‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 202 sur 361 · I . Traictie, c. XXV, p. LXXVIII^ lat. p. i · texte numérisé non relu

I . Traictie, c. XXV, p. LXXVIII^ lat. p. i

2. Les Ethiques, V, 10, Gl. Et les autres choses muent. Cf. Albert., in Efhic, V, c. 5, litt. g.

3. Les Ethiques, V, 11, Gl. Et pour ce convient il {(" L, vo). Cf. D. Thomas, in Eihic , I, 9, litt. c.

4. Les Ethiques, V. 11, Gl. Et les autres clioses miwni. 1" L, v''. Cf. Albert., in Ethic, V, 5, c. 10 litt. c.

leigh lui a fourni au moins cette idée que la valeur des choses suit Tindigence et nécessité humaines et non leur propre dignité et leur perfection, avec l'exemple si caractéristique que cet auteur a tiré de la comparaison en valeur d'une pierre précieuse et de la souris « qui a vie sensitive » (i). Mais surtout, il a repris et développé l'idée féconde, déposée par saint Thomas, de l'utilité intrinsèque de la monnaie ; il a repris le commentaire des mots fi de/ ussor faturae necessita/is, et élargissant et amplifiant singulièrement l'idée, il en a fait non plus une remarque isolée et sans portée, mais le pivot de son système monétaire nouveau, el son grand argument contre les mutations (2).

Ici d'ailleurs, il fait plus que dépasser à la fois Aristote et les commentateurs, il lescontredit formellement. Mais il n'en a point souci. Car, en s'inspirant du Maître il n'ajamais eu ni la superstition du texte, ni celle des docteurs ; il est resté libre, et il a pris en définitive ce qui lui convenait seulement. Son indépendance apparaît jusque dans les traductions, où il est pourtant obligé de suivre le texte. Nous savons que plus d'une fois il n'a pas craint d'élargir dans ses explications la doctrine du Maître, et de la corriger au besoin.

L exemple le plus net est dans sa conception dernière de la nature de la monnaie, sur laquelle nous avons insisté en son lieu. Il a évidemment pris point d'appui sur la traduction erronée de G. de Moerbeka ; il a profité de l'appoint des commentateurs. Mais, ensuite, se débarrassant de leurs hésitations, il a su aller franchement

1 . Les Ethiques, V, 1 1, Gl. Et les autres chosex muent. Cf. Burlœus, in Ethic, Y. 5, litt. c.

2. Les Politiq., 1, 10, Gl. La nature île quoij monnoye. Cl". D. Thomas, in Politic, I, 7, lilt. (.

plus loin qu'eux, jusqu'au but, jusqu'à la notion delà moiinaieinarcliandise, de la monnaie ayant une valeur intrinsèque, qu'aucun n'avait pensé atteindre. Que l'on compare ici la g-lose si franche des Politiques aux explications fuyantes et embarrassées d'Albert et de saint Thomas lui-même, la différence éclatera immédiatement (i).

D'une manière g'énérale d'ailleurs, il est bien certain qu'à l'égard des commentateurs, il en prend encore plus librement qu'avec le texte. Ce qu'il leur demande, c'est la pensée même d'Aristote, lorsquelle lui paraît obscure, et s'ils ne paraissent pas la donner, s'ils lui paraissent trahir le texte, il sait admirablement se débarrasser de leurs explications malheureuses (2). Où il ne les suit jamais par exemple, c'est lorsque, comme Burieis;'h, comme saint Thomas lui-même, i's veulent, cti dénaturant quelques termes d'Aristote, restaurer les principes féodaux, argumenter par exemple du décri possible des espèces, pour en déduire que la monnaie n'a point de valeur propre. La monnaie, déclare-t-il ici très énergiquement contre Burleigh, contre saint Thomas, et un peu contre Aristote lui-même, la monnaie conservera toujours, même si on la décrie, sa valeur propre de métal, sa valeur de chose (3). Une telle notion, même après les commentateurs, était bien vraiment originale, et on peut la lui compter en toute justice.

1. LesEthiq.,V, n, foXLIX,v°; Les Politiq., I, 10, foXIX.r". Pour l'analyse de ces textes, v. sufrà chap. I, | nature de la monnaie, p. 201-207.

2. Il rejette ainsi la lecture singulière de nomos par mesure en grec, qu'Albert avait donnée (Albert, in PoUtic, 1. 7, lilt. t = Les Politiq., I, 10. Gl, Item ckfu/ue f. XVIIL \").

3. Burlœus, in Ethic. V, 5,litt. c. Cf. Les Ethiques, \, 11, Gl. (jt'sf n^'mvoir, f. XLIX, v" .

L'autre partie de sa doctrine, sa critique de la conception féodale, est d'ailleursencore plus incontestablement sienne.

Ni les canonistes ni les romanistes, nous le savons, n'avaient osé heurter de front la conception féodale ; ils avaient biaisé, et après eux, les disciples d'Aristote eux-mêmes étaient, malgré la force que leur donnait la doctrine du Maître, restés en fin de compte attachés à la pratique féodale. Oresme d'ailleurs prétend bien ici rien ne devoir à personne. Aristote, dit-il, n'a point traité des mutations, « car de son temps n'étaient telles malices trouvées » (i). Et les auteurs anciens n'en ont point parlé non plus. « Oncques en cité ne royaume......

ne fut fait ne oncques trouve histoires qui de ceste chose feist mencion, excepte en une chapitre escript par Cassiodore de Théodoric, une petite mutacion faite au poix de la monnoie » (2). Sa critique serait donc entièrement originale.

Oresme, ici, exagère un peu. Sans doute les écoles antérieures n'étaient point, comme il dit, arrivées à battre directement en brèche la conception féodale : pourtant Oresme eut pu trouver déjà dans leurs écrits, s'ils les eût connus, des arguments utiles, ne serait-ce, chez les canonistes, que ces arguments moraux qu'il développe si complaisamment au Traité. Lui-même d'ailleurs ne rappelle-t-il pas que Cassiodore, « en ung chapitre » (3), a fait mention d'une petite mutation faite de son temps? En réalité ce passage de Cassiodore lui a été des plus utiles : il la découpé et reproduit par fragments au Traité ; il y a trouvé, plus nette que dans Aris-

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