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Physique sociale, t. I, p

2. Quetelet a même poussé plus loin l'étude de la périodicité de ce phénomène. « La chaîne entière de la vie, dit-il dans sa Physique sociale, se trouve régulièrement coupée, par distances égales d'un jour ou d'un an, par exemple, qu'on l'estime soit sous le rapport de l'activité du corps ou de l'esprit, soit pour le mouvement des passions, soit même pour les époques ou du commencement ou de la cessation de son existence... La périodicité diurne est fondamentale. Elle produit dans chaque ordre de faits des phénomènes périodiques secondaires » (t. L p. 122-123). Il a recueilli les résultats de onze années d'observations faites de 1811 à 1822 à la Maternité de l'hôpital de Saint-Pierre, à Bruxelles, sur l'heure des naissances. Viltermé les a trouvés conformes à ceux qui ont été obtenus à la Maternité de Paris. Les naissances sont plus nombreuses la nuit que le jour (le rapport est de 1,26 à 1). C'est vers minuit et vers midi que se placent le maximum et le minimum {Correspondance mathémalique, etc., 1827, 1. 111, p. 42, etRecAe7*cAesswrZapopuZa/ion,Nouv.Mém. 1827, vol. IV, p. 138-140).

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Plus généralement, quelles causes influent sur la détermination du sexe ? — On invoque le climat, la température. Mais, dans les 30 départements français les plus méridionaux, le rapport a été de 105,95 à 100, c'est-à-dire sensiblement le même. En envisageant tous les pays d'Europe, on trouve qu'il n'est pas exact que les climats chauds favorisent les naissances féminines ^ — M. Bickes dit, de son côté : c'est dans le sang (la constitution, la race) des populations, qui diffèrent plus ou moins les unes des autres sous ce rapport, que résident les forces ou les causes, quelles qu'elles soient, qui déterminent la production de beaucoup de garçons. Quant aux institutions politiques et civiles, aux coutumes, aux occupations, au genre de vie, à la richesse et à la pauvreté, elles n'exerceraient pas d'influence ici. — Comment expliquer alors qu'au Cap de Bonne-Espérance, parmi les naissances libres , celles des filles surpassent numériquement celles des garçons-, que le nombre des naissances masculines semble un peu plus faible dans les villes que dans les campagnes, qu'il soit un peu plus fort proportionnellement, dans les pays d'Europe, pour les naissances légitimes que pour les naissances illégitimes ^ ?

1. Il s'appuie sur 70 millions dobservations recueillies par le capitaine Bickes, dans le Mémorial encyclopédique, mai 1832.

2. M. Gini (Corrado) croit que les résultats sur lesquels s'appuie ici Quetelet sont inexacts. Il a obtenu, pour les années 1901 et 1902, le relevé des naissances au Cap de Bonne-Espérance : les naissances de garçons sont le plus nombreuses, et en particulier dans la population blanche (ancienne « population libre » de Quetelet). Or, de 1820 à 1901 « il n'y a pas eu de modification essentielle dans la manière de vivre des Européens en cette région ». Il sesso etc. p. 70. Voir ci-dessous, p. 85, note 1).

3. Quetelet déclare d'ailleurs insuffisante l'explication de la légère prédominance des naissances masculines par la préfé-

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Quetelet se rallie plutôt à l'opinion de Hofacker et (le Sadler^ d'après lesquels la différence d'âge interviendrait surtout. Le rapport du nombre des naissances masculines aux féminines devrait être de 103,5 environ quand le père est plus âgé que la mère de 1 à 6 ans ; or, c'est ce qui se produit généralement dans toute l'Europe, L'âge des parents serait donc le principal régulateur du rapport des sexes à la naissance.

L'hypothèse dans laquelle se place Quetelet est celle où l'équilibre des naissances masculines et féminines est assimilé à l'égalité approchée des tirages de blanches et des tirages de noires, si le rapport des couleurs dans l'urne est d'égalité, et si l'on multiplie le nombre des tirages. Qu'il y ait une différence appréciable, c'est le signe qu'outre toutes les causes accidentelles ou variables qui déterminent l'équilibre, il y a une cause constante de cette différence. C'est ce qu'Herschell afort nettement exprimé d'après Quetelet. Si on tire 3.636.383 boules d'une urne qui contient des boules noires et blanches en proportion égale et en un nombre infini, l'attente d'une proportion de boules d'une couleur supérieure de 2 centièmes 1/2 du nombre total des cas est aussi improbable que l'attente de jeter un as 643 fois de suite avec un dé ordinaire. Or,

rence accordée fort généralement aux enfants du sexe masculin, savoir que, quand ils viennent les premiers, on tend à s'en tenir là. 11 serait possible de trancher la question, en ne retenant, d'une part que les ménages qui n'ont qu'un enfant, d'autre part que les ménages qui en ont plusieurs.

1. Le premier, dans les Annales d'hygiène, juillet 1829, le second dans The law of population, Londres, 1830, t. H, p. 34-36. Sadler s'appuie en particulier sur les registres des pairs d'Angleterre.

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le rapport des naissances masculines aux féminines en Angleterre pour sept années (de 1839 à 1845) fait ressortir une différence aussi forte en faveur des naissances masculines. « Nous sommes donc arrivés ici à la preuve d'une tendance qui doit être prise pour une loi de la nature humaine ^ »

La mortalité ne témoigne pas d'une moins grande régularité, sous quelque rapport qu'on l'envisage 2. Quetelct indique d'abord l'influence des causes naturelles sur les décès. Le climat intervient sans doute. V Je crois, dit-il, qu'on peut admettre que la mortalité est plus grande dans le sud de l'Europe que dans le nord ou le centre. » Encore ne faut-il pas exagérer. L'Angleterre fait pencher la balance du côté du nord : mais cela tient-il à ses institutions politiques, ou à la nature de son climat ? Il semble qu'une grande mortalité marche presque toujours de front avec une grande fécondité, et que l'un et l'autre s'expliquent surtout par la nature du climat, par l'atmosphère humide.

1. Herschell. Article cité, Physique sociale, t. l. Introduction, p. b3.

2. « Le premier mémoire statistique de Quetelet {Nouveaux mémoires, vol. III, 1826) qui contenait une table de mortalité, avec distinction des sexes, avait en vue d'offrir une base solide à l'assurance-vie à Bruxelles. Un second mémoire (Idem., vol. IV, 1827) étendait les tables de mortalité et de population aux provinces du sud, et ses travaux de 1832 [Rechei'ches sur la reproduction et la mortalité de l'homme aux différents âges, Bruxelles, 1832) et de 1833 [Sur l'influence des saisons et des âges sur la mortalité, 1833, reproduit dans Sur l'homme, livre I, chapitre v, section I, et développé dans Nouveaux mémoires, vol. XI, 1838), contenaient des tables pour toute la Belgique... Il aborda sérieusement pour la première fois la théorie mathématique des tables de mortalité et de population dans ses Mémoires de 1831 et de 1853 [Bulletin de la Commission centrale de statistique, vol. IV et V). » Hankins, p. b4.

fiévreuse. Mais, dans les grandes villes notamment, l'influence de la richesse et de la misère ne sont pas moindres.

Les deux influences essentielles sont celles du sexe et de l'âge. On peut les envisager d'un double point de vue. On peut calculer d'abord la durée de la vie pi'Obable. On entend par là « le nombre d'années après lequel la probabilité d'exister et celle de ne pas exister sont les mêmes, et par conséquent égales

à — . Il est évident que cela a lieu lorsque le nombre des personnes de l'âge dont on part est réduit à la moitié de ce qu'il était » . Or, en rapprochant les résultats obtenus pour différents pays, on trouve qu'ils s'accordent : « l'Europe entière suit une loi de mortalité à peu près la môme... Les faibles différences... tiennent aux avantages particuliers que donnent une certaine aisance et une vie généralement régulière. » A l'époque de la naissance, la vie probable est de quarante ans. Elle s'allonge alors, et atteint son maximum peu avant cinq ans. Elle diminue ensuite jusqu'aux âges les plus avancés ^ L'âge de cinq ans est remarquable en ce que la mortalité, très grande jusquelà, s'arrête brusquement et devient très faible jusqu'à l'âge de la puberté. — Mais on peut calculer aussi le degré de viabilité, c'èst-à-dire à quel âge l'homme peut le plus compter sur son existence actuelle, peut parier avec le plus de chances qu'il ne succombera pas dans l'instant qui va suivre. Or, l'époque qui précède la puberté (soit treize ans dans les villes, quatorze ans dans les campagnes) présente un maximum de viabilité. C'est ici surtout qu'il importe de tenir

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