Ibid., p
le créateur se propose de réaliser. Les relations de fait qu'on pourra découvrir après coup entre ce caractère et telles ou telles conditions ne sont réellement pas explicatives de ce caractère : sa cause réelle, c'est sa probabilité plus grande, c'est-à-dire la supériorité numérique des combinaisons possibles qui le contiennent sur celles qui ne le contiennent pas. Et il n'y a pas d'autre moyen, d'ailleurs, de mettre en lumière ce degré de probabilité, que de constater qu'en fait ce caractère apparaît plus fréquemment.
Quetelet, il est vrai, a souvent exprimé la pensée que le type moyen, s'il ne possède pas une existence substantielle, est du moins, un idéal, un modèle, un moule. Sans doute, il ne « réalise » pas ce type en dehors des choses sensibles (sauf dans la pensée du Créateur) ; mais si c'est un être fictif, il s'agit d'une fiction bien fondée. S'il avait réussi à définir en termes philosophiques sa pensée, il aurait pu dire, comme Leibniz : « La généralité n'est que la ressemblance des choses particulières, mais cette ressemblance est une réalité. » Mais comment et où existe ce type, et comment se fait-il que le plus grand nombre des individus s'y conforment, s'il n'y a, réellement, que des individus? Il en parlera quelquefois comme d'un idéal qui agit sur la conscience des hommes et des peuples les plus éclairés. Quelquefois, il le confondra presque avec une organisation sociale donnée : il compare les mariages, les crimes et les suicides à un budget que la société doit payer chaque année, et qui dépend de sa forme et de ses institutions : il.considère que chaque peuple a comme un tempérament et des tendances déterminées, et que les individus ne font qu'obéir aux impulsions du groupe dont ils sont les parties. En ce
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sens, le type domine et enveloppe les individus, puisqu'il est stable alors que ceux-ci changent. — Mais alors se pose un gros problème; il nous faut, en effet, comprendre « d'où vient que le type moyen se réalise dans la généralité des individus. Pour qu'il reste identique à lui-même alors qu'ils changent, il faut que, en un sens, il soit indépendant d'eux ; et pourtant, il faut aussi qu'il y ait quelque voie par où il puisse s'insinuer en eux^ ». Quetelet a sans doute eu (à en juger par les passages que nous avons cités) le sentiment qu'on ne pouvait échapper à cette conséquence. Il parle souvent de l'influence que l'organisation sociale, les relations sociales, les institutions exercent sur l'individu. Toutefois, de beaucoup d'autres textes, et surtout de toute sa théorie, il résulte bien que, pour lui, ces réalités sociales sont faites d'éléments individuels, que toute leur substance n'est que cela. Sa pensée sur ce point est assez bien résumée dans ce passage curieux : « L'homme peut être considéré sous différents aspects : il possède avant tout son individualité, mais il se distingue encore par un autre privilège. 11 est éminemment sociable : il renonce volontairement à une partie de son individualité pour devenir fraction d'un grand corps qui a sa vie aussi et ses différentes phases... C'est la portion d'individualité engagée de la sorte qui devient régulatrice des principaux événements sociaux... C'est elle qui détermine les coutumes, les besoins et Vesprit national des peuples, et qui règle le budget de leur statistique morale -. » Ainsi, bien que, sans doute, l'expérience de la réalité sociale l'ait