Du système social (1848), p
l'homme UOYBN physique : LES TAILLES 29
(le la ressemblance de ces races avec le type belge, quant aux proportions du corps. Il n'hésitait pas à conclure qu' « une des plus curieuses applications (de la théorie des probabilités aux phénomènes relatifs à l'homme) est la démonstration directe de l'unité de l'espèce humaine, et de la possibiHté d'en assigner le type* ». Il reconnaît d'ailleurs que bien des causes ont dû déterminer des écarts du type primitif : mais elle n'ont pas altéré le type même. Les différences, suivant lui, ne sont pas essentielles : il y a des lois conservatrices, dont le jeu peut être caché ou obscurci par bien des accidents, mais « qu'il n'est pas donné à l'homme de pouvoir enfreindre ».
C'était poser la question de la subsistance invariable du type humain à travers le temps. Hankins a bien montré que les idées de Quetelet sur ce point se laissent difficilement concilier. « Tantôt il déclare que l'homme moyen varie de pays à pays, qu'il n'est pas le même à la ville et à la campagne, ni dans des milieux et dans des conditions sociales différentes : il est toujours déterminé par le temps et le lieu 2. Mais ailleurs il dit qu'il croit que les propriétés physiques de l'homme n'ont pas varié depuis les temps les plus reculés. Il soutient que les plantes et les animaux, assujettis aux lois immuables de la nature, ont « un « type qui ne s'altère pas ». Le type de l'arbre est resté le même pour l'olivier, depuis le temps de Codrus ; la forme et le nombre de ses feuilles n'ont pas changé. Pour les plantes et les animaux, non seulement la
1. Théorie des probabililés, Bruxelles, 1853, p. 72-75. Cité par Lottin, p. 524.
2. Lettres, p. 96; Du système social, p. 14 sqq. ; Sur l'homme, livre IV, chap. i, 93 : Physique sociale, vol. II, p. 391.
moyenne est restée la même, mais encore les limites des variations n'ont point changé*. »
Ce qui augmente la confusion, c'est que, d'après Quetelet, l'homme a été capable au cours des âges non seulement d' « élever ses moyennes », mais encore de resserrer les limites de ses variations, grâce au progrès de la science. Bien que, dans son Système social, il déclare que « la hauteur moyenne d'un homme est un élément qui n'a rien d'accidentel, mais est le produit de causes fixes qui lui assignent une valeur déterminée », quelques pages plus loin il écrit : « les professions, la richesse, le climat peuvent faire varier le développement de la taille chez les différents peuples. La nature et l'homme travaillent ensemble à produire ces changements. J'ai distingué ces deuxespèces d'actions en les désignant des noms de forces naturelles, et forces perturbatives. Les premières ont un caractère de fixité et de permanence qui n'appartient pas aux secondes. Celles-ci agissent comme des causes accidentelles^ ».
1. Du système social, p. 252-257; Physique sociale, vol. II. p. 392.
2. Du Système social, p. 17 et p. 21 sqq. Cité par Hankins. p. 80 sq. Hankins remarque fort justement que « si l'action de l'homme est seulement perturbatrice, et par suite accidentelle, elle ne peut changer la moyenne ». Le résultat de l'action humaine serait donc surtout de rendre de plus en plus rares les cas extrêmes. Mais la moyenne demeurerait la même à travers le temps. Lorsqu'il s'agit des erreurs d'observation, le sommet de la courbe qui exprime leur répartition est d'autant plus élevé, et leurs deux branches symétriques se rapprochent d'autant plus de l'axe que les observations sont précises. De même la courbe qui exprime la répartition des hommes autour de la moyenne, si on mesure une de leurs propriétés physiques, sera d'autant plus « contractée » que les cas extrêmes, de façon ou d'autre, seront devemis moins nombreux. (Lettres, etc., p. 80.)