà ; ceux-ci ne pourront donc jamais lui céder l'énergie qu'ils ont recueillie.
Spencer admet que les alternatives de concentration et de diffusion se succèderont sans fin, pourvu que l’énergie rayonnée par les masses astrales demeure dans le système stellaire, ce qui exige qu'il soit limité ou qu'il reçoive du dehors autant de mouvement moléculaires qu'il en communique. Nous venons de voir que cela ne suñit pas.
Ce qu'il s'agit d'éviter, ce n’est pas seulement la dissipation de l'énergie hors du système stellaire, c’est sa distribution uniforme dans ce système lui-même. La condensation suppose le refroidissement et celui-ci exige une diflérence de température, Or, la chaleur que les corps
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sidéraux perdent par le rayonnement vers les espaces interstellaires ne peut jamais leur être restitué sous aucune forme. Quelles que soient done les alternatives de refroidissement accompagné de concentration et d’échauffe-" ment parle choc accompagné de diffusion, la marche générale est un acheminement vers l'équilibre de température et l'absence de mouvement visible. En eflet, à chaque phase de diffusion, la température de la nébuleuse sera diminuée de toute la chaleur rayonnée pendant la concentration précédente, en supposant même que tout le mouvement visible des masses astrales se transforme par le choc en chaleur. Le volume de la nébuléeuse sera donc moindre, et, par conséquent, les mouvements sidéraux du nouveau système seront réduits.
Les périodes de diffusion et de concentration ne constituent done pas un rythme indéfini, mais, tout au plus, un de ces mouvements oscillatoires qui s'arrêtent bientôt en se transformant en mouvement vibratoire du milieu. Tel le pendule qui oscille dans l'air et dont les excursions à partir de la position d'équilibre vont diminuant petit à petit.
On ne peut pas échapper à cette conclusion, et quant aux raisonnements sur lesquels elle s'appuie, ils ne sont pas moins légitimes que ceux qui annoncent un phénomène astronomique quelconque. Tout dépend de la certitude des lois et des données sur lesquelles on se base. L'immensité des espaces et des durées auxquels ils s'appliquent ne les intfirme en rien, et nous ne comprenons pas pourquoi Spencer considère ces questions comme « dépassant les limites de la spéculation rationnelle » (1) ; ce qui ne l'empêche pas de les résoudre à sa façon.
Dans l’édition de 1900 Spencer à remanié les paragraphes que nous critiquons, mais sans y ajouter rien de nouveau quant à la substance, si ce n’est que pour empêcher la diminution de lénergiée de notre système solaire, même dans l'hypothèse d’un éther sans limites, il suffit de supposer que «la température de l’espace est la même en
Evolution universelle.
dehors et à l’intérieur de notre système sidéral. » (14) Nous craignons fort que cette proposition n'ait pas l’approbation des physiciens. Nous nous abstiendrons de l’exa-
miner parce qu'elle ne modifie en rien notre conclusion.
Nous n’admettrons donc pas que l’étude l'Univers suggère « l’idée d’un passé durant lequel il y a eu des évolutions successives analogues à celle qui s'accomplit actuellement et d’un avenir durant lequel il se peut que des évolutions pareilles s’accomplissent successivement » surtout si l’on conçoit, avec Spencer, ce passé et cet avenir comme indéfinis. On accordera si l’on veut que le raisonnement fait prévoir des « renouvellements d'activité de vie » (2), toujours est-il qu’il impose à l'esprit « l’équilibre et la mort » comme aboutissement final.
Donc l'évolution générale de l'Univers matériel a eu un commencement et aura une fin. Cette fin n’est pas la fin de l'Univers, c’est à dire des corps qui le constituent, mais la fin des transformations qu'ils subissent par l’établissement d’un état d'équilibre qui consiste dans labsence de mouvement visible et Ja diffusion uniforme du mouvement moléculaire, — en vertu de la loi naturelle de la dégradation de l'énergie.