‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 286 sur 361 · S'en i a mains qui riches sont · texte numérisé non relu

S'en i a mains qui riches sont

qui les grans noms de livres ont.

Aussi est de ces convoiteux

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Oresme a été pendant longtemps véritablement célèbre, et lié à l'œuvre même d'Aristote. Ce maître Nicolle, théologien, qui, dans l'ouvrage de J. de Bueil, instruit le Joiivenel de l'Economie, et qui lui fait lire les Ethiques (r), c'est incontestablement Oresme. C'est dans sa version que Christine de Pisan (2^ que Gerson (3), que Monstrelet (4), lisent et citent les Politiques. Et quand au milieu du XV ^ siècle, l'auteur du Ouiiitil Honitidii voudra opposer à Pinvasion des anciens les noms g-lorieux delà littérature nationale, c'est « messire Nicole Oresme », qu'avec Guillaume de Lorris, Jean de Meung-, Allain Chartier et Villon^ il jug;era dig"ne de représenter l'élite de la lang-ue française (5). Plus tard, il est vrai, les progrès de l'humanisme, les nouvelles traductions de Loys leRoy (6),

qui ont les livres precieus et aornez moult bien et bel, et n'en regardent que la pel. »

(Mss. N. D. 195, fol. 7, yo, col 1).

1. Le Jouvend, par J. de Bueil, suivi du commentaire de Guillaume 'Fringant, éd. Lecestre (Soc. Hist. de France), 1889, 8», t. II, p. 66 80.

2. Christine de Pisan Le livre des fais el bonnes meurs, r»e partie [éd. cit., -p. i5, 16, 18, etc.).

3. J. Gerson, Traclatits de consideralionibus quas débet habere princeps, 5^ particula, dans Opéra, éd. Colonise, 1485 ('\ t. IV,

4. Enguerran de Monstrelet, Les Cltroniques. éd. Douët d'Arcq- (Soc. Hist. de France), Paris, 1857, sq., t. I, p. 278-279.

5. « Nos majeurs certes n'ont esté ne simples, n'ignorans ny des choses, ni des parolles. Guillaume de Lorris, Jean de Meung, messire Nicole Oresme, Alain Chartier, ^'illon, Meschinet et plusieurs autres, n ont pas moins bien escript, ne de moindres et pires choses, en la langue de leur temps propre et entière, non pérégrine et pour lors de bon aloy et bonne mise, que nous en la nostre» (Barthélémy AneAu, Quintil Horatian, éd. cit., p. 55).

6 Sur les traductions de Loys Le Roy. on devra consulter : H. Becker, Loi/s le Roij de Coulances, Paris, 1896, in-S", p. iS6-

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directement faites sur le grec, démoderont le vieux translateur ; mais les bons juges même alors estimeront toujours le docte évêqne « qui le premier tourna les Politiques AW.v\s\.oiQ en françoys » ; et Gabriel Naudé (i), Denis Simon (2), qui sont peu tendres en g-énéral pour la production médiévale, le jugeront encore plein d une science profonde, « liberioris et reconditae doctrinae^y (3).

La vog-ue du Traité, qui fut moins bruyante à l'orig'ine, a pourtant été plus durable. M. Wolowski a été dupe d'une sing-ulière illusion quand il a cru « retrouver » l'ouvrage d'Oresme. En réalité, le Traité n'avait jamais été perdu ; avec les éditions multipliées qui en avaient été faites, avec la singulière facilité de communication entre les doctes qu'offrait alors par toute

a 16. Antérieurement à Loys Le Roy, une traduction française des Economiques, par Laurent de Premierfait, a été entreprise dès 1417. Elle est restée manuscrite. Mais M. Delisle, qui l'a étudiée dans un Ms. de la Bibliollièque de Chantilly, a reconnu qu'elle n'est qu'une reproduction remaniée de la traduction d'Oresme ( L. Delisle, Note sur une ancienw^ traduction française des Economiques d'Aristote. dans Mélanges Paul Fabre, 1902,

i.Gab. Naudé, Bibl. PoUtica. p. 57. « Discipuli sui Garoli Quinti Cognoraine Sapientis votis obteinperans (libros Politicorum etEthicorum) non modo translulit in gallicuin serraonem, sed brevibus scholiis illustravit, quœ nuiita nihiloininus continent et reconditae et liberioris doctrin;p. »

2. Denis Simon, Nouvelle Bibliothèque historique, p aoç). « Il traduisit en français les Ethiques et les Politiques, et y a fait des notes qui sont encore estimées et recherchées comme remplies de beaucoup de doctrine. »

5. Le P. Martin fait la même remarque : « Liber autem hic, et qui modo sequilur, haud facile occurrunt, ex quo si quidem desiere typi Gothici non fuerint recusi, et cum prodiere formis fifolhicis nec annus nec locus designati sunt,ab eruditis aestimanlur nihilorainus. » Alhenae Normannorum, Ms. Bi])l., Caen, 55, art. 622.

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l'Europe chrétienne le commun emploi de la lançue latine, le Traité avait vite pénétré dans toutes les bibliothèques. Non seulement, depuis le xvii^ siècle, tous les bibliographes à peu près le citent (exclusivement d'ailleurs d'après la Bibliothèque des Pères), mais un certain nombre d'entre eux, Oudin, Fabricius, EUies du Pin, le père Martin, Montfaucou, l'analysent en termes assez précis pour qu'on doive croire qu'ils en ont pris lecture (i). La Croix du Maine connaît les deux textes, français et latin, du Traité (2) ; Riyoley de Juvisv les a comparés d'assez près pour avoir remarqué la lacune des textes imprimés (3). En laissant à part même les auteurs monétaires, dont nous parlerons tout à Theure, les non-spécialistes, les historiens, les polyg-raphes, les politiques, l'apprécient et le jugent. Papire-Masson à la fin du xvi'^ siècle nous apprend qu'il l'a lu, et en rend

j. Oudin, Supplément à Bell, p. 643. « Varia opuscula composuit... Unum est de inutatione moneUc, ubi succenset Regibus nummos ponderis nequaquam jnsti expendi julîentibus, quod difficillimis Francise teinporibus factum conque"ilur. Impressum tora. IX, Bibl.SS. FF . éd. ^^ Parisiens. a° i58g. » Cf. Fabricius, Bibl. lat. inedii aevi, p. Ô69 ; Oudin. Commentarius de scriptor. eccl. antiq. III, col. 1 1 1 1 ; EUies du Pin, Histoire des Controverses, p. 279; Cave, Scriptorum eccles. hist. litt., II, 2, 67; le P. Martin, Athenœ Normannorum, ms. Bibl. Gaen, n" 55, art, 622, etc.

2. La Croix du Maine, Bibliothèque française. « Il a écrit un Traité des monnoyes, tant en langue latine que française ; le latin se trouve imprimé, quant à la traduction française nous l'avons par devers nous écrite à la main sur parchemin, de fort belle écriture; il contient 26 chapitres » (éd. Rigoley de Juvisy, 1772,

5, Rigoley de Juvisy, note sur le texte précédent. « Le Traité de Nicole Oresme, de mutatione monetarum, que la Croix du Maine dit contenir 26 chapitres dans la traduction française manuscrite qu'il avait, n'en contient que 20 dans l'original latin » {Ibid., II, 191, note 5).

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compte assez justement (i). Le cardinal Bona, au xvii" siècle, le juge, après réflexion «non conlemnendum opus ); (2), Enfin, il est impossible de ne pas noter au moins que, quelques années seulement avant la découverte de M. Wolovvski, Chéruel dans son Histoire de Rouen, (3), Lecointre Dupont dans ses Lettres sur Vhistoire monétaire {[[), l'avaient assez long-uement commenté, et que M. Fr. Meunier, dans son Essai sur Nicole Oresnie, venait d'en donner d'assez long-s fragments (5).

Matériellement donc, Oresme n'est point une « célébrité méconnue », comme l'ont supposé trop légèrement ses premiers inventeurs. L'œuvre survit, elle est entre les mains du monde savant; mais quelle influence doctrinale a-t-elle exercée ? c'est là, évidemment, une toute autre question.

11 faudrait, pour en bien jug'er, que nous fussions à

1. Lib. m. Cnrolus Quintus... « Floruit hoc rege Nicolaiis Oresraius, cujus libellum legi inscriptum de Monetis ubi suceenset regibus nummos ponderis nequaquam justi expendi jubentibus » (Papiriiis Masson, Annaliion liljri quatuor, éd. 2*, Luletiae, 1578, 40, p. 460).

2. Joannis Bona, Opéra, nunc primum in unum opus collecta. Antverpia;, 1677, 4» (Bibl. Nat. D. 5446).

5. Cheruel, Histoire de Rouen pendant la période communale, 1844, in-80, II, p. 099.

4. Lecointre -Dupont, Lettres snr l histoire monétaire de la Normandie et du Perche, 1846, 8°, p. 5o, n. i .

5. Fr. Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme^ p. 67 à 82 II est remarquable par contre que le Traité ait été totalement omis par des historiens comme du Boulay, H. U.P. IV, 977, et, dans la littérature locale, par Huet, L. Dubois, Th. Lebreton, F. Frère, et l'abbé Guiot (Moréri des Normands).

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même d'embrasser dans son ensemble la littérature monétaire qui suivit, au moins pour les deux premiers siècles, le XV'' et le xvi''. Mais bien que déjà mieux dég-ag-ée dans ses abords que celle des xiii'^-xiv'' siècles, la production doctrinale de cette époque est encore mal connue et surtout mal classée. Les historiens de l'Economie ont à peine commenéà la débrouiller; quelques noms seulement ont émergé, quelques œuvres ont été vraiment étudiées. L'ensemble reste confus ; et rien ne prouve qu'une part considérable de la littérature, ou restée manuscrite, ou oubliée, n'ait pas échappé aux recherches. Sur la question monétaire, en tout cas, une portion considérable de la production a été négligée, par ce seul fait que les monographies, dans lesquelles on semble avoir cru à tort que toute la science était désormais condensée, ont été seules étudiées, et qu'aucun dépouillement sérieux n'a été tenté, pour cette période, des ouvrag-es généraux.

Après comme avant Oresme pourtant, aux xw' et xvif siècles, et même plus tard, la littérature monétaire est demeurée essentiellement multiforme et dispersée. La forme monographique, dont le Traité avait donné un si remarquable exemple, n'avait point nécessairement prévalu. Après comme avant Oresme, pendant deux siècles encore, la forme frag-men taire, les dissertations sur un texte, la g-lose en un mot, sont restées la forme commune et dominante, où il faut chercher les conceptions monétaires de cette époque.

Les sources générales par suite restent les mêmes. Le Traité dOresme n'a point arrêté naturellement le développement parallèle des écoles rivales, romaniste et canoniste. Après comme avant, les docteurs ont continué, autour des canons et des lois accoutumées, à développer les mêmes questions, à retourner les mêmes arg-umenls.

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Au xv et au xvi^ siècles comme au xrv'' siècle, la liste est longue des commentateurs célèbres ou oubliés, avec de temps en temps de plus grands noms qui éclatent sur l'ensemble : parmi les canonistês Balde, un presque contemporain d'Oresme, Antoine de Butrio, Zabarella, Torquemada, Guy Pape, Panormilanus, Jean d'Anagni ; parmi les romanistes, Balde encore, familier aux deux enseignements, Barthélémy de Saliceto, puis Paul de Castro, Jean d'Imola, Alexandre Tartagnus, Philippe de Dixio, Jérôme Gagnole, et les moindres (i). L'école roma-

4. Les ouvrages récents de H. Contzen, Geschichte der Volkwirthschafl. Lileralur, p. 162 ; et de L. Cossa, Hist. des doclr. écon., p. i85 sq., ne s'occupent guère que des monographies. Des listes techniques plus complètes se trouvent dans: Goldast de Hermenfeld, Caiholicon rei monetariœ, Francnfurti ap. M. a'' éd. 1620, p. 309; et Abot de Bazinghen. Traité des monnaies et de la juridiction de la Cour des monnaies, 1764, p. XIV. On trouvera aussi un commencement de dépouillement très utile dans Lipenius, Bibliatheca realisjundica, i^Sj.f, v'^Moneta, moneta:' valor, monetse mutatio, etc. Pour les textes, les plus importantes des monographies ont été réunies dans quelques recueils : R. Budelius, Demonetis et re nummaria varii traclatus admodum utiles... Coloniae Agrippinae, apudJoannem Gynnicum, i58i, 4° ^2^ partie, p. 542- 7g5) [Bibl. Nat. Invent. 'E. 627]; Ant. Thesauro, De monetnrum aufjiiiento, varintiane et diminutione, tractatus varii, Augusto Taurinorum, 1609, 4° [Bibl. Nat. *E. 55 1). Il convient de joindre, pour l'Italie, les premiers volumes (parte anticn) de la collection du baron Custodi: Scrittori classici di Economia politica, Milano, 1804 sq.; et pour l'Angleterre : A sélect collection of scarce and valuable tracts on money. printed for the political Economy club, i855 (Cette dernièi'e publication manque à la Bibliothèque Nationale). Enfin, un assez grand nombre de dissertations intéressantes se trouveront dans les grands recueils de G. Meermann, Navus thésaurus juris civilis et cananici, Hagœ Comitum, 1751 (au tome VI), et dans le Tractatus illustrium in utrâque tam pontificii, quam cœsarei juris facultate jurisonsultorum (vulg. Tractatus tractatum), au tome XII, Venetiis, i625 in-f".

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niste s'épuise la première. Après Bariole, elle n'avait guère fait que ressasser les mêmes arguments. L'école nouvelle du xvi'' siècle, celle qui reçoit l'impulsion de Cujas, rejette les constructions factices élevées sur les textes, et reporte toute son attention sur les questions essentiellement juridiques. La question monétaire économique disparaît des préoccupations des légistes, qui cessent d'avoir une doctrine monétaire propre ; tandis que, par opposition, avec David de Hauteserre, avec Gonzalez Tellez, la doctrine monétaire canonique se conserve jusqu'aux xvn" et xv!!!*^ siècles chez les commentateurs inlassables des Décrétales.

L'intérêt d'ailleurs n'est plus là, depuis longtemps. L'intérêt est passé tout entier dans les monographies, dans les œuvres des philosophes politiques de l'école d'Aristote, bientôt on dira des économistes. La forme monographique a prévalu plus tard pourtant pour les questions monétaires qu'on neleditcommunément(i).Les premiers monographes monétaires que l'on cite, Martin Garrat(2),.Jean Régna ud (3), Fr. Gorti (4), Alb. Brunus (5), ne le sont point proprement ; leurs prétendus traités ne sont, il est facile de s'en apercevoir, que des extraits, des

1, Brantz, Les Théories économiques aiiv X///"-X/P .s., p. igô.

2. Martini Garrati Laudensis (de Lodi, vers i43S), De monetis, dans Tractât, tractât.. XII, 2o3.

5. Joannis Regnaudi Avenionensis, De monetis. dans Tract, tractât., XII, 206.

4. F. Gurtii Senioris (Fr. Curtins de Lodi, dit Senior, vers 1482). L'extrait intitulé dans les recueils : Tractatus monetarum prncticabilis et utilis tam judicibns quam adcocatis et prociiratoribus, est une lectio sur la loi cum quid iï. si certum petatur (dans Budelius, t. II, et Tractatus Tractatum, XII, 2o5).

5. Alberti Bruni Astensis (Albertus Brunus, d'Asti, vers i5o6), De augmento et diminutione moiielarum, dans Tract, tractât., XII, 20^ .

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g-loses un peu développées sur le Corpus, que plus lard les compilateurs du Tractatus Tractatuum ou des nombi'eux recueils monétaires du xvii*' siècle se sont avisés d'isoler, et d'imprimer à part, dans une forme qui a trompé les historiens modernes de l'économie. Gabriel Byel lui-même, tout à la fin du xv^ siècle, est un canoniste ; par sa forme, par son oriy-ine, le petit extrait : De monetariim poiestate simul et utilitate libellas, est un cdsus pœnitentlœ (i), qu'il a peut-être lui-même pourtant fait paraître isolément. Ce n'est, semble-t-il, qu'à la fin du xvi" siècle, si l'on fait abstraction de quelques travaux isolés, comme ceux de J. Agricqla, que les nations méditerranéennes d'abord, l'Espagne avec Govarrusias, Basile Ponce de Léon, Azorius, Mariana, et don José de Retes, l'Italie avec Davanzati et Scaruffi, puis la Polog'ue avec Copernic et toute une école autonome peu connue encore, Bilibald Pirckeymer, Bornitz, offrent de véritables traités monétaires ; la France et l'Allemag-ne n'entrent dans le courant qu'assez tard, à la fin du siècle et au siècle suivant. Mais alors avec Budelius et Martin Boyss, avec Dumoulin, Bodin, Grimault et Garrault, plus tard avec Freher, Jo A. Fuchte, Montchrétien, Bouteroûe, Boizard et Le Blanc, les travaux se pressent, œuvres de monnayers plutôt encore que d'économistes, au demeurant pleines d'idées, trop peu étudiées encore, ([ui mènent insensiblement la doctrine jusqu'à la naissance des écoles classiques (2).

Quelle a été sur toute cette littérature l'influence d'Oresme ? Est-il vrai, comme on l'a un peu légèrement affirmé, que cette influence ait été décisive? qu'après le

I Gabr. Byel. CommenUirii doctixsimi. in Iroi libros sententiarnm, mm supp/fmfintOfBv'wlx, t^--^, in-^° (B\h\ . Nat. D.6549). 2. Pour ces auteurs, voyez ««/"r^), p G04-66f).

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T rai té des Monnaies la doctrine soit définilivement fondée et acceptée de tous (i j ? Sur la foi de quelques citations, sur le hasard de vag^ues similitudes de doctrines chez des monoî^raphes isolés, la plupart des modernes l'ont cru. Ils ont affirmé que la fusion de la doctrine était désormais un fait accompli, que « la doctrine si parfaite de fond et de forme sur la vérité des monnaies était entrée définitiv^ement dans le domaine de la science » (2) ; et lorsqu'ils ont retrouvé quelque idée similaire chez les écrivains postérieurs, ils ont cru pouvoir conclure immédiatement à une filiation directe (3).

C'est là, très certainement, une exagération. C'était mal connaître peut-être l'histoire des opinions humaines en g'énéral, que de croire qu'une idée, par cela seul qu'elle approche la relative vérité que nous pouvons saisir, s'implante ainsi nécessairement, de sa seule vertu, dans les générations suivantes. C'était tout particulièrement se montrer fort téméraire, dans l'état de nos connaissances sur les doctrines de la fin du moyen âge, que

1. Brantz, Les théories économiques aux Xllh'-XlV^ siècles, p. 193 et note. « Partout nous retrouvons avec des variétés bien minimes la doctrine de Nicole Oresrae chez ses contemporains. » Cf. Jourdain, Mémoire sur les origines de l'Economie jiolitique, loc. cit., p. i33.

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