Sur la statistique morale, etc., p
n'agit que de la manière la plus lente, de sorte que les causes qui influent sur le système social ne peuvent subir aucune altération brusque ; telles qu'elles ont agi pendant une série d'années, telles elles agiront encore pendant les années qui vont suivre^ ». — Rien ne nous empêche donc de considérer les faits moraux comme les résultats de combinaisons individuelles, c'est-à-dire des natures, des tempéraments et caractères des hommes, qui se reproduisent dans le même rapport pour chaque sexe et pour chaque âge : plus ces combinaisons seront rares, c'est-à-dire complexes, moins elles seront probables, et plus seront exceptionnels les actes qui les expriment. Mais cette rareté sera définie, le rapport de ces exceptions aux autres cas sera constant, parce que la probabilité (c'est-à-dire la proportion des combinaisons de chaque espèce) sera demeurée la même.
Mais une telle hypothèse ne tient pas compte de la signification sociale du mariage, du crime et du suicide. Il semble que, pour Quetelet, ce ne soient là que les signes de certaines tendances, de l'intensité très grande de ces tendances, mais que ces signes en eux-mêmes n'aient aucune influence propre sur les hommes et leurs sentiments. On admettrait ainsi qu'à tous les degrés de la tendance au mariage, au crime et au suicide correspondent des actes, ou des abstentions, qui les expriment, mais qui, d'ailleurs, ne diffèrent eux-mêmes les uns des autres qu'en degré. Que l'observation ne puisse pas atteindre tous ces actes et ces symptômes, parce que la société ne remarque et n'enregistre que ceux qui l'intéressent,