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tence par soi, doit forcément admettre que lhypothèse du théisme est aussi insoutenable parce qu'elle contient la même impossibilité. » (1)
Que le lecteur veuille bien se rapporter à ce que nous avons dit plus haut. L’inconcevabilité de l'existence par soi n’a été prouvée d'aucune façon. La théisme n’admet pas que l'Univers existe par lui-même, parce qu’il a tous les caractères de la contingence : il est variable, il a eu un commencement, il est limité. On est donc obligé de chercher la raison suffisante de son existence dans un Créateur existant par lui-même, immuable, éternel, infini. Nous ne voyons pas ce que cette doctrine à d’inconceva-
-ble ou d’incohérent.
Il est donc facile d'expliquer pourquoi les théistes jugent inconcevable lexistence par soi de l'Univers et admettent néanmoins l’existence par soi du Créateur. La raison se trouve dans les différences entre l’un et l’autre que nous venons d'indiquer. Si l’on n’admet pas cette raison, il faut montrer qu’elle n’est pas valable. La chose en vaut la peine et Spencer insiste parfois longuement sur des matières beaucoup plus simples. S’étonner de ce que les théistes fassent au point de vue de l’existence par soi une distinction radicale entre l'Étre infini et immuable et l'Univers qui n’est ni immuable ni infini, c’est l’eflet d’une distraction qu’on peut difficilement excuser.
Spencer aborde les enseignements de la Religion sur ce qu'il appelle la nature de l’Univers. « Si, laissant l’origine de l'Univers, nous en voulons connaitre la nature, les mêmes difficultés insurmontables se dressent devant nous, ou plutôt ce sont les mêmes difficultés sous des formes nouvelles, Nous nous trouvons d'une part obligés de faire certaines suppositions, et d'autre part nous trouvons que ces suppositions ne peuvent être représentées.
(4) P. P. p. 35-36 $ 414 — F.P. pp. 25-96.
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«Quand nous cherchons la signification des divers etfets produits sur nos sens, quand nous demandons comment, en définitive, il y a dans notre conscience des impressions de sons, de couleurs, de goûts et de ces divers attributs que nous assignons aux Corps, nous sommes contraints de les regarder comme des effets de quelque cause... et non seulement de quelque cause mais d’une cause première. L'agent, matière, esprit ou tout autre auquel nous attribuons nos impressions doit en être la cause première ou ne pas l'être. S'il est la cause première, tout est fini. S'il ne lest-pas, il faut qu'il y ait derrière lui une autre cause qui devienne alors la cause réelle de l'effet...
« Mais si nous voulons faire un pas de plus, si nous voulons savoir quelle est la nature de cette cause première, nous sommes poussés par une logique inexorable à des conclusions nouvelles. La cause première est-elle finie ou infinie ? Si nous disons finie, nous nous embarrassons dans un dilemme. Penser que la cause première est finie, c’est penser qu'elle à une limite. Penser à cette limite, c’est de toute nécessité penser qu'il y a encore quelque chose au delà ; il est absolument impossible de concevoir une chose bornée sans concevoir une région qui l'entoure de tous côtés. Que dirons-nous de cette région ? Si la cause première est limitée, et s'il y a quelque chose en dehors d'elle, ce quelque chose ne doit
. pas avoir de cause première, il doit être sans cause. Mais
si nous admettons que quelque chose peut être.sans cause il n’y a pas de raison de supposer qu'une chose. quelconque aît une cause. Si au dehors de cette région finie sur laquelle règne la cause première, il y à une région que nous sommes forcés de regarder comme infinie, sur laquelle la cause première n’étend pas son empire ; si nous admettons qu'il y à un infini sans cause, enveloppant le fini causé, nous abandonnons implicitement l'hypothèse de la causalité. Il est donc impossible de considérer la cause première comme finie. Mais si elle ne peut être finie, il faut qu’elle soit infinie.
«Il y a une autre conclusion qu'on ne peut éviter quand on raisonnée sur la cause première. I faut qu'elle soit indépendante... Mais penser que la cause première est totalement indépendante, c’est penser qu’elle existe en dehors de toute autre existence; car si la présence d’une autre existence est nécessaire, la cause première doit dépendre partiellement de cette autre existence, et ne peut plus être la cause première. Ge n’est pas tout ; non seulement à cause première doit avoir une forme d'existence sans relation nécéssaire avec toute autre forme d'existence, mais elle ne peut avoir aucune relation nécessaire au dedans d'elle. Il ne peut rien y avoir en elle qui détermine le changement, ni rien qui l'empêche. Car s'il y à quelque chose en elle qui lui impose ces nécessités et ces restrictions, ce quelque chose doit être une cause supérieure à la cause première, ce qui est absurde.
« Ainsi la cause première doit être dans tous les sens parfaite, complète, totale, renfermant en elle tout pouvoir et s’élevant au dessus de toute loi, Ou, pour nous servir de lexpression reçue, elle doit être absolue.
« Ainsi donc sur la question de la nature de l'Univers, nous nous heéurtons à deux conclusions inévitables. Les objets et les actions qui nous entourent, non moins que les phénomènes de notre propre conscience, nous forcent de rechercher une cause ; une fois cette recherche commencée, nous ne pouvons nous arrêter nulle part avant d'arriver à l'hypothèse de la cause première ; et nous ne pouvons pas échapper à la nécessité de regarder cette cause première comme infinie et absolue. Il n’y à pas moyen d'échapper aux arguments qui nous imposent ces conséquences » (1)
Le but que Spencer poursuit, on s’en souvient, c’est de montrer qu'aucune des hypothèses qu'on peut faire sur la cause première de l'Univers ne peut se soutenir : il en conclut qu'elle est inconnaissable, Dans le passage
que nous venons de rapporter, il prétend prouver l'absurdité de l'hypothèse d’après laquelle la Cause Première serait finie et dépendante ; ensuite il en fera autant pour lhypothèse contraire : que la Cause Première est infinie et indépendante.
Laissant de côté, pour le moment, toute autre réflexion, observons seulement qu'en tous cas cette méthode n'aboutit à rien si chacune des deux démonstrations qu'elle contient n’est pas absolument rigoureuse. Examinons la première ; nous l'avons citée in extenso. Nous allons montrer que logiquement l'argumentation de Spencer n'est décisive dans aucune de ses parties.
1° La démonstration qui est donnée de lexistence dune Cause Première suppose l'impossibilité ou, si lon veut, l’inconcevabilité d’une série infinie de causes subordonnées. Plusieurs philosophes n’admettent pas qu'une telle série soit inconcevable. Cette proposition aurait donc besoin d’être démontrée.
2 L'argument qui suit contient comme partie essentielle cette affirmation: «il est absolument impossible de concevoir une chose bornée sans concevoir une région qui l'entoure de tous côtés... quelque chose en dehors d'elle. » Ce raisonnement aflirme donc implicitement a) que tout être concevable est étendu dans l’espace et que le seul infini dont il puisse être question est l'intini en étendue ; b) que l’espace vide est une chose réelle.
Or la première de ces deux propositions repose ellemême sur la supposition que les seules choses concevables sont celles que l'imagination représente, erreur que nous avons déjà signalée itérativement. La seconde repose sur une conception fausse de l’espace que nous avons écartée plus haut.
3° Enfin la dernière démonstration, lorsqu'elle dit: « s'il y à quelque chose en elle (la Cause Première) qui lui impose ces nécessités et ces restrictions, ce quelque chose doit être une cause Supérieure à la Cause Première » se réduit à un jeu de mots. Si la Cause Première est nécessaire
par sa propre nature, €. a. d. par elle-même, il est illo-
gique de conclure qu’il y a quelque chose de supérieur à elle, ou que la nécessité lui est imposée.
Aucune partie de la démonstration qui doit établir linfinité et le caractère absolu de la Cause Première n'est rigoureuse. Chaque raisonnement contient comme parte essentielle une proposition fausse où une affirmation qui exigerait une démonstration.
Voyons, maintenant, la contre-partie. La facon dont Spencer Pintroduit appelle une observation. « Il est, ditil, à peine besoin de dire aux lecteurs qui mont suivi jusqu'ici combien, ces raisonnements et les résultats auxquels ils aboutissent sont illusoires. Si je ne craignais de fatiguer leur patience sans utilité, je n'aurais pas de peine à prouver que les éléments du raisonnément, de mème que ses conclusions,.ne sont que des conclusions symboliques de l’ordre illégitime. Toutefois, au lieu de repêter la réfutation que j'ai employée ci-dessus, il vaut mieux suivre une autre méthode et montrer l'erreur de ces conclusions en faisant ressortir leurs contradictions mutuelles. »
S'il est possible de montrer que les « éléments d'un raisonnement... ne sont que des conceptions symboliques de l’ordre illégitime », on se demande comment il est en même temps vrai de dire « qu'il n'y à pas moyen d'échapper à ces arguments. »
Un raisonnement prouve quelque chose ou il ne prouve rien, S'il est bâti avec des conceptions illégitimes, comment peut-il prouver quelque chose? et s'il ne prouve rien, c'est done qu'on peut y échapper. Si l’on peut faire voir des « contradictions » dans la notion d'une cause premiére infinie et absolue, comment est-il possible que « nous né puissions échapper à la nécessité » d'admettre une cause première ét de la déclarer infinie et absolue? Le bon sens, ne l'oublions pas, doit servir de garde-fou aux spéculations métaphysiques.
Spencer emprunte à Mansel (Limits of Religious Thought) la démonstration des contradictions que renferme lidée de la Cause Première infinie et absolue, Résumons-la.