Drobisch, p
CRITFQUE DE LA THÉORIR DE l'hOMME MOYEN MORAL 133
comme la probabilité de commettre un crime, ou de se marier. Il ne prétend pas mesurer rigoureusement des sentiments et tendances simples, abstraction faite des circonstances qui en favoriseront ou en contrarieront le développement. L'homme moyen existe dans la société, dans une société d'une forme et d'une organisation déterminée, et ce que la statistique calcule, ce n'est pas seulement l'intensité, aux différents âges et pour les différents sexes, des penchants physiologiques, mais aussi les forces sociales auxquelles l'homme moyen est soumis. « Les volontés, dit-il, sont soumises à certains usages auxquels elles cèdent comme à des nécessités, et comme ces nécessités restent annuellement les mêmes, on voit aussi se reproduire périodiquement les mêmes effets. » Et ailleurs « : Si Ton se marie, on a des convenances à consulter, des usages à suivre, des blâmes à éviter, et, comme ces obligations sont générales, les faits qui en résultent le sont aussi. Ce n'est plus le vouloir de l'individu qui se trouve ici le seul régulateur, mais celui du peuple auquel l'individu appartient ^ » Il remarque que, si le nombre des crimes ne varie pas, c'est que la société ne change pas. Dans une lettre à Villermé^, il dit que le taux annuel des crimes est « un résultat nécessaire de notre organisation sociale ». 11 nest donc pas exact de prétendre que, pour lui, le nombre des mariages mesure l'intensité du désir de se marier dans un groupe ; il exprime aussi la force des résistances que le milieu social considéré oppose à ce désir. Il en est de même de la tendance au crime ou au suicide. — D'autre part, si, comme le veut
1. Sur le sysième social, p. 72, et De Vinfluence du libre arbitre, etc., p. 145. Cité par Lottin.