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Les règles de la méthode sociologique, p

le sentiment de légère surprise, mêlé d'une pointe d'inolïensive raillerie, qu'ils provoquent parfois, se trouvât transformé en une aversion décidée, en une réprobalion indignée, et qu'ils parussent ridicules au plus haut degré. S il n'en est rien, c'est, peut-être, qu'il y a plus d'avantages que d'inconvénients à permettre qu'ils se concluent, c'est qu'il y a un rapport étroit entre ces déviations ou ces exagérations du penchant au mariage et ce penchant lui-même, c'est qu'on ne pourrait en détourner qu'à condition d'affaiblir chez tous les membres du groupe le désir d'entrer en ménage. La régularité avec laquelle ils se reproduisent n'est que le signe de la constance du penchant au mariage en général ; de même, la régularité avec laquelle se reproduisent les crimes manifeste la constance des tendances collectives dont ils ne sont que les perversions.

Ainsi ce n'est point par hasard que l'équilibre s'établit, que le nombre des exceptions et des écarts de la moyenne diminue à mesure qu'on s'éloigne de la règle, et du type moyen. Cet équilibre résulte de l'action de la société, qui le maintient parce quelle en sent le besoin. L'existence de ces écarts ou de ces cas extrêmes signifie que la tendance dont ils ne sont que des manifestations, d'autant plus nombreuses d'ailleurs que cette tendance est plus forte, répond, au degré même oij elle se trouve développée, à un besoin social profond. La diminution du nombre de ces actes ou caractères exceptionnels, et la régularité de celte diminution, à mesure qu'on s'éloigne de la moyenne, résulte de ce que la société, à cette tendance, en oppose d'autres, et avec d'autant plus de force que l'écart est grand et risque de compromettre l'équilibre. Quetelet

CRITIQUE DE LA THÉOIUE DE l'hOMUE MOYEN MORAL 153

a reconnu que, grâce à sa raison et à la science, l'homme s'élevait peu à peu à la connaissance du type moyen, et devenait alors capable de s'en rapprocher de plus en plus, de diminuer l'ampleur des oscillations auquelles riiumanitô obéit, quand elle dépasse ce type, ou reste en deçà. La notion du type moyen devient alors comme une force sociale ; et puisque l'homme a toujours été plus ou moins raisonnable, il n'a jamais été complètement à la merci du hasard. Mais il faut aller bien plus loin. Il ne suftit pas d'invoquer l'action de quelques grands hommes « doués d'une puissance de génie supérieure », qui ont su, tout en s'élevant audessus de la moyenne, rester cependant « en harmonie avec ceux qui les entouraient », « partager leurs sentiments, leurs passions, leurs besoins ». La société elle-même s'organise, et règle son évolution. Les tendances et besoins sociaux, que certains individus sont peut-être capables de comprendre et de se représenter plus clairement que les autres, s'imposent aux membres du groupe alors même que ceux-ci n'en ont qu'une conscience confuse. C'est le groupe tout entier qui sent, collectivement, quelles sont ses conditions d'équilibre, et qui, en vue de les maintenir, utilise les tendances individuelles, les organise, les développe et les limite.

Si notre critique de la théorie de Quetelet dans son application aux divers problènies que nous avons examinés est bien fondée, on voit qu'à mesure qu'on passe à un ordre de réalités plus complexe, en parliculier à mesure qu'on pénètre dans un domaine où l'influence de la société prédomine, il devient plus difficile de rendre compte des régularités et constances des phénomènes par le calcul des probabilités. Mais Quetelet, malgré sa foi entière en la théorie de l'homme moyen, semble parfois s'en être rendu compte. Esprit positif, en contact permanent avec les faits, il est d'abord frappé à'y retrouver des retours périodiques et des rapports constants, et, bien qu'il les interprète toujours en s'inspirant des mêmes principes, il lui arrive de les exprimer en des termes qui suggèrent des théories et des explications d'une autre sorte, et presque contraires à celles que nous avons exposées d'après lui. Est-ce obscurité d'expression, ou indécision réelle de sa pensée ? Il importe, avant de résumer toute sa théorie, et de conclure pour ou contre elle, de nous demander si elle est, en somme, aussi cohérente qu'il nous a semblé.

Ibô LA THÉORIE DE l'hOUME MOYEN

On a cité, en effet, un certain nombre de textes qui autoriseraient un rapprochement entre la théorie de l'homme moyen de Quetelet, et la définition du type normal et du type moyen telle qu'elle a été présentée par M. Durkheim. D'après Quetelet, les qualités de l'homme moyen « se développent dans un juste équilibre, dans une parfaite harmonie, également éloignée des excès et des défectuosités de toute espèce ». Or, la perfection consiste « dans l'harmonie et la convenance de toutes les parties entre elles ». L'homme moyen serait donc « le type absolu du beau et du bien dans le sens le plus général * ». Il ajoute qu' « une qualité de l'homme devient vertu quand elle est également éloignée de tous les excès auxquels elle peut être disposée à céder, et qu'elle se tient dans de justes limites, au delà desquelles tout est vice ^ ». Et, ailleurs : « toute qualité, prise dans des limites convenables, est essentiellement bonne ; ce n'est que dans les écarts extrêmes qu'elle devient mauvaise. L'étude de ces écarts ou de ces anomalies conduirait à la détermination de l'état normal, s'il ne pouvait être établi d'une manière directe ^ » . Or, « on peut. . . considérer les maladies comme les écarts de l'état normal, soit en plus^ soit en moins, et c'est entre ces écarts contraires qu'on trouverait l'état de santé*». Ainsi l'homme moyen représenterait l'état de santé, l'état normal. — Et, de son côté, M. Durkheim a dit : « Si l'on convient de nommer type moyen l'être schématique que l'oa

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