Physique sociale, t. I, p
l'homme moyen physique : NATALITÉ ET MORTALITÉ 81
de celles qui sont dues à l'intervention de l'homme, paraît de plus en plus incontestable. Le peu que l'on sait « suffit déjà pour prouver que l'influence des professions, par exemple, peut faire varier considérablement le degré de mortalité. Il en est de même de l'aisance dont jouit un peuple, et de la manière dont il se nourrit ». Les chances de mortalité sont plus nombreuses dans les pays manufacturiers que dans les pays agricoles, dans l'enceinte des villes qu'au milieu des campagnes : « l'alternative du superflu et du besoin » est mauvaise. Déjà au moment où écrivait Quetelet, plusieurs enquêtes avaient mis en lumière l'inégalité de durée de la vie, en moyenne, suivant le revenu ou la profession. L'état moral dés peuples, le degré de difl'usion des lumières, leurs institutions politiques et religieuses, expliquent bien des difl'érences dans le taux de la mortalité, de l'un à l'autre. Un peuple industrieux et prévoyant a l'avantage sur un peuple abruti et oisif. Ainsi s'explique aussi que la mortalité soit moins élevée dans les classes supérieures que dans le bas peuple. Dans les pays où la civilisation a le plus progressé, la mortalité a le plus diminué. En Angleterre, par exemple, tandis qu'à Londres, de 1696 à 1797, la population augmentait, le nombre desdécès par an s'abaissait de 21.000 à 17.000; il en était de môme à Manchester, Liverpool, Birmingham. En France, de 1 décès sur 29 habitants en 1781 on a passé à 1 décès sur 40 habitants. Sans doute la démoralisation des grandes villes, phénomène surtout moderne, explique qu'on y meure plus qu'ailleurs. En revanche, nombre d'institutions religieuses anciennes, le baptême, le carême et les abstinences, les cérémonies mortuaires (en particulier l'usage où l'on est
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d'entourer de formes religieuses le malade dont l'état inquiète) sont des causes certaines d'accroissement de la mortalité. — Quetelet n'hésite pas à conclure : « Les gouvernements disposent en quelque sorte delà vie des hommes qu'ils ontconstamment sous leur influence, depuis qu'ils ont vu le jour jusqu'au moment oii ils descendent au tombeau*. »
On a recueilli, depuis les travaux de Quetelet, un nombre considérable de données nouvelles Sur la natalité et la mortalité dans les différents pays. Ce n'est pas le lieu de les analyser. Bornons-nous à insister sur les aspects de ces phénomènes qui l'ont le plus intéressé ; ce sera l'occasion de suivre mieux le développement de sa théorie de l'homme moyen en un domaine déjà moins purement physique, et où les influences sociales sont certainement bien plus marquées.
L'équilibre des sexes, qui ne serait troublé que pour des raisons sociales (la différence d'âge des époux), semble à Quetelet une de ces régularités naturelles dont on peut rendre compte en invoquant les lois de probabilité. Mais comment le problème se pose-t-il ? Faut-il partir de la répartition égale des hommes entre les sexes masculin et féminin dans le monde entier? D'abord, nous ne la connaissons pas-. D'autre