Ibid., p
peutavec une probabilité très grande considérer comme absolu, de sorte que l'humanité, sous le rapport de ces qualités, ne serait pas progressive [au sens vulgaire du mot]. Il en est cependant dont l'importance a varié par la suite des temps '. m C'est que l'humanité se modifie selon les exigences des temps et des lieux. Les « causes morales qui existent en dehors des individus et sont propres à chaque peuple n'ont pas essentiellement un caractère de fixité, comme les causes développées sous l'influence de la nature ; elles subissent des fluctuations et elles varient avec le temps ^ ». Mais si « l'homme possède une force morale capable de modifier les lois qui le concernent... cette force n'agit que de la manière la plus lente, de sorte que les causes qui influent sur le système social ne peuvent subir aucune altération brusque^».
Ainsi, la raison, appuyée sur la science, et qui permet à l'homme de modifler lentement sa nature morale comme les forces extérieures, est en réalité un principe de stabilité : elle tend à faire prédominer, et à défmir de mieux en mieux « l'homme moyen ». Loin que le « libre arbitre » contrarie les lois sociales, c'est lui qui expliquerait le mieux la reproduction régulière des mêmes faits. Car l'homme, « en vertu de son libre arbitre et des circonstances qui l'entourent, s'est créé un état normal vers lequel il tend constamment à revenir... L'homme, avec sa raison, flotte donc entre des limites moins larges que s'il était, comme la brute, uniquement sous l'influence des causes accidentelles*».