‹ La théorie de l'homme moyenChapitre 46 sur 65 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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l'homme moyen moral 119

démontre en effet, avec toute l'évidence possible, cette opinion qui pourra sembler paradoxale au premier abord, que c'est la société qui prépare le crime et que le coupable n'est que l'instrument qui l'exécute. Il en résulte que le malheureux qui porte sa tète sur l'échafaud, ou qui va finir son existence dans les prisons, est en quelque sorte une victime expiatoire de la société. Son crime est le fruit des circonstances dans lesquelles il s'est trouvée »

Les crimes et les suicides sont des événements remarquables, et qui permettent de se faire une idée du développement des passions et de la force des tendances morales chez l'homme en général. « Si la phrénologie réalisait ses promesses, dit Quetelet, nous aurions le moyen de mesurer directement l'organisation intellectuelle de l'homme... Nous saurions ce que chaque individu doit à la nature et ce qu'il doit à la science ; nous pourrions même établir numériquement

1. Sur la possibilité de mesurer l'influence des causes, etc. Correspondance mathématique et physique, t. VII, 1832, p. 346. Cité par Lottin, p. 418. Il dit ailleurs : « Dans un état qui ne reçoit pas de modifications essentielles dans sa forme, les mêmes crimes se reproduisent annuellement à peu près en même nombre, et entraînent les mêmes peines dans les mêmes proportions. La société renferme, en quelque sorte, en elle les germes de tous les crimes qui vont se commettre, en même temps que les facilités nécessaires à leur développement. Cette observation qui, au premier abord, a pu effrayer certains esprits, devient consolante au contraire quand on l'examine de près, puisqu'elle montre la possibilité d'améliorer les hommes, en modifiant leurs institutions, leurs habitudes, l'état de leurs lumières, et en général tout ce qui influe sur leur manière d'être. » Quetelet et Smits, Statistique des tribunaux de la Belgique pendant les années 1827-1830, Bruxelles, 1833, p. 3-6.

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les valeurs de ces deux portions de son intelligence*. » Or l'expérience, de môme qu'elle ne nous révèle pas directement la moralité moyenne, ne nous permet pas d'apprécier aussitôt l'intelligence moyenne et les lois de son développement. Toutefois, l'étude des hommes de talent et de génie est instructive. Supposons que nous sachions à quelle époque ils ont produit leurs plus belles œuvres : cela nous mettrait à môme de déterminer l'ordre d'apparition, de croissance et d'affaiblissement de nos facultés. « Il serait du plus haut intérêt de reconnaître celles qui occupent les deux extrêmes limites dans la carrière de l'homme, c'est-à-dire celle qui, la première, arrive à la maturité, et celle qui n'y parvient que la dernière "^ »

La période de vingt-cinq à trente ans est décisive dans l'évolution de l'homme moyen. A ce moment, il a terminé son développement physique : c'est alors que sa vie intellectuelle devient intense : c'est aussi l'époque de la reproduction, celle où le penchant au crime est à son maximum, où les maladies de l'esprit commencent à le menacer. Or, si l'on étudie les conditions où apparaît et se développe le talent dramatique, on constate que « ce n'est guère qu'après vingt et un ans qu'en Angleterre comme en France le talent dramatique commence à se développer. Entre vingt-cinq et trente ans, il se prononce avec énergie. Il continue à croître, et se soutient avec vigueur jusque vers cinquante à cinquante-cinq ans. Il baisse alors sensiblement, surtout si Ion a égard à la valeur des ouvrages produits. C'est que le talent dramatique est une combinaison de plusieurs facultés. Il

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