Ibid., t. II, p
l'homme moyen moral 107
possible de la vérité ». Les difficultés, ici, ne sont-elles pas insurmontables ? Mais supposons que les deux individus que l'on compare représentent, en France, l'un l'ensemble des hommes de vingt et un à vingt-cinq ans, l'autre l'ensemble des hommes de trente-cinq à quarante ans. Aux actes de courage, substituons les vols qui relèvent des tribunaux criminels. Nous pourrons alors calculer le « penchant au vol » pour chaque âge. « Supposons maintenant que la société, dans un état parfait, prenne un jour soin d'enregistrer et d'apprécier les actes de courage et de vertu, comme on le fait aujourd'hui à l'égard des crimes... L'absurdité qu'on trouve dans l'appréciation de ce rapport pour l'homme moyen est donc plus apparente que réelle^. » « Rien au premier abord, ditQuetelet, ne semblerait devoir être moins régulier que la marche du crime ; rien surtout ne semblerait devoir échapper plus à toute prévision humaine que le nombre des meurtres, par exemple, puisqu'ils se commettent en général à la suite de rixes qui naissent sans motif et dans les rencontres en apparence les plus fortuites. Cependant l'expérience prouve que non seulement les meurtres sont annuellement à peu près en même nombre, mais encore que les instruments qui servent à les commettre sont employés dans les mêmes proportions... Il est un budget qu'on paie avec une régularité effrayante, c'est celui des prisons, des bagnes et des échafauds ; c'est celui-là surtout qu'il faudrait s'attacher à réduire ^. »
i. Ibid., t. II, p. 144-147.
2. Recherches sur le penchant au crime aux différents âges. Nouveaux Mémoires, t. Vil, 1832, p. 79-81. C'est l'étude la plus importante que Quetelet ait rédigée sur les crimes. 11 y étudie
L'expression : « penchant au crime » a été définie par lui avec une grande précision. « En supposant les hommes placés dans les mêmes circonstances, je nomme penchant au crime la probabilité plus ou moins grande de commettre un crime*. Les circonstances doivent être semblables, soit par l'existence d'objets propres à exciter la tenlalion, soit par la facililé de commettre le crime. » — Cela limite déjà singulièrement la portée des comparaisons internationales. « Le penchant au crime pourrait paraître le môme en Angleterre et en France sans que, pour cela, la moralité fût la même. » — D'autre part, pour que la mesure du penchant au crime soit possible, il faut admettre qu'il existe un rapport à peu près invariable entre la somme des délits connus et jugés et la somme totale inconnue des délits commis. Ce rapport varie néces-
le penchant au crime en général, et l'influence qu'exercent sur lui l'éducàlion, le climat, les saisons, le sexe et l'âge. Dans les Recherches statistiques sur le royaume des Pays-Bas, Nouveaux Mémoires, t. V, 1829, il avait déjà étudié, en France et aux Pays-Bas, le rapport du nombre des condamnés à celui des accusés, la répartition des crimes suivant l'âge et le sexe, le nombre des crimes contre les personnes et contre les propriétés commis par les personnes de chaque groupe dàge. Le Compte (jénéral de V administration de la justice en France, publié en 1827, fut la source essentielle de ce premier ouvrage. Sur les rapports qui s'établirent entre le Français Guerry et Quetelet, sur leur part respective dans l'élaboration de la statistique morale, voir Lottin, p. 128-139. Il écrit enfin dans sa Physique sociale, (1869) : « En publiant la l" édition de ma Physique sociale, en 1834 et 1833, je crus devoir donner une place spéciale à la statistique des crimes. J'y trouvai, sous un cadre frappant, la preuve la plus marquante de mes idées sur la grandeur et sur la fixité des lois relatives à l'homme continuant à vivre sous la même législation... Aujourd'hui je ne pense pas avoir à changer aucune des conclusions auxquelles me conduisit cet examen », T. II, p. 249, en note.