‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 187 sur 361 · Albert., in Etkic, V, c. -2, litt. c · texte numérisé non relu

Albert., in Etkic, V, c. -2, litt. c

conception féodale que Albert réintroduit ainsi, avec cette modification que la reconnaissance par Aristote du caractère artificiel et conventionnel du numéraire lui permet de donner maintenant une solide base doctrinale. La résurrection d'ailleurs ne paraît pas avoir été goûtée; saint Thomas n'a reproduit un instant ce développement d'Albert qu'en en atténuant considérablement les termes (i); Burleig"h n'a pas cru même devoir y faire allusion.

Saint Thomas d'ailleurs avait tiré lui-même d" Aristote une autre conception, autrement féconde pour l'avenir : le principe même delà monnaie-marchandise.

Le texte d'Aristote permettait encore cette construction. Aristote au fond est bien loin de reconnaître une valeur réelle de la monnaie, ses explications sur la valeur artificielle du numéraire, qu'une convention a créé, qu'une convention peut défaire, ne laissent à cet égard aucun doute Mais il s'était aussi, comme nous savons, aux Politiques, laissé aller à dire en passant, que la monnaie fut choisie parmi les objets utiles en soi^ tcov ypr.T'.atov àjTCiov.La le.cture de ce passage est contestée par les modernes ; mais le vieux traducteur n'y avait point vu de difficulté : il avait traduit littéralement « utilium per se ens », c'est-à-dire qu'il affirmait très nettement la préexistence d'une valeur dans l'objet même choisi pour monnaie. Saint Thomas est, de tous les commentateurs^ celui qui a su le mieux tirer parti de ce passage pour atténuer, avec une extrême réserve d'ailleurs, les conséquences, qui visiblement l'inquiètent, de la doctrine

I . ft Imposuerunt aliquera characterem, quod ponitur in signum quod inetallmn sit tanla' quantitatis, sicut etiam in aliquibus locis imponuntur qusdain signa publica, ad mensuram vini vel fruraenti » (D. Thomas, in libr. Polit., I, 7, litt. f.).

du Maître. Après avoir exposé, aux Politiques^ la pure doctrine aristotélicienne sur le caractère artificiel de la monnaie i^i), il revient immédiatement sur l'idée, et dans une addition dont la forme plus ample contraste avec sa sobriété habituelle, il remarque que « la monnaie est pourtant par soi, par son origine, une chose naturelle » (2), qu'elle est « par soi une chose utile, propre à d'autres usages », et il développe plus clairement encore sa pensée en expliquant qu'avec le métal on peut faire des vases, des instruments quelconques, qui auront leur valeur intrinsèque de choses (3).

Cette idée, que la convention ne fait pas le tout de la monnaie, qu'au-dessous de la valeur imposée il doit y avoir une certaine valeur intrinsèque^ c'est dans la doctrine asistotélicienne une innovation considérable, c'est pour mieux dire une trahison manifeste à la pensée du Maître. Ni Eustrate, ni Albert, n'avaient osé rien de tel. Albert avait glosé vaguement le « ulilium per se ens » en disant que la monnaie doit être « de numéro necessariorum » (4). Eustrate avait essayé d'atténuer l'affirmation d'Aristote sur l'inutilité foncière du numéraire en

1. « Quia variatâ hominum dispositione, nullam dionitatem, neque utilitatern habet ad necessitatem vita>, sed U'ansmutata dispositione hominum, qui utuntur divitiis, denarii nuUius sunt pretii, nec aliquid afferunt ad necessitatem vita?, puta si placeat régi vel comraunitati.ut nonvaleant» (D. Thomas, in libr. Polit., I, 7, litt. f.).

2. « Quia est de rébus quas ministrat natura » (D. Thomas, in libr. Polit., l, 7, litt. e.).

5. « Haec enim sunt secundum se ulilia, in quantum ex eis fiant vasa, vel aliqua instrumenta, et tamen de facili poi'tari poterant ad remotum locum, quia modicum de islis propter eorum raritatem valebat multura de aliis rébus » (D. Thomas, in Polit., I, 7, litt. f.).

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