ii\àemAnx\,Studien, II
Les critiques et les démonstrations précédentes ne doivent point en elïet, être acceptées si vite comme définitives.
L'arg"ument général, tiré de l'état de la littérature et de la doctrine monétaires au moment où Oresme allait écrire le Traité, manque en premier lieu de précision. Les auteurs nous disent qu'au xiv*^ siècle, dès avant Oresme, il y avait une doctrine monétaire arrêtée (i), qu'Oresme n'a fait que reproduire dans ses grandes lignes. Mais l'existence d'une pareille doctrine reste, ijuoi qu'on ait dit, des plus problématiques. Sans doute les auteurs ont bien prouvé qu'il y a déjà une littérature monétaire assez développée ; mais des catalogues de noms ne sont pas une école, des notions éparses ne sont pas une doctrine, et en fait, comme nous l'avons reconnu précédemment, au xiv« siècle encore la conception monétaire couramment reçue, proclamée pratiquée, c'est la conception féodale ; les auteurs qui incidemment se sont occupés du problème monétaire sont restés divisés en écoles rivales, et ceux mêmes dont l'esprit s'est ouvert à des idées nouvelles, comme saint Thomas, auquel les modernes ont fait bien légèrement l'honneur d'une rénovation doctrinale, demeurent au fond de purs féodaux (2;. Oresme, à cet égard, n'a donc pas reproduit les idées courantes de son temps.
Beaucoup plus int«'ressantes, parce que beaucoup précises, sont les critiques de ceux qui assignentà certaines des idées dOresme telle ou telle source particulière, Aristote, les canonisles, ou Buridan. Mais, croyons-nous,
1. Endemann, Nat. Gni7idsalze, p. y5 ; Brantz, Tkéor. écon.^ p. 187, n. 2 ; Vuitry, Le régime financier de la Fronce, i'^ série^ p. 444 • Asliley, dans Dict. de Palgarve, art. Oresme (III, ^'5).
a. Cf. siiprà, chap. I^r, p. 126, i54, 176.
ces critiques sont loin encore d'être décisives, et appellent un contrôle sérieux.
L'influence d'Aristote et de ses commentateurs, que M. Jourdain avait le preniier proclamée, est évidemment certaine sur toute l'œuvre monétaire d'Oresme, Oresme d'ailleurs l'a proclamée lui-même dès les première lignes du Traité, puisque c'est c suivant les raisons d'Aristote »(i), qu'il se propose d'aborder le problème monétaire. Mais la question est de savoir jusqu'où l'emprunt a été poussé. Quelle est dans le Traité la part directe d'Aristote, quel a été rapport des commentateurs? Mais aussi quelle est la part originale d'Oresme, comment s'est affirmée son indépendance à l'égard du Maître, dans les idées mêmes qu'il lui emprunte ? C'est là un point capital, qui n'est pas, croyons-nous, suffisamment élucidé encore.
Les affirmations de M. Endemann, à l'égard de l'influence des canonistes, sont, d'autre part, tout à fait insuffisantes. Car cette doctrine qu'il attribue ainsi aux canonistes antérieurs à Oresme, M. Endemann en réalité ne nous l'a point donnée, pour que nous puissionsjuger de la réalité de l'emprunt. Il a reconstruit une théorie mi-canonique mi-romaniste de la monnaie, avec des extraits empruntés à toute la littérature monétaire, depuis Hostiensis jusqu'à Panormitanus, depuis Accurse jusqu'à Dumoulin et Gonzalez Tellez, aux monographes mêmes des xv-xvi*' siècles comme Fabius de Ponte, Brunus, ou Budelius (2), et c'est à cette construction factice