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visible un commencement etune fin définis, ou la croire isolée. Elle s’unitie avec toute existence avant ou après, et la Force que l'Univers manifeste rentre dans la même catégorie que l'Espace et le Temps, elle n’admet pas de limite dans la pensée. » (1)
Nous croyons être justifiés à dire que cette idée synthétique est en opposition avec les résultats que nous avons recueillis de l’étude de l'univers matériel. En outre, elle soulève, au point de vue spéculatif pur, des objections péremptoires. Nous allons les indiquer brièvement pour les lecteurs qui n’admettent pas avec Spencer qu'il est loisible d'adopter des conceptions, lors même que par ailleurs elles sont démontrées absurdes.
Qu'une série soit illimitée dans l’avenir, cela n’a rien d’impossible, parce que l'avenir n'étant jamais réalisé tout entier, les termes qui se succèdent les uns aux autres formeront toujours un nombre limité. Mais il n’en est plus de même si on suppose une série illimitée dans le
passé. Les termes qui la composent ont été tous réalisés ; .
ils constituent une multitude déterminée. Or, une multitude déterminée ne peut pas être infinie (2).
En outre, à chaque moment il est vrai de dire qu'un événement qui se produira seulement après un temps infini ne se produira jamais. On n'arrive jamais au bout d'un temps infini, puisque ce temps n'a pas de bout, c'est à dire de fin.
Or, si l'univers existe depuis un temps infini, certains événements sont actuellement passés depuis un temps infini, Car si toutes les phases qu'a parcourues l'univers sont passées depuis un temps fini, l'univers n'existe que depuis un temps fini, il a eu un commencement, il n’est pas éternel.
Si certains événements sont passés depuis un temps infini, les événements actuels sont, par rapport à ceux-là, le futur à l'infini. En d’autres termes, si à l'époque où
(2) CI, CARMBONNELLE, Revue des questions scientifiques. Avril 1878.
ot à
l'univers traversait la phase A supposée passée depuis un temps infini, on demandait après combien de temps se réaliserait la phase actuelle, on devait répondre : après un temps infini; et on devait conclure : elle ne se réalisera jamais. Or elle s'est réalisée ; donc admettre que certaine phase A de l'Univers est passée depuis un temps infini conduit à une contradiction. Par conséquent, aucune phase de l'Univers n’est passée depuis un temps infini. De même qu'il n'est pas possible d'atteindre ce qui est à l'infini au futur, de même il est impossible de procéder de Flinfini au passé.
Nous considérons cet argument comme démonstratif. Il assume que l’existence de l'Univers comporte une succession d'événements ou de phases, ce qui est un fait d'expérience et est aflirmé explicitement par toute théorie évolutionniste. Le prétendu retour cyelique des mêmes phases wn'infirme en rien l'argument. Il n’y à aucune probabilité que jamais une phase quelconque se reproduise exactement dans tous ses détails. D'ailleurs, deux phases même exactement semblables ne sont pas identiques, pas plus que deux hommes auxquels on attribuerait les mêmes caractères. Une existence sans commencement ne peut convenir qu'à un être qui n’est pas soumis aux Changements ; car le supposät-on immobile quoique muable, on
pourrait, dans son existence, distinguer des phases pos-
sibles, ce qui suflit, à notre sens, pour qu'il ne puisse pas ètre sans commencement.
Du moins nous croyons avoir fait voir qu'une série continue d'événements telle qu'elle est réalisée dans l'Univers ne peut sans contradiction être dite éternelle,
Aucune philosophie n’admet des propositions contradictoires ; aucune, dès lors, ne peut justifier l’aflirmation de l'éternité de l'Univers. Celui-ci a donc commencé.
Cette conclusion ne peut pas être rejetée sous le pré-
texte qu’elle est inconcevable. Nous ne répêterons pas ce
que nous avons dit à ce sujet dans la première partie
de cette étude. L'adage : ex nihilo nihil fit est une amphi-
bologie. Signilie-t-il que rien ne peut pas être la matière
dont on fait quelque chose? Cela est bien évident ; mais aussi qui l’affirme ? Veut-il dire qu'aucune chose ne peut être produite sans quelque matière dont elle soit fabriquée? C’est bien cela qui est en question. Mais nous ne connaissons aucune démonstration de ce prétendu principe et nous avouons ne pas en voir l'évidence.
La création n’est pas plus inconcevable que lattraction, la communication du mouvement, la transformation de l'énergie et mille autres sue dont lexpérience nous garantit la réalité.
Les difficultés que certaines conceptions entraînent ne doivent pas nous empêcher d’en reconnaître la vérité. « Toutes les fois, dit Pascal, qu’une proposition est inconcevable, il faut en suspendre le jugement et ne pas la nier à cette marque, mais en examiner le contraire ; et si on le trouve manifestement faux, on peut hardiment affirmer la première, tout incompréhensible qu’elle est. » (1)
Nous avons déjà dit que l’espace et le-temps, loin de n'admettre aucune limite dans la pensée, sont au contraire nécessairement conçus comme limités, pourvu qu'il s’agisse de l’espace et du temps réels. Il en est de même de la force et de la masse. Ou même, ces dernières possèdent un élément, l'intensité, qui non seulement exige a priori des limites, mais dont les limites se constatent par l’expérience.
Ensuite, si la force est illimitée — et la même chose s'applique à la masse — comment concevrons-nous la persistance de la force, c’est-à-dire « que la force conserve la même quantité dans le passé comme dans l’avenir. » ? La diminution d'une force, par exemple de la force de gravitation, — hypothèse évidemment concevable — entrainerait-elle la diminution de la force ? Si non, le principe de la persistance de la force n’a plus aucune application aux phénomènes naturels. Si oui, ou bien après cette diminution la quantité de la force reste infinie et alors il faut admettre que l'infini peut être augmenté, ce
4 Pensées. le Partie, art, II, Paris 1875. p. 21,