‹ La théorie de l'homme moyenChapitre 29 sur 65 · Physique sociale, t. I, p · texte numérisé non relu

Physique sociale, t. I, p

2. 60 p. 100 des hommes sont réellement dénombrés, 40 p. 100 sont l'objet d'évaluations (on suppose un rapport constant entre le nombre des habitants et celui des familles, des mariages, des morts, des naissances, ou, même, la surface du territoire.

l'homme moyen physique : NATALITÉ ET MORTALITÉ 83

part, s'il y a une loi de la nature qui fait que la naissance d'un garçon est, dans l'espèce humaine, d'une probabilité égale à celle d'une fille, on ne voit pas pourquoi elle ne s'appliquerait pointa l'intérieur d'un continent, ou môme d'un pays qui comprend plusieurs millions d'habitants (et, si elle ne s'y applique pas, pourquoi elle s'appliquerait à toute la terre). Il n'y aurait de raison d'attribuer une importance particulière à des moyennes obtenues pour toute la population du globe que dans deux hypothèses : s'il existait, entre tous ces peuples, une solidarité sociale étroite, s'ils étaient tous compris dans une même organisation, ce qui n'est pas ; si la population était également répartie dans toutes les régions, et si, entre les conditions physiques de ces régions, il y avait à la fois de telles oppositions et de telles correspondances, qu'au total elles s'équilibreraient (se compenseraient) : mais il n'en est certainement rien. Alors la population du globe ne peut être considérée comme un tout^ Ajoutons que, dans les pays où l'on s'écarte le plus de l'équilibre sous ce rapport, on peut supposer que des circonstances exceptionnelles interviennent : chez les

le nombre des maisons, le nombre des guerriers...) Schnapper- Arndt, Sozialstatistik, 1908.

1. On trouve dans K. Bûcher, Ueber die Verteilung der beiden Geschlechter auf der Erde (AUgemeine statistische Archiv, II, 2, 1892, p. 369 sqq.) les chiffres globaux de la répartition des sexes pour toute la population réellement dénombrée, soit 794 millions d'individus : le rapport est de 988 femmes pour 1.000 hommes (mais 1.024 en Europe, 973 en Amérique, 938 en Asie, 832 en Australie, 968 en Afrique). Depuis, dans die Volkszâhlung voin I. Dezember 1900 im deutschen Reich, bearbeitet im kaiserlichen statistischen Amt, I. Teil (Statistik des deutschen Reichs, BandlSO, Berlin, 1903, p. 52" sqq), on a donné ces chiffres pour 882 millions d'individus : le rapport est, cette fois, de 991 femmes pour 1.000 hommes.

Mahométans, et aussi chez les Indous, on n'obtient pas d'indications complètes sur le nombre des femmes ^

Tenons-nous en aux pays européens : voici le nombre des femmes pour 1.000 hommes, entre quinze et quarante ans (nous mettons entre parenthèses la date du recensement) :

Luxembourg (1900)

Hollande (1899). .

Serbie (1896) . . .

Irlande (1901) . .

Belgique (1890) . .

Autriche (1890). .

Allemagne (1900) .

Suisse (1888) . . .

France (1896). . .

Ecosse (1891). . .

Suède (1891) . . .

Angleterre (1891) .

Italie (188i) . . .

Danemark (1890) .

Hongrie (1900) . .

Au reste, les écarts doivent être encore moindres qu'il ne paraît, car si l'on compare les mêmes proportions, calculées dans les mêmes pay.s, pour les quatre périodes de la vie suivantes : moins de quinze ans, de quinze à quarante ans, de quarante à soixante ans, de soixante ans et plus S on trouve que, dans les pays les plus importants, elles augmentent d'une période à l'autre, ce qui s'explique par la mortalité plus grande des hommes : ainsi, en Angleterre, la proportion est de 1.006 dans la première période, de 1.227 dans la dernière; en France, respectivement, de 998 et de 1.108;

1. Dans les grandes villes de l'Inde, on trouve une proportion très faible de femmes (elle descend jusqu'à 307 p. 1000 à Calcutta), imputable en partie sans doute aux mauvais traitements dont les femmes sont l'objet (sinon à l'infanticide). Aux Etats-Unis, il y a un gros excédent d'hommes parmi les Chinois et Japonais immigrés.

2. Von Mayr (Georg), Statistik undGesellschaftslehre, 3"Band, !• Lieferung, 1909, p. 39.

L HOMME MOYEN PHYSIQUE : NATALITE ET MORTALITE 85

en Allemagne, de 995 et de 1.218; en Autriche, de 1.005 et de 1.130 (l'Italie fait exception, parce que la mortalité y est aussi forte chez les femmes que chez les hommes). Nous savons, d'ailleurs, qu'il naît une proportion à peu près constante de garçons et de filles (avec un léger excédent de garçons). Si malgré cela, en Europe, la proportion des femmes est nettement plus forte, cela doit tenir à ce qu'elles ont des conditions d'existence meilleures.

En somme, deux faits sont ici à distinguer : 1° l'équilibre des sexes au total (enfants, adultes et vieillards réunis) : on conçoit qu'il tende à s'établir pour des causes sociales, alors même qu'il n'existerait pas dès le début (ou, s'il ne s'établit pas, c'est encore à des causes sociales qu'il est possible de l'attribuer ; il n'y a aucune raison, avant cela, d'invoquer quelque dessein de la nature) ; S'* la proportion presque égale des naissances mascuhnes et féminines ^ C'est le problème essentiel, et le plus difficile à résoudre.

« La question de la cause du sexe chez l'individu est très différente, dit M. Delage selon qu'elle s'adresse aux animaux inférieurs et aux plantes, ou à l'homme et aux mammifères. Pour les derniers... on ne sait à peu près rien, et c'est là que les théories ont eu le champ libre ^ » Deux opinions sont d'abord à écarter. L'une est

1. Dans le livre de Gini (Corrado), Il sesso dal punlo di vista statistico, le leggi délia produzione dei sessi (Milan-Palerme- Naples, 1908), on trouvera dans les tableaux I à YII (p. 35-52) l'indication très détaillée, et aussi à jour que possible, du rapport des nés vivants du sexe masculin aux nés vivants du sexe féminin, par états et par périodes quinquennales. Ce rapport, pour le plus grand nombre des états, est de 105 à 108 p. 100 (soit de 51.22 à 51.92 p. 100 des nés vivants).

2. La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et

86 LA THÉORIE DE l'hOMME MOTEK

bien vague. Il naîtrait actuellement autant de garçons que de filles (à très peu près), parce que les tribus où les filles étaient plus nombreuses que les garçons se trouvaient en infériorité dans la lutte pour la vie, et ont dû disparaître. C'est possible : mais à quoi tient que, dans certaines tribus, il y ait eu une tendance à procréer une proportion égale d'enfants de l'un et de l'autre sexe ? On ne nous en dit rien. L'autre est infirmée par les faits. « Hofacker et Sadler avaient déduit de statistiques insuffisantes que l'époux le plus âgé a plus de chances de donner son sexe au produit. Mais Berner a montré par des statistiques plus étendues portant sur 213.224 mariages que cette opinion était erronée ^ » — Voici, alors, un point de vue auquel plus ou moins se placent tous les théoriciens en cette matière. Que le sexe dépende du mâle seul, comme le croyait déjà Aristote, ou que chaque parent engendre un produit de même sexe que lui, toute la question est de savoir quelle sera, au moment de la conception, la force relative du spermatozoïde et de l'œuf (l'œuf influençant en tout cas le

les grands p7'oblèmes de la biologie générale. Paris, 1895, p. 344. Nous citons d'après la 1" édition, aucun de ces passages n'ayant été modifié dans la 2» (1903).

1. Ibid., p. 344-345. M. Delage cite les nombres de ces trois auteurs. Mais ils semblent s'être bornés à distinguer des catégories d'après la différence d'âge des deux époux, sans tenir compte de l'âge où ils se sont mariés. Or, la différence d'âge peut jouer très inégalement, suivant cette modalité. Et il faudrait savoir, encore, combien de ces enfants sont primipares. Schnapper- Arndt, dans sa Sozialstatislik, mentionne ce phénomène curieux, constaté dans toutes les provinces d'Autriche et en Norvège : parmi les premiers nés, il y aurait plus de filles que de garçons ; parmi les enfants légitimes, les premiers nés, et, parmi les illégitimes, les autres auraient le plus de chance d'être garçons. La théorie de Dùsing, que nous indiquons ci-dessous, en rendrait peut-être compte.

l'homme moyen physique : natalité bt mortalité 87

spermatozoïde, s'il est plus vigoureux, et l'obligeant à produire une femelle). Comment, si on admet cette hypothèse, va-t-on appliquer le calcul des probabilités à cetordre de phénomènes ?0n pourra supposer il'que, parmi les spermatozoïdes qui sont mis en mesure de féconder l'œuf, la proportion de ceux qui sont assez forts pour imposer au produit le sexe du mâle est égale à celle de ceux qui ne le sont pas assez ; 2° que la période pendant laquelle l'œuf est assez fort pour obliger le spermatozoïde à produire une femelle est aussi longue que celle pendant laquelle il ne l'est pas assez. Cela admis, le nombre des combinaisons possibles qui donneront un mâle sera égal au nombre des combinaisons possibles qui donneront une femelle. On pourra assimiler le fait des naissances au fait de tirer des boules rouges ou blanches d'une urne où elles sont en nombre égal K Ou encore on pourra songera un jeu de cartes très simple, en assimilant la naissance d'un garçon au cas où l'on retourne une carte d'une couleur, la naissance d'une fille aux cas contraires.

1. M. Borel pose ainsi la question : le rapport du nombre des naissances masculines au nombre total des naissances étant

supposé égal à -5- + *> l'écart (entre les naissances masculines

et féminines) satisfait-il aux mêmes lois que si chaque naissance était remplacée par un tirage dans une urne renfermant N boules,

parmi lesquelles ( "2" + *) ^ seraient blanches ? Il conclut que, au moins à une première apTproximatîon, l'assimilation est légitime. Et il a eu soin d'ailleurs de faire cette réserve : « il y a la même différence entre ces probabilités statistiques et les probabilités abstraitement et rigoureusement définies qu'entre les figures étudiées en géométrie, et les représentations plus ou moins grossières qu'on en rencontre dans la nature : entre une sphère, par exemple, et une orange. » On ne saurait mieux dire, puisque l'orange nous introduit dans le monde organique. [Théorie des probabilités, p. 158 sqq.)

88 LA THÉORIE DE l'hOMME MOVEX

Seulement (c'est un point sur lequel nous avons déjà bien insisté) il faut supposer alors que l'état actuel, où beaucoup de combinaisons se présentent comme possibles, est tout à fait indépendant (comme état) de l'état antérieur, qu'il n'y a aucun commencement de régularité, aucune période, aucun cycle, de môme qu'on a remué les boules dans l'urne, qu'on a battu les cartes. Mais peut-on accepter une telle hypothèse ? En d'autres termes, les fécondations actuelles sont-elles tout à fait indépendantes des fécondations antérieures ? Comment serait-ce possible, si elles ne sont pas indépendantes de la proportion qui existe actuellement entre les êtres capables de s'accoupler de l'un et l'autre sexe? Or, elles ne le sont pas, certainement. On a remarqué qu'après les guerres qui ont modifié la proportion en faveur des femmes, il naîtbeaucoupplus de mâles '.Cela doit tenir à ce que les femmes sont plus souvent fécondées. Mais on peut admettre qu'il en aurait été de même, si la cause du déficit avait été tout autre. Et, sans doute, il y a dans les sociétés un mécanisme qui permet que l'équilibre se rétablisse dès qu'il est rompu.

A ce point de notre argumentation, nous songions (et nous songeons encore) à invoquer la différence d'âge des époux (dont il n'est pas encore permis d'exclure entièrement l'influence). Mais nous avons trouvé dans une théorie physiologique de l'origine des sexes, d'ailleurs connue, la seule dans laquelle M. Delage reconnaisse un contenu positif^ une confirmation très nette de notre thèse.

1. En 1821, en France, le rapport des sexes, pour tous les âges, donne, en faveur des femmes. 2,86 p. 100 (écart absolu), en 1831, 2,06, en 1841, 1,24, en 1851, 0,54. G. Mayr. Die Gesetzmûssigkeit im Gesellschaftsleben, Mûnchen, 1877.

Page 1