Tract., c. 8, p 102 = fr. XXVI
6. Rubrique du chap. XXV du T raidie, p. LXXVl. Cf. La Politique d'Arislote, 1. V, c. 25, Glose. Car tyrannie nepeitt lonyuement
toujours plus lourde et plus exig-eante que se trouve condairiné le prince qui mue ses monnaies. Car par là il s habitue aux mesures arbitraires (i), il s'habitue aussi à considérer comme un droit véritable les exactions qu'il lève sur ses peuples, et il s'en^^ag-e toujours plus avant dans la voie des actes tyranniques, sans se douter qu'il compromet, pour un gain mauvais, la stabilité de son trône et l'avenir de toute la lignée royale (2).
Ce ne sont point là de vaines menaces ; l'histoire, remarque Oresme, en a offert des exemples frappants. C'est par les mutations, que la république romaine, si longtemps prospère, a vu crouler en peu d'années sa prospérité (3), par les mutations que le fils du sage Salomon, Roboam, a vu son empire « biparti », et dix tribus échappera son autorité (4). Mais d'ailleurs ces agitations, ces troubles civils précurseurs des révolutions, la France
durer, f*» CCII, r''(Oresme parle dans ce passage de la nécessité d'un pouvoir modérateur, n comme seroii Parlement en France »).
1. « Teitio suppono tancpiam jam probatum ac saepius repetitum, quod capere vel augere lucruin in mutacione nionetae, est factura dolosuni, tyrannicum et injustum, cum etiam non possit conlinuari in règne, quod quidein regnum non sitjam, quoad alia ujulta. in tvannidem versum » (Tract., c. 20, p. i58 = fr. LXXXIV.
2. Tract., c. 25, p. i35 ^ fr. LXXVI ; c. 26, p. 13^ =^ fr. LXXXII.
3. c< Si vero ItaHci seu Romani taies rautationes finaliter fecerunt, sicut videtur ex quadam prava moneta veteri quae quandoque reperitur in campis, hoc fuit una de causis quare eorum nobile dominium devenit ad nihilum » (Tract., c. 18, p. 120 = fV. LV).
4 (( Idem quoque Roboam perdidit bis quinque partes populi sui, pi"o eo quod ipse voluil in principio nimis gravare subditos » (Tract., c. iQ. p. 121 = IV. LVIII). La leçon bis quinque, qui est celle de Vœcjelin, nous jarait bien préférable à celle adoptée par M. Wolowski).
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les a connus tout récemment {brevi tempère niiper transacfo qnani phirinia talia in l'egno Fraude visa surit eoenire) (i). Elle les connaît encore, ajoute-t-il dans le texte français ; l'orag-e soulevé par les abus des mutations de monnaie est à peine calmé ; les plaies causées par les désordres civils sont à peine fermées, a Et ce nous a esté de présent assez cruel, Dieu y pourvoie » (2). A ce souvenir, la parole d'Oresme s'élève ; son style s'anime visiblement ; le Traité qmiie le ton d'une œuvre d'école pour prendre l'allure hardie et la vig-ueur mordante d'un pamphlet. En des pages d'une fière indépendance, il nous montre, par les folles mutations du roi Jean et des conseillers de la Régence, tout l'organisme social ébranlé, le divorce presque irrémédiable entre le roi et le peuple, le principe d'hérédité même compromis, et le royaume conduit, si l'on n'y prend garde (( a perdition » (3) parce que ses gouvernants se sont obstinés à faire peser sur les Français une tyrannie à laquelle ne saurait plus longtemps se plier leur libre nature : « la Dieu ne plaise, s'écrie Oresme, que les francs courag'es des Français fussent si abastardis que voluntairement fussent faictz serfs ; pour ce la servitude
!. ïract., c. ig, p. 121 ^ fr. LVI. Dans la traduction des Politiques, Oresme remarque encore que la mutation des monnaies « est la chose la plus dommageable au bien commun,... et est chose de quoy peuvent venir et sont venues aulcunefois plusieurs perturbacions au peuple » (La Politique d Aristote, 1. I, c. 10, Glose, Cnr les f/ens, f" XIX, r°).
a. Traictie, c. 24. p. 64 [Cette phrase n'est pas dans les textes latins).
3. « Quia per hoc ad diminutionem, translationem, aut perditionem omnimodaui properatur ; maxime in regione temperata, et remota a servili barbaria, ubi suut homines conversalione, moribus et naturà liberi, non servi sub tyrannide, per consuetudinem indurati » (Tract., c. 2.5, p. i54=: fV. LXXVII).
LÀ CRITIQUE DE LA CONCEPTtOiN FEODALE ' 273
a eulx imposée ne pourroit long-temps durer, car combien que la puissance soit grande des tyrans, toutes foiz elle est violente es cueurs des libres enfans des sub^^ectz advenir et a lencontre des estrang-iers non vallable. Ouiconques donc vouldroil, par aucune manière, atlraire et induire les seig^neurs de France a cestuy reg-ime tyrannique, certes ils exposeroient le royaume en grant descriement et honte, et le prepareroienl a fin » (i).
Qu'on songe que ces pages vibrantes furent écrites aux années de la régence, en pleine tempête populaire ! Qu'on songe qu'à cette heure même on avait vu l'émeute maîtresse de Paris, la cour du Dauphin fuyant sur les chemins de Compiègne, et qu'au Pré-aux-Glercs, mettant sur sa tète le chaperon mi-parti, un prince descendant de Saint-Louis avait pu rappeler qu'il était « plus prochain que quiconque » du défunt roi Charles le Bel. Alors peut-être, jugeant mieux encore l'inappréciable valeur des conseils politiques d'Oresme (2), on sentira tout ce qu'il y avait d'actualité brutale et de menace à peine contenue dans l'apostrophe finale :
« Oncques la très noble séquelle des roys de France n'aprint a tyranniser, ne aussi le peuple gallican ne s'accoustume a subjection servile ; et pour ce, se la royale séquelle de France delinque de sa première vertu, sans nulle doubte elle perdra son royaume, et sera translaté en autre main » (3).
1. Traictie, c. 26, p.LXXXIV = lat. t58. Nous citons de préférence le texte français pour sa vigoureuse allure ; le latin, moins énergique en la forme, est pourtant identique pour l'idée.