Physique sociale, t. I, p
l'homme moyen physique : NATALITÉ ET MORTALITÉ 79
compte de la différence des sexes. Jusqu'au huitième ou dixième mois, les garçons meurent beaucoup plus que les filles : la différence est beaucoup plus marquée que celle qui existe entre les naissances masculines et féminines : celle-ci ne peut expliquer que l'excès de mortalité des garçons entre un et deux ans, qui est beaucoup moindre qu'auparavant. Vers deux ans, la mortalité des deux sexes est à peu près la même. Celle des lilles augmente ensuite et devient très sensible entre quatorze et dix-huit ans, c'est-à-dire après la puberté (surtout dans les campagnes). Entre vingt et un et vingt- six ans, c'est-à-dire à l'époque « des passions les plus vives », la mortalité de l'homme l'emporte; vers vingt-quatre ans, il y a pour lui un maximum qu'on ne remarque pas pour la femme; mais sa mortalité décroît ensuite, jusqu'à un minimum, vers trente ans, tandis que chez les femmes, au delà de vingt-quatre ans, elle continue à augmenter, de sorte qu'elle égale celle des hommes entre vingt-six et trente ans, et la dépasse jusqu'à quarante-cinq : c'est le temps de la fécondité : les dangers de la maternité s'ajoutent chez elle à ceux qui naissent du développement des passions. Lorsqu'elle cesse de procréer, sa mortalité diminue, et les deux sexes achèvent de s'éteindre dans la proportion respective où la mortalité les a laissés. — En somme, à considérer l'influence du sexe et de l'âge, on trouve que l'évolution de Ihomme s'accomplit dans des conditions très définies, que les morts se tassent en certains points (à certains âges), que la mortalité passe, par voie d'accroissements ou de décroissements très réguliers, d'un maximum à un minimum ou inversement. On peut se représenter un homme moyen, qui non seulement vivrait un temps moyen,
80 LA THÉORIE DE l'hOHME MOYEX
mais, à cliaque âge, et pour chaque sexe, offrirait aux causes de mort plus ou moins de prises, exactement dans le même rapport que toute une nation.
Quetelct a cherché ensuite comment intervenaient quelques «causes variables ». L'influence des saisons, plus prononcée dans les campagnes que dans les villes, s'exerce inégalement suivant l'âge. « A aucun âge de la vie l'influence des saisons n'est plus sensible sur la mortalité que dans la première enfance et dans la vieillesse ; à aucun âge elle ne l'est moins qu'entre vingt et vingt-cinq ans. Les maxima et minima absolus sont très prononcés entre un et cinq ans, et entre quarante et cinquante ans (ils sont comme 1 est à 2 et 2 1/2, surtout dans la dernière période). Il n'en est pas de même des minima secondaires de l'été. » Quant à l'influence des heures du jour, d'après les relevés de trente années à l'hôpital de Saint-Pierre à Bruxelles, elle est moins marquée que pour les naissances, et, à la différence des naissances, les décès sont le plus nombreux pendant le jour. L'influence des années est plus complexe, puisqu'il y a des années de disette et de guerre : dans le cas de guerres, les décès, d'ordinaire, multiplient les mariages et les naissances ; dans le cas de disettes, il n'en est pas ainsi : le besoin, qui momentanément détermincdes décès, « fait craindre d'entreprendre des établissements nouveaux, et on ne sort pas brusquement de l'état de veuvage^ ». En réalité, ce sont là des causes accidentelles, qui, si on ne retient qu'une courte période, obscurcissent l'effet des lois générales.
L'influence des causes perturbatrices, c'est-à-dire